- Le matin le plus décisif de l’histoire
- Deux femmes, un Ressuscité, et la logique de la joie
- La Galilée, lieu de l’origine et de la promesse
- La mission comme don avant d’être comme devoir
- Le mensonge des grands prêtres, miroir inversé de la vérité pascale
- La course de Pâques dans une vie ordinaire
- Comment les Pères et les grands théologiens ont lu ce passage
- Aller soi-même en Galilée
- La résurrection dans un monde qui ne veut pas croire
- Prière : offrir le matin de Pâques
- Tout commence au tombeau vide
- Sept gestes pour une semaine pascale
- Références
- Lectio divina
- ✝ Références bibliques
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
8Aussitôt elles sortirent du tombeau avec crainte et grande joie, et elles coururent porter la nouvelle aux disciples. 9Et voilà que Jésus se présenta devant elles et leur dit : « Je vous salue. » Elles s’approchèrent, et embrassèrent ses pieds, se prosternant devant lui. 10Alors Jésus leur dit : « Ne craignez pas, allez dire à mes frères de se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. » 11Pendant qu’elles étaient en chemin, quelques-uns des gardes vinrent dans la ville et annoncèrent aux Princes des prêtres tout ce qui était arrivé. 12Ceux-ci rassemblèrent les Anciens, et, ayant tenu conseil, ils donnèrent une grosse somme d’argent aux soldats, 13en leur disant : « Publiez que ses disciples sont venus de nuit, et l’ont enlevé pendant que vous dormiez. 14Et si le gouverneur vient à le savoir, nous l’apaiserons, et nous vous mettrons à couvert. » 15Les soldats prirent l’argent, et firent ce qu’on leur avait dit, et ce bruit qu’ils répandirent se répète encore aujourd’hui parmi les Juifs.
En ce temps-là, quand les femmes eurent entendu les paroles de l’ange, vite, elles quittèrent le tombeau, remplies à la fois de crainte et d’une grande joie, et elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : « Je vous salue. » Elles s’approchèrent, lui saisirent les pieds et se prosternèrent devant lui. Alors Jésus leur dit : « N’ayez pas peur. Allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée. C’est là qu’ils me verront. » Tandis qu’elles étaient en chemin, quelques-uns des gardes allèrent en ville annoncer aux chefs des prêtres tout ce qui s’était passé. Ceux-ci, après s’être réunis avec les responsables et avoir tenu conseil, donnèrent aux soldats une forte somme d’argent en disant : « Voici ce que vous direz : « Ses disciples sont venus voler le corps pendant la nuit pendant que nous dormions. » Et si cela vient aux oreilles du gouverneur, nous lui expliquerons et nous vous éviterons tout ennui. » Les soldats prirent l’argent et suivirent les instructions. Et cette explication s’est répandue chez les Juifs jusqu’à aujourd’hui.
Courir vers le Ressuscité : la rencontre qui change tout
Quand la crainte et la joie se fondent en mission — méditation théologique sur Matthieu 28, 8-15 pour le temps pascal
Le matin de Pâques, deux femmes courent. Elles ne savent pas encore très bien ce qui leur arrive, mais quelque chose les propulse hors du tombeau avec une énergie que le texte de Matthieu résume en une formule saisissante : crainte et grande joie. Ce paradoxe n’est pas un détail stylistique — c’est le cœur battant de la foi pascale. Cet article s’adresse à tous ceux qui ont un jour couru vers quelque chose de plus grand qu’eux, à tous ceux qui hésitent entre la stupeur et l’enthousiasme face au mystère du Christ ressuscité. Nous allons lire ce passage ensemble, lentement, comme on déroule un trésor.
Nous partirons du texte lui-même pour comprendre ce qui se joue au tombeau vide (partie 1). Nous analyserons la rencontre entre Jésus et les femmes comme modèle de toute rencontre pascale (partie 2). Nous déploierons ensuite trois axes majeurs : la Galilée comme lieu théologique, la mission comme grâce reçue avant d’être commandée, et le mensonge des grands prêtres comme miroir inversé de la vérité. Enfin, nous verrons comment tout cela atterrit dans une vie ordinaire, aujourd’hui, en 2025.
Le matin le plus décisif de l’histoire
Pour comprendre Matthieu 28, 8-15, il faut d’abord savoir où nous sommes dans le récit. Nous sommes au tout début de l’aube du premier jour de la semaine. Dans la tradition juive, la semaine recommence après le shabbat — et justement, Matthieu joue sur ce symbolisme : quelque chose de radicalement nouveau commence. C’est le huitième jour, si l’on peut dire, celui qui n’était pas inscrit dans le calendrier de la création, celui qui ouvre une temporalité inédite.
