Cinq noms, une Église : l’Afrique entre au cœur du gouvernement missionnaire de Rome

Cinq Africains au Dicastère pour l'Évangélisation : Bamenda, otages et gouvernance mondiale se rejoignent dans une même parole.

Équipe Via Bible
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Le 1er juillet, le Symposium des Conférences Épiscopales d’Afrique et de Madagascar a publié un communiqué qui, en apparence, se limite à une expression de solidarité fraternelle envers cinq prélats africains. En réalité, ce texte accomplit un geste bien plus décisif : il révèle, pour la première fois de manière complète, l’ampleur de la présence africaine désormais installée au cœur du Dicastère pour l’Évangélisation. Ce que les annonces du 30 juin avaient laissé entrevoir de façon fragmentaire — un cardinal congolais, mentionné aux côtés d’un archevêque français — se dévoile enfin dans sa totalité : cinq Africains, deux membres supplémentaires et deux consulteurs, couvrant l’Afrique centrale, l’Afrique de l’Ouest anglophone et l’Afrique de l’Ouest francophone. Ce n’est plus un signal isolé. C’est une architecture.

Une liste enfin complète, un signal théologique

Le communiqué du SCEAM ne se contente pas de féliciter. Il nomme, un par un, les cinq responsables ecclésiaux appelés à siéger ou à conseiller au sein de la Section pour la Première évangélisation et les nouvelles Églises particulières. Le père Rafael Simbine Junior, secrétaire général du Symposium, y voit une reconnaissance de la contribution du deuxième plus grand continent du monde à la mission d’évangélisation universelle. Cette formulation n’est pas un compliment protocolaire : elle inscrit la nomination dans une histoire longue, celle d’une Église africaine longtemps reçue comme terrain de mission et désormais associée au gouvernement même de la mission.

Cinq noms pour une Afrique plurielle

Le cardinal Fridolin Ambongo Besungu, archevêque métropolitain de Kinshasa et président du SCEAM, occupe la place la plus visible parmi les nommés, en cohérence avec son rôle déjà affirmé dans d’autres instances romaines. À ses côtés, Mgr Alfred Adewale Martins, archevêque de Lagos, apporte la voix de l’Église nigériane, l’une des plus dynamiques et des plus nombreuses du continent. Mgr Andrew Nkea Fuanya, archevêque de Bamenda, complète ce trio de membres titulaires, tandis que Mgr François Sylla, archevêque de Conakry, et le père Wenceslaus C. Madu, vice-chancelier de l’Université claretaine du Nigeria à Nekede, sont nommés consulteurs. Cette répartition géographique n’est pas fortuite : elle traverse l’Afrique centrale, l’Ouest anglophone et l’Ouest francophone, comme pour signifier que la représentation africaine ne se limite pas à un bloc linguistique ou à une seule tradition ecclésiale.

Le Pape Léon XIV, en assemblant cette liste au sein d’une nomination plus large touchant aussi le Japon, le Canada, la France, la Corée ou l’Indonésie, place l’Afrique dans un concert véritablement mondial plutôt que dans une case régionale. Ce choix rejoint une tendance déjà observable depuis avril, lorsque le cardinal Ambongo avait été nommé membre du Dicastère pour la Communication, aux côtés d’autres figures africaines comme Mgr Cristóbal López Romero ou Mgr Bernardin Francis Mfumbusa. La convergence de ces nominations dessine, mois après mois, une Curie romaine qui cherche à ressembler davantage au visage réel de l’Église catholique contemporaine.

Bamenda, l’archidiocèse qui souffre et qui gouverne

Ce qui donne à cette liste sa gravité particulière, c’est le nom de Bamenda. L’archidiocèse dont Mgr Andrew Nkea Fuanya a la charge pastorale traverse depuis plusieurs années l’une des crises les plus douloureuses du continent africain, celle de la région anglophone du Cameroun, où les affrontements entre forces gouvernementales et groupes séparatistes ambazoniens frappent régulièrement le clergé et les fidèles. En novembre 2025 déjà, six prêtres et un fidèle laïc avaient été enlevés après une cérémonie de dédicace à la cathédrale de Big Mankon, retenus captifs plusieurs semaines avant leur libération. L’un d’eux, l’abbé John Berinyuy Tatah, a depuis été nommé évêque auxiliaire de Bamenda, comme si l’épreuve elle-même s’était transformée en vocation.

