Entre deux rives : la tempête comme chemin vers l’autre rive

Méditation sur Mc 4,35-41 à la lumière d’Adrienne von Speyr : comprendre la tempête comme passage vers l’autre rive, entre épreuve, espérance et confiance en Christ.

Équipe Via Bible