L’évangile de Matthieu a été rédigé vraisemblablement entre 80 et 90 après J.-C., dans une communauté judéo-chrétienne qui vivait une tension réelle avec le judaïsme pharisien post-70. Le Temple venait d’être détruit, les synagogues se restructuraient, et les communautés chrétiennes cherchaient à affirmer leur identité. Ce contexte explique l’insistance de Matthieu sur la controverse avec les grands prêtres et les anciens (versets 11-15) : il s’agit de répondre à une calomnie vivace, celle qui prétendait que les disciples avaient volé le corps. Cette polémique n’est pas anecdotique — elle révèle que la résurrection n’est pas un événement consensuel, mais un scandale que chaque génération doit affronter.
Le passage que nous étudions (Mt 28, 8-15) se situe juste après l’apparition de l’ange aux femmes (versets 1-7) et juste avant le grand envoi missionnaire de Galilée (versets 16-20). C’est une charnière narrative et théologique. D’un côté, le tombeau vide et l’annonce angélique ; de l’autre, la montagne de Galilée et la mission universelle. Entre les deux, une rencontre : Jésus vient à la rencontre des femmes en chemin.
Cette structure n’est pas fortuite. Matthieu construit ici une progression en trois mouvements : la révélation (l’ange), la rencontre (Jésus), la mission (aller en Galilée). Et chaque mouvement approfondit le précédent. L’ange dit : « Il est ressuscité. » Jésus dit : « Je vous salue. » Et enfin : « Allez. » La résurrection ne s’arrête pas à l’annonce — elle se déploie en envoi.
Il faut aussi noter le rôle des femmes dans ce récit, qui est absolument central. Marie de Magdala et l’autre Marie (vraisemblablement Marie, mère de Jacques, mentionnée au chapitre 27) sont les premières témoins. Dans un monde où le témoignage féminin n’avait pas de valeur juridique, cela constitue un détail extraordinaire que personne n’aurait inventé pour crédibiliser un récit. Ce sont elles qui reçoivent l’annonce, elles qui courent, elles qui rencontrent le Ressuscité, elles qui portent la nouvelle aux disciples. L’Église naît d’une course de femmes.
Le psaume 117, dont le verset 24 sert d’acclamation alléluiatique dans la liturgie pascale, fournit le fond sonore de ce matin : Voici le jour que fit le Seigneur. En hébreu, yom — le jour — est à la fois un moment dans le temps et une plénitude de sens. Ce n’est pas juste un dimanche parmi d’autres : c’est LE jour, celui que Dieu lui-même a façonné comme un espace de fête et de joie. La liturgie de l’Église a saisi très tôt cette connexion : chaque dimanche est une petite Pâque, une répétition du premier matin, une invitation à la même course vers le Ressuscité.
Deux femmes, un Ressuscité, et la logique de la joie
Regardons de plus près le cœur du texte. Verset 8 : Vite, elles quittèrent le tombeau, remplies à la fois de crainte et d’une grande joie, et elles coururent porter la nouvelle. Ce verset est un chef-d’œuvre de condensation émotionnelle. La crainte (phobos) et la joie (chara) coexistent — non pas en alternance, mais simultanément.
Cela mérite qu’on s’y arrête. Dans la psychologie ordinaire, crainte et joie s’excluent. On a peur ou on est joyeux. Mais dans l’expérience du sacré, les deux convergent. Rudolf Otto, dans son célèbre Le Sacré, appelle cela le mysterium tremendum et fascinans : le mystère qui terrific et qui attire en même temps. Le tombeau vide est exactement ce type d’expérience. Il est terrifiant parce qu’il renverse tout ce qu’on croit savoir sur la mort. Il est fascinant parce qu’il ouvre une espérance que personne n’osait plus formuler.
La course des femmes est aussi significative. Dans l’Antiquité, on ne courait pas sans raison — courir était réservé aux enfants, aux serviteurs ou aux messagers urgents. Matthieu choisit ce verbe pour exprimer une urgence intérieure que les mots ordinaires ne suffiraient pas à décrire. Quelque chose d’inouï s’est passé, et il faut que les autres le sachent immédiatement.
Puis vient le verset 9 : Jésus vint à leur rencontre. L’initiative est ici du côté du Ressuscité. Ce n’est pas les femmes qui arrivent à lui — c’est lui qui vient vers elles. Ce mouvement d’initiative divine traversera toute la théologie pascale : le Ressuscité n’est pas une statue qu’on contemple de loin, c’est un Vivant qui avance vers ses disciples. La résurrection n’est pas passive — elle est dynamique, missionnaire, relationnelle.