Puis, dans la nuit du 18 au 19 juin 2026, un nouvel enlèvement a frappé la même région : trois prêtres, deux religieuses et un missionnaire de Mill Hill ont été capturés sur la route reliant Fundong à Bamenda, alors qu’ils revenaient d’une cérémonie d’ordination. C’est dans ce climat de vulnérabilité extrême que Mgr Nkea Fuanya reçoit, quelques jours plus tard, la charge de siéger au Dicastère pour l’Évangélisation à Rome. Le contraste est saisissant : un archevêque dont les prêtres sont enlevés sur les routes de son propre diocèse se voit confier une responsabilité mondiale dans le gouvernement de la mission de l’Église.

La gouvernance missionnaire comme corps ecclésial

Cette configuration n’est pas seulement un fait d’actualité curiale. Elle touche à une vérité théologique profonde sur la nature même du corps ecclésial, cette réalité que l’apôtre décrit lorsqu’il écrit que « si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui » (1 Co 12, 26). La nomination d’un pasteur éprouvé par la persécution à une charge de gouvernement universel n’est pas une anomalie administrative : elle exprime, de manière presque involontaire, la logique même du corps du Christ, où la fragilité d’une partie devient une source d’autorité spirituelle pour l’ensemble.

Membres et consulteurs : la diversité des charismes

La distinction entre membres et consulteurs, loin d’être une simple hiérarchie technocratique, rappelle la manière dont saint Paul décrit la diversité des ministères donnés pour l’édification du corps ecclésial : « en vue de l’édification du corps du Christ, jusqu’à ce que nous soyons tous parvenus à l’unité de la foi » (Ep 4, 12-13). Le cardinal Ambongo, les archevêques Martins et Nkea Fuanya portent la charge de membres titulaires, tandis que Mgr Sylla et le père Madu apportent, en tant que consulteurs, une expertise complémentaire — celle d’un pasteur d’Afrique de l’Ouest francophone et celle d’un universitaire formé aux questions missiologiques. Cette diversité n’est pas décorative : elle reproduit, à l’échelle romaine, la variété des dons que l’Esprit répartit dans le corps ecclésial pour qu’aucune fonction ne se substitue à une autre et qu’aucune ne se suffise à elle-même.

Le choix de nommer un vice-chancelier universitaire aux côtés de trois archevêques signale par ailleurs que la mission ne se pense plus seulement en termes de gouvernance territoriale, mais aussi de formation intellectuelle et théologique. L’Université claretaine de Nekede, dont le père Wenceslaus C. Madu a la responsabilité académique, incarne cette dimension souvent négligée de l’évangélisation : la nécessité de penser la foi avec rigueur avant de la proclamer avec ardeur.

Le sang des otages et l’autorité reçue

Il existe dans l’Écriture un texte moins cité que d’autres, mais d’une pertinence frappante pour comprendre ce moment : le récit de l’envoi en mission de Barnabé et de Saul par l’Église d’Antioche. « Alors qu’ils célébraient le culte du Seigneur et qu’ils jeûnaient, l’Esprit Saint dit : ‘Mettez à part pour moi Barnabé et Saul, pour l’œuvre à laquelle je les ai appelés’ » (Ac 13, 2). Ce texte rappelle que la désignation missionnaire ne provient jamais d’un simple calcul de compétences, mais d’un discernement spirituel opéré au sein d’une communauté en prière. Le communiqué du SCEAM, en insistant sur la solidarité ecclésiale plutôt que sur la simple fierté nationale, replace la nomination des cinq Africains dans cette même logique : l’Église d’Afrique tout entière, à travers son organe continental, reconnaît dans ces choix un mouvement de l’Esprit plutôt qu’une simple promotion.

Mais l’histoire d’Antioche comporte aussi son ombre : Saul, mis à part pour la mission, deviendra celui qui « endurera beaucoup pour le nom » du Christ, selon la parole adressée à Ananias. Il en va de même, toutes proportions gardées, pour l’archevêque de Bamenda : la mise à part pour un service universel ne dispense pas de la croix locale. Elle l’assume et, en un sens, la féconde. C’est peut-être là le sens le plus profond de cette nomination : elle proclame, sans le dire explicitement, que l’autorité dans l’Église ne se sépare jamais du témoignage de la souffrance partagée.

Ce que cette nomination demande à l’Église universelle

Cette actualité romaine, aussi technique qu’elle paraisse, appelle une réponse spirituelle concrète de la part des catholiques francophones qui suivent, depuis l’Europe ou d’ailleurs, la vie de l’Église universelle.