Le salut de Jésus — Chairete en grec, souvent traduit par « Je vous salue » ou « Réjouissez-vous » — est le même mot que celui qui ouvre l’Annonciation dans Luc (Kaire, lc 1, 28). Ce n’est probablement pas un hasard. Le salut pascal fait écho au salut de l’Incarnation. La même joie qui s’est déposée sur Marie de Nazareth se dépose maintenant sur ces deux femmes au tombeau. L’histoire du salut a une cohérence intérieure que les mots grecs révèlent avec une précision saisissante.
Les femmes saisissent les pieds de Jésus et se prosternent. Ce geste est important : il confirme la réalité corporelle du Ressuscité. Ce n’est pas un fantôme, pas une vision, pas un symbole. On peut toucher ses pieds. La foi chrétienne est incarnée — elle ne méprise pas le corps, elle l’assume jusqu’en sa transformation pascale.
Jésus dit alors : Soyez sans crainte. C’est la formule classique de l’apparition divine dans la Bible — Noli timere — qu’on retrouve de l’Annonciation à la Transfiguration. Mais ici, l’injonction est suivie d’une mission concrète : allez annoncer à mes frères. Le mot frères (adelphoi) est d’une tendresse remarquable. Après la trahison de Judas, le reniement de Pierre, la fuite des disciples — Jésus appelle encore ses disciples ses frères. La résurrection n’est pas un tribunal. C’est une réconciliation.

La Galilée, lieu de l’origine et de la promesse
Pourquoi la Galilée ? C’est la question qui mérite une vraie réponse théologique, pas seulement géographique.
La Galilée, dans l’évangile de Matthieu, est le lieu du commencement. C’est là que Jésus a choisi de commencer son ministère (Mt 4, 12-17), là qu’il a appelé ses premiers disciples au bord du lac, là qu’il a prononcé le Sermon sur la montagne. Retourner en Galilée, c’est donc retourner aux origines, aux premières promesses, au lieu où tout a commencé. C’est un geste de fidélité : le Ressuscité ne renie pas le Jésus de Galilée. Il est le même.
Mais il y a plus. Matthieu cite au chapitre 4 le prophète Isaïe pour décrire la Galilée : Galilée des nations, le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière (Is 8, 23 — 9, 1). La Galilée est déjà chez Isaïe un lieu de révélation pour les peuples, un lieu d’ouverture universelle. Ce n’est pas Jérusalem, le cœur du pouvoir religieux juif. C’est la périphérie, la frontière, l’endroit où les Juifs côtoient les Gentils. Et c’est là que le Ressuscité donne rendez-vous.
Ce choix est profondément provocateur. Matthieu construit une théologie de la périphérie : la révélation de Dieu ne passe pas nécessairement par les centres de pouvoir, les institutions religieuses établies, les grands prêtres et les anciens. Elle passe par des femmes qui courent, par des disciples sans titre ni prestige, par une région méprisée. Si vous vous sentez en marge — de l’Église, de la société, de vous-même — ce texte vous dit que c’est précisément là que le Ressuscité donne rendez-vous.
La montagne de Galilée, au verset 16, fera écho à la montagne des Béatitudes. C’est le même lieu symbolique où Jésus avait enseigné le Royaume. La mission universelle des versets 18-20 (Allez, faites de toutes les nations des disciples) naît donc dans la continuité directe de l’enseignement de Jésus. La résurrection ne crée pas une religion nouvelle ex nihilo — elle accomplit et universalise ce qui était déjà présent dans le ministère terrestre de Jésus.
Il y a aussi une dimension eschatologique dans ce retour en Galilée. Pour les communautés chrétiennes du premier siècle, la Galilée était associée à l’attente du retour du Seigneur. Comme si le chemin de Galilée était à la fois un chemin vers le passé (les origines) et vers l’avenir (la Parousie). Aller en Galilée, c’est entrer dans ce mouvement de tension entre mémoire et espérance, qui est le rythme même de la vie chrétienne.
La mission comme don avant d’être comme devoir
Un des pièges de la lecture chrétienne de l’envoi missionnaire est de le transformer trop rapidement en impératif moral pesant. Il faut annoncer. Il faut témoigner. Il faut aller. Cette lecture n’est pas fausse, mais elle est incomplète — et cette incomplétude peut devenir toxique.
Regardons la structure du texte de plus près. Avant de dire allez, Jésus dit je vous salue. Avant la mission, il y a la rencontre. Avant l’envoi, il y a la réconciliation (mes frères). Avant le commandement, il y a la grâce. La mission n’est pas ce que les disciples doivent faire pour mériter le Ressuscité — elle est ce qu’ils ne peuvent pas ne pas faire une fois qu’ils l’ont rencontré.
C’est exactement ce que vit Madeleine dans l’évangile de Jean (Jn 20, 18) : Je l’ai vu ! Ce n’est pas une obligation, c’est une explosion. On ne retient pas une telle nouvelle. Ce qui s’est passé dans le jardin du tombeau est trop grand pour tenir dans un seul cœur. La mission est la conséquence naturelle d’un amour reçu, pas d’un code moral imposé.
Saint Augustin avait saisi cela avec une précision remarquable : Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose pas en toi (Confessions, I, 1). Le mouvement de la mission est le mouvement même de la joie pascale qui cherche à se partager. C’est une dynamique d’amour, pas une dynamique de performance.
Cela a des conséquences pratiques considérables. Si la mission est d’abord un don, alors elle commence par une intériorité — par la fréquentation du Ressuscité, par la prière, par les sacrements. On ne peut pas donner ce qu’on n’a pas reçu. Les femmes du tombeau n’ont pas décidé d’aller annoncer la résurrection après une réunion de stratégie pastorale. Elles ont couru parce qu’elles avaient vu, entendu, touché. La mission naît de la contemplation.
Ce principe rénove également notre façon de penser l’évangélisation. Évangéliser ne signifie pas d’abord convaincre ou persuader — cela signifie témoigner de ce qu’on a reçu, avec la liberté de celui qui n’a rien à prouver. Les grandes figures de l’évangélisation dans l’histoire — François d’Assise, Thérèse de l’Enfant-Jésus, Charles de Foucauld, Mère Teresa — n’étaient pas d’abord des stratèges de la communication. C’étaient des gens brûlés par leur rencontre avec le Ressuscité, et cela se voyait.
Le mensonge des grands prêtres, miroir inversé de la vérité pascale
Les versets 11-15 sont souvent expédiés rapidement dans les commentaires, comme si c’était un ajout polémique sans grand intérêt théologique. C’est une erreur. Ces versets sont un miroir essentiel que Matthieu tend à son lecteur.
Que font les grands prêtres quand ils apprennent la résurrection ? Ils ne cherchent pas la vérité. Ils organisent le mensonge. Ils réunissent les anciens, délibèrent, paient les gardes pour qu’ils diffusent une version falsifiée des événements : les disciples sont venus voler le corps pendant que nous dormions. Notons l’ironie : des gardes qui avouent dormir ne sont pas des témoins très fiables. L’argument s’effondre par lui-même.
Mais l’intérêt du passage n’est pas dans la valeur logique du mensonge. Il est dans la structure qu’il révèle. En face des femmes qui courent pour partager la vérité, nous avons des hommes qui courent pour organiser le mensonge. En face de la joie désintéressée, nous avons le calcul intéressé (une forte somme d’argent). En face de la mission gratuite, nous avons la corruption mercenaire. Matthieu construit deux mondes qui s’affrontent et invite son lecteur à choisir.
Ce contraste est particulièrement aigu dans la question du témoignage. Les femmes témoignent de ce qu’elles ont vu et vécu, au risque de ne pas être crues (et effectivement, au chapitre 28 de Luc, les apôtres ne les croient pas au début). Les gardes et les prêtres témoignent de ce qu’ils n’ont pas vu, moyennant rémunération. Le vrai témoignage est désintéressé, vulnérable, parfois incompris. Le faux témoignage est calculé, protégé par le pouvoir et l’argent.
Il y a ici une réflexion profonde sur le rapport entre pouvoir institutionnel et vérité évangélique. Les grands prêtres et les anciens représentent le centre du pouvoir religieux de leur temps. Et ce centre-là, précisément, refuse la résurrection. Pas par ignorance — par choix. Ils savent que le tombeau est vide. Ils ne veulent pas que cela se sache. Car si le tombeau est vide, leur autorité s’effondre. La résurrection est subversive non pas parce qu’elle est révolutionnaire au sens politique, mais parce qu’elle redistribue l’autorité : l’ultime autorité n’est plus dans le Temple, dans la Loi telle qu’ils l’interprètent, dans leurs décisions de Sanhédrin — elle est dans le Ressuscité.
Matthieu précise que cette explication mensongère s’est propagée chez les Juifs jusqu’à aujourd’hui (verset 15). Ce jusqu’à aujourd’hui est une marque de son époque — il écrit pour une communauté qui entend encore cette calomnie dans les synagogues. Mais ce jusqu’à aujourd’hui a aussi une résonance permanente : chaque génération produit ses propres versions du mensonge sur la résurrection. Aujourd’hui, on ne dit plus que les disciples ont volé le corps — on dit que la résurrection est un mythe, une métaphore, une projection psychologique des disciples en deuil. Les formes changent ; la structure du refus reste identique.
La course de Pâques dans une vie ordinaire
Transposons maintenant tout cela dans le concret. La théologie n’est pas une fin en soi — elle est un outil pour vivre mieux, plus vrai, plus libre.