Prier avec Bamenda

Il serait facile de se réjouir de cette reconnaissance africaine sans se souvenir du prix payé pour elle. Prier pour l’archidiocèse de Bamenda, pour les otages enlevés le 19 juin dont le sort reste incertain, et pour Mgr Andrew Nkea Fuanya lui-même, appelé à porter simultanément le poids d’un diocèse en crise et une responsabilité romaine, constitue un devoir de communion élémentaire. Le SCEAM, en publiant son communiqué de solidarité, invite implicitement les fidèles du continent et d’ailleurs à ne pas dissocier la joie de la nomination de la douleur du contexte qui l’accompagne.

Une Curie qui ressemble au monde qu’elle évangélise

Au-delà de la prière, cette actualité invite à une conversion du regard sur la manière dont l’Église pense sa propre gouvernance. Une Curie romaine qui associe des archevêques d’Osaka, de Séoul, de Kinshasa, de Lagos et de Bamenda à des évêques mexicains, vénézuéliens ou indonésiens dessine une catholicité concrète, non pas théorique. Pour les catholiques francophones, souvent tentés de vivre leur foi dans un cadre essentiellement européen, cette nomination constitue une invitation à élargir leur imagination ecclésiale et à reconnaître dans l’Église d’Afrique un partenaire à part entière du gouvernement missionnaire mondial, et non plus seulement un terrain d’action caritative.

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Lectio divina

📜
Lectio — Lire

« Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ; si un membre est à l'honneur, tous partagent sa joie » 1 Co 12, 26

🧠
Meditatio — Méditer

Tu portes peut-être, sans le savoir, la douleur d'un frère que tu ne connaîtras jamais. Que ressens-tu lorsque tu apprends la joie d'un homme dont le diocèse saigne encore ? Peux-tu vraiment séparer l'honneur reçu par un membre du corps de la souffrance endurée par un autre membre, quand ce corps est un seul et même Christ ? Où se situe, dans ta propre vie de foi, la frontière entre ta joie personnelle et la peine de ceux que tu ne vois jamais ?

🙏
Oratio — Prier

Seigneur, tu as fait de nous un seul corps, uni par ton sang versé. Tu vois Bamenda, ses routes où l'on enlève tes prêtres, ses cathédrales où l'on prie malgré la peur. Tu vois aussi Rome, ses couloirs où l'on nomme un pasteur blessé à une charge universelle. Apprends-moi à porter la douleur de ceux que je ne rencontrerai jamais. Que ma joie ne soit jamais indifférente à la croix de mes frères. Fais de mon cœur un membre vivant, sensible à tout le corps.

Contemplatio — Contempler

Une main tendue dans l'obscurité d'une route camerounaise rejoint, sans le savoir, la lumière d'une salle romaine où l'on prononce un nom.

✝ Références bibliques

3 passages · 3 livres
Actes des Apôtres
📖 Codex — Livre biblique

Luc (compagnon de Paul) · 80–90 ap. J.-C. · 1007 versets

Vous recevrez une force, celle du Saint-Esprit… vous serez mes témoins. (Ac 1,8)

La naissance et l'expansion de l'Église de Jérusalem jusqu'à Rome sous l'action de l'Esprit.

→ Explorer le Codex Actes des Apôtres

🌍 3 pays concernés

Cameroun
🇨🇲
Cameroun
Africa
Minorité active
Catholiques
38 %
🏛 Capitale
Yaoundé
👥 Population
29,4 M hab.
⛪ Diocèses
27
✨ Sanctuaires
2
Méditation
L'Afrique en miniature

Au Cameroun, environ 38 % de la population est catholique, dans un pays aux multiples visages religieux et culturels. L'évangélisation débuta au XIXe siècle avec les Pères Pallottins allemands, puis les missionnaires de la Congrégatio…

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Guinée
🇬🇳
Guinée
Africa
Minorité
Catholiques
10 %
🏛 Capitale
Conakry
👥 Population
14,4 M hab.
⛪ Diocèses
4
Méditation
La forêt et la Parole

En Guinée, les catholiques représentent environ 10 % de la population, minorité chrétienne dans un pays à large majorité musulmane. L'évangélisation débuta à la fin du XIXe siècle grâce aux missionnaires spiritains et aux Pères…

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Nigéria
🇳🇬
Nigéria
Africa
Persécutée
Catholiques
8 %
🏛 Capitale
Abuja
👥 Population
223,8 M hab.
⛪ Diocèses
56
🌟 Saints
1
✨ Sanctuaires
4
Persécution extrême ●●●●●
Méditation
Le géant qui porte la foi de l'Afrique

Avec environ 8 % de catholiques dans une population de plus de 220 millions d'habitants, le Nigeria est l'un des plus grands pays catholiques d'Afrique en chiffres absolus. L'évangélisation débuta au XVe siècle avec les missionnaires po…

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