Dans la vie intérieure : Le texte nous invite à accueillir simultanément crainte et joie. Si vous ressentez de la crainte face au mystère de la foi, ne la supprimez pas — elle est le signe que vous êtes en présence de quelque chose de réel. La foi fabriquée en laboratoire, sans tremblement, sans étonnement, est souvent une foi morte. Mais la crainte doit coexister avec la joie, pas l’écraser. Cherchez cette tension vivante.
Dans la vie relationnelle : Jésus appelle ses disciples ses frères après leurs trahisons et leurs fuites. Cela dit quelque chose d’important sur la façon dont le Ressuscité se rapporte à nos échecs. Il ne les efface pas par magie, mais il ne les transforme pas en sentence définitive non plus. Dans vos relations abîmées, cette logique peut inspirer une manière de revenir vers l’autre — non pas en niant ce qui s’est passé, mais en choisissant de rouvrir un chemin.
Dans la vie professionnelle et communautaire : La structure de la mission pascale (recevoir avant de donner, contempler avant d’agir) est un antidote puissant au burn-out pastoral et professionnel. Beaucoup de personnes engagées s’épuisent parce qu’elles donnent depuis un réservoir vide. Le texte de Matthieu leur rappelle que l’envoi naît d’une rencontre. Quelle est votre Galilée personnelle — le lieu où vous avez rencontré le Ressuscité pour la première fois ? Y retourner régulièrement n’est pas une régression, c’est une ressource.
Dans la vie sociale et civique : Le contraste entre les femmes témoins et les gardes corrompus pose une question d’éthique concrète. Dans quel monde voulons-nous vivre ? L’un est construit sur la vérité désintéressée, l’autre sur le mensonge organisé et acheté. Ce n’est pas une question abstraite dans une société où la désinformation est un outil politique. La foi pascale est une école de discernement du vrai.
Dans la liturgie : Le psaume 117 (Voici le jour que fit le Seigneur) nous rappelle que chaque dimanche est une convocation à la joie pascale. Non pas une obligation de performance émotionnelle — on ne s’oblige pas à être joyeux — mais une invitation à entrer dans un espace de sens que la liturgie maintient ouvert pour nous, même dans les semaines grises.

Comment les Pères et les grands théologiens ont lu ce passage
La lecture patristique de Matthieu 28 est d’une richesse extraordinaire, et elle mérite qu’on s’y attarde.
Origène (Commentaire sur Matthieu, vers 248) voit dans la course des femmes une image de l’âme qui se hâte vers la contemplation. Il interprète la crainte et la joie non pas comme des états émotionnels contradictoires mais comme deux faces d’une même expérience mystique : la crainte de l’infini de Dieu, la joie de son amour. Cette lecture mystique donnera naissance à toute une tradition d’interprétation allégorique où Marie-Madeleine devient le type de l’âme contemplative.
Saint Jean Chrysostome (Homélie sur Matthieu 90, fin IVe siècle) insiste sur la condescendance divine dans le geste de Jésus venant à la rencontre des femmes. Pour lui, le Ressuscité aurait pu rester sur la montagne et attendre — au lieu de cela, il descend. C’est une image de l’humilité du Christ qui n’abandonne pas après la résurrection. Chrysostome en tire une application directe pour les prêtres et les évêques : le pasteur doit aller au-devant de son peuple, pas attendre que le peuple vienne à lui.
Saint Ambroise de Milan (De Virginibus, IVe siècle) s’intéresse particulièrement aux femmes comme premières témoins et y voit une réhabilitation divine du témoignage féminin que la culture de l’époque marginalisait. Pour lui, Dieu choisit intentionnellement les témoins que l’histoire exclut, parce que la résurrection est elle-même une révolution de l’ordre établi.
Thomas d’Aquin (Somme théologique, III, q. 55) analyse le motif des apparitions pascales selon une logique rigoureuse : pourquoi Jésus n’est-il pas apparu d’abord aux pharisiens ou à Pilate ? Parce que la foi pascale n’est pas une évidence qu’on impose, mais une grâce qu’on reçoit. Le Ressuscité se révèle à ceux qui sont capables de le recevoir, c’est-à-dire à ceux dont le cœur est déjà ouvert par l’amour et la fidélité.
Hans Urs von Balthasar (La Gloire et la Croix, vol. I) offre une lecture plus contemporaine qui articule la résurrection avec le don de la beauté. Pour lui, la rencontre du tombeau est une expérience du kallos, de la beauté divine, qui saisit avant d’argumenter. Les femmes n’ont pas d’abord raisonné — elles ont été saisies. La foi pascal naît d’un contact avec quelque chose de beau, qui précède toute démonstration logique. Cette intuition renouvelle profondément l’approche catéchétique : on n’entre pas dans la foi chrétienne par les preuves, mais par l’expérience de la beauté du Christ ressuscité.
La tradition liturgique elle-même est une lecture théologique du texte. L’Exsultet, ce magnifique chant de la nuit pascale, porte la même tension que Matthieu 28 : C’est la nuit qui a purifié les fautes des criminels… Heureuse cette nuit! La joie et la crainte, le péché et la grâce, l’obscurité et la lumière — toutes ces polarités sont assumées et transformées dans la résurrection.
La tradition orientale, particulièrement l’iconographie byzantine, représente souvent la Myrophores (les femmes porteuses de myrrhe) comme les premières apôtres — isapostolos en grec, égales aux apôtres. L’Église d’Orient a donné à Marie-Madeleine le titre d’Apostole des apôtres, reprenant une expression de saint Bernard de Clairvaux (apostolorum apostola). Ce titre n’est pas anodin : il signifie que la mission universelle de l’Église prend sa source dans le témoignage de ces femmes au tombeau.
Aller soi-même en Galilée
La théologie n’est vivante que si elle descend dans le corps, dans le quotidien, dans la pratique. Voici un chemin de méditation en sept étapes, inspiré du texte de Matthieu 28.
Étape 1 : Trouver son tombeau. Avant de courir, les femmes étaient au tombeau. Qu’est-ce qui, dans votre vie, ressemble à un tombeau — un deuil non résolu, une espérance abandonnée, une relation morte ? Nommez-le sans honte. C’est de là que repart la vie.
Étape 2 : Accueillir la crainte. Ne cherchez pas à supprimer la peur ou le vertige. Asseyez-vous avec elle. La crainte que vous ressentez devant Dieu, devant la mort, devant l’avenir, est une porte vers quelque chose de plus grand que vous. Respirez.
Étape 3 : Laisser entrer la joie. La joie pascale n’est pas une émotion fabriquée. C’est une certitude profonde que rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu (Rm 8, 39). Rappelez-vous un moment dans votre vie où vous avez touché cette certitude. Revenez-y.
Étape 4 : Courir. Quelle est l’urgence de votre foi en ce moment ? Vers qui êtes-vous appelé à courir ? Un ami en difficulté, une communauté isolée, un engagement abandonné ? La résurrection crée de l’urgence — non pas l’urgence anxieuse du burn-out, mais l’urgence joyeuse de l’amour.
Étape 5 : Identifier votre Galilée. Quel est le lieu (géographique, intérieur, relationnel) où vous avez rencontré le Christ pour la première fois avec force ? Projetez d’y retourner — en pèlerinage extérieur ou intérieur.
Étape 6 : Entendre mes frères. Comment Jésus vous appelle-t-il ? Après vos trahisons, vos fuites, vos silences — comment vous nomme-t-il ? Laissez ce mot frère, sœur, retravailler votre image de vous-même.
Étape 7 : Discerner les mensonges en circulation. Quels sont les votre corps a été volé contemporains qui circulent autour de vous et en vous ? Quelles narrations vous empêchent de croire en la résurrection, sous quelque forme que ce soit ? Identifiez-les pour mieux les déposer.
La résurrection dans un monde qui ne veut pas croire
Il serait naïf de lire Matthieu 28 sans affronter les défis réels que ce texte pose à l’homme et à la femme d’aujourd’hui. Ces défis sont au moins au nombre de quatre.
Premier défi : le scepticisme historico-critique. Depuis le XVIIIe siècle, la résurrection fait l’objet d’une suspicion méthodologique dans le monde académique. Le philosophe David Hume posait déjà le problème : un miracle, par définition, viole les lois de la nature, et le témoignage humain est moins fiable que l’ordre naturel. Cette objection est sérieuse et mérite une réponse sérieuse — pas des pirouettes. La réponse chrétienne ne consiste pas à nier la critique historique, mais à en préciser les limites. L’histoire peut analyser des traces, des témoignages, des effets. Elle ne peut pas, par définition, juger de la possibilité ou de l’impossibilité d’un acte de Dieu. Comme le dit N.T. Wright dans The Resurrection of the Son of God, la résurrection est le seul événement qui explique à la fois le tombeau vide ET les apparitions ET la naissance de l’Église. Chercher une explication alternative est légitime — mais elle doit rendre compte de tous ces éléments simultanément.
Deuxième défi : la réduction symbolique. Dans de nombreux milieux ecclésiastiques progressistes, la résurrection est réduite à une métaphore de l’espoir : Jésus ressuscite dans le cœur de ses disciples, dans ses paroles qui continuent à vivre, dans sa cause qui triomphe de la mort. Cette lecture est spirituellement attrayante — mais elle ne rend pas justice au texte. Matthieu n’écrit pas que les femmes ont eu une expérience intérieure au tombeau. Il écrit qu’elles ont saisi les pieds d’un homme qui marchait vers elles. Le réalisme corporel de la résurrection est une donnée fondamentale du Nouveau Testament que la réduction symbolique ne peut pas évacuer sans violence textuelle.
Troisième défi : la banalisation du mensonge. Les versets 11-15 de Matthieu 28 ont une résonance particulièrement aiguë dans notre époque des fake news, de la post-vérité et de la désinformation algorithmique. Nous vivons dans un monde où des acteurs puissants — comme les grands prêtres dans le texte — peuvent mobiliser des ressources considérables pour faire circuler des récits falsifiés. La foi pascale est un appel à la vigilance épistémique : ne pas tout croire, chercher les sources, distinguer le témoignage désintéressé de l’information achetée. Ce n’est pas par hasard que le christianisme primitif a insisté sur la notion de martyr — le témoin — comme figure centrale. Un martyr ne peut pas être corrompu parce qu’il donne sa vie pour ce qu’il a vu.
Quatrième défi : la fatigue de l’annonce. Beaucoup de chrétiens engagés, après des années de militantisme pastoral ou social, ressentent une fatigue profonde. Ils ont annoncé, témoigné, couru — et ils ont l’impression que rien ne change. Ce découragement est humain et compréhensible. La réponse que le texte offre n’est pas un encouragement de type managérial (vous pouvez le faire!), mais un réenracinement dans la source : retournez en Galilée. Retournez à la rencontre fondatrice. La mission ne s’alimente pas à ses propres résultats, elle s’alimente à la présence du Ressuscité. Ce que vous ne pouvez pas changer, laissez-le au Christ. Ce qu’il vous demande de faire, faites-le avec les moyens que vous avez. La fidélité n’est pas la même chose que le succès.

Prière : offrir le matin de Pâques
Seigneur Jésus, Ressuscité du tombeau, ce matin-là, tu as vu courir des femmes. Tu ne les as pas attendues sur une montagne impassible. Tu es allé à leur rencontre, dans la poussière du chemin. Viens à notre rencontre, toi aussi.
Nous sommes souvent comme elles — remplis à la fois de crainte et d’une grande joie, ne sachant plus très bien si ce que nous vivons est réel, portant dans notre cœur une nouvelle trop grande pour nous.
Dis-nous, à nous aussi, Soyez sans crainte. Nomme-nous frères, sœurs, après nos trahisons, nos silences, nos fuites. Ta tendresse nous devance toujours.
Montre-nous notre Galilée — le lieu de l’origine, le lieu de la promesse, le lieu où tu nous attends encore, non pour nous juger, mais pour nous envoyer.
Donne-nous la grâce de courir, non par peur de manquer, non par devoir pénitentiel, mais parce que nous t’avons vu et que cette nouvelle ne tient plus dans notre cœur.
Préserve-nous du mensonge confortable, de la peur qui paie les gardes pour faire taire la vérité. Donne-nous le courage du témoignage désintéressé, même quand on ne nous croit pas, même quand notre voix est solitaire.
Que chaque dimanche soit pour nous ce jour que tu as fait — un espace ouvert, une fête, une joie. Non pas la joie de ceux qui n’ont plus peur de rien, mais la joie de ceux qui savent que le tombeau est vide et que tu marches toujours en avant.
Nous voulons aller en Galilée. Guide nos pas. Et si nous trébuchons en chemin, viens encore à notre rencontre.
Tu l’as fait ce matin-là. Tu le fais maintenant. Tu le feras toujours.
Amen.
Alléluia. Alléluia. Voici le jour que fit le Seigneur — qu’il soit pour nous jour de fête et de joie. Alléluia.
Tout commence au tombeau vide
Nous avons parcouru un long chemin depuis le verset 8 de Matthieu 28. Deux femmes qui courent, un Ressuscité qui vient à leur rencontre, une mission reçue comme un don, une Galilée comme lieu de rendez-vous, un mensonge orchestré comme contre-témoignage — et derrière tout cela, la question la plus simple et la plus vertigineuse de l’histoire humaine : est-ce que cela s’est vraiment passé ?
Matthieu ne cherche pas à prouver la résurrection. Il témoigne de la résurrection. Il dit : des femmes ont couru, Jésus leur est apparu, il a dit ces mots, des gens ont menti pour faire taire cette vérité. À vous de choisir quelle histoire vous habitez.
La foi pascal n’est pas une conviction intellectuelle parmi d’autres. C’est une manière d’habiter le monde — un monde où le tombeau vide a le dernier mot sur toutes les formes de mort, réelle ou symbolique. Un monde où même les disciples qui ont fui sont appelés frères. Un monde où la Galilée des périphéries vaut mieux que Jérusalem des pouvoirs établis.
Ce texte est un appel. Il vous invite à aller en Galilée — à retourner à l’essentiel, à la rencontre fondatrice, au lieu où tout a commencé pour vous. Et à reprendre la route, portés par cette tension vivante entre crainte et grande joie qui est la signature de tout ce qui est vraiment de Dieu.
Sept gestes pour une semaine pascale
- Chaque matin cette semaine, redire le verset du psaume 117 (Voici le jour que fit le Seigneur) avant de commencer quoi que ce soit, pour reposer sa journée dans cette perspective pascale.
- Identifier dans votre entourage un disciple en fuite — quelqu’un qui s’est éloigné, d’une relation, d’une communauté, de lui-même — et lui envoyer un message simple qui dit : tu m’es cher, je pense à toi.
- Prendre dix minutes pour écrire dans un carnet quel est votre tombeau actuel — et l’offrir dans la prière, sans chercher à le résoudre immédiatement.
- Repérer dans votre environnement informationnel les grands prêtres contemporains — les récits organisés qui font taire certaines vérités — et décider consciemment de ne pas les relayer cette semaine.
- Aller physiquement dans un lieu qui a été pour vous un lieu de rencontre avec Dieu ou avec le meilleur de vous-même, même brièvement.
- Lors de la messe dominicale, prêter une attention particulière au moment du Je vous salue — qu’il soit dans le Pax vobis du prêtre, dans la paix échangée avec les voisins — comme un écho du Chairete du Ressuscité.
- Avant de dormir, nommer à voix basse trois personnes pour lesquelles vous avez couru cette semaine — ceux à qui vous avez porté la nouvelle sous quelque forme que ce soit : une présence, une parole, un service.
Références
Sources primaires
- Évangile selon saint Matthieu, 28, 1-20, texte AELF (traduction liturgique officielle française).
- Psaume 117 (116), verset 24, traduction liturgique AELF.
- Origène, Commentaire sur l’évangile selon Matthieu, Série XII, Sources Chrétiennes n°162, Cerf, Paris.
- Jean Chrysostome, Homélie 90 sur Matthieu, trad. fr. in Œuvres complètes, Vivès, Paris, 1865.
- Augustin d’Hippone, Confessions, I, 1, trad. Pierre de Labriolle, Les Belles Lettres, Paris, 1992.
Sources secondaires
- N.T. Wright, The Resurrection of the Son of God, Fortress Press, Minneapolis, 2003. (Ouvrage de référence pour le débat historique sur la résurrection.)
- Hans Urs von Balthasar, La Gloire et la Croix, tome I : Apparition, trad. fr. Robert Givord, Aubier, Paris, 1965.
- Rudolf Otto, Le Sacré, trad. fr. André Jundt, Payot, Paris, 1969. (Pour le concept de mysterium tremendum et fascinans.)
- Xavier Léon-Dufour s.j., Résurrection de Jésus et message pascal, Seuil, Paris, 1971. (Exégèse classique du récit pascal matthéen.)
- Marie-Joseph Lagrange o.p., Évangile selon saint Matthieu, Gabalda, Paris, 1923, réédition 1948. (Commentaire exégétique de référence en français.)
Lectio divina
"Allez annoncer à mes frères qu'ils doivent se rendre en Galilée : c'est là qu'ils me verront." (Mt 28, 10)
Jésus appelle ses disciples « mes frères » après la résurrection — un titre nouveau, chargé d'une tendresse inouïe. Et il les renvoie en Galilée, là où tout a commencé, là où ils étaient simples et pauvres. Le Ressuscité ne les envoie pas vers un lieu glorieux, mais vers le quotidien. Toi, est-ce que tu cherches le Christ dans l'extraordinaire, ou sais-tu le retrouver dans ta propre Galilée ?
Seigneur ressuscité, tu m'appelles ton frère. Cette parole me dépasse. Tu me renvoies vers ma vie ordinaire pour t'y rencontrer. Aide-moi à reconnaître ta présence dans ma Galilée à moi. Que le lieu de mes débuts soit aussi le lieu de mes retrouvailles avec toi.
Le chemin de terre vers le lac scintille sous le soleil du matin, et les filets sèchent encore sur la barque.
✝ Références bibliques
1 passage · 1 livre
Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. (Mt 28,20)
L'Évangile du Roi : Jésus, nouveau Moïse, accomplit les Écritures pour Israël et les nations.
→ Explorer le Codex Matthieu- Ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux (Mt 14, 22-33)
- Il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète ce champ (Mt 13, 44-52)
- Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre (Mt 28, 16-20)
- Proclamez l’Évangile à toute la création (Mc 16, 15-20)
- Il est ressuscité et il vous précède en Galilée (Mt 28, 1-10)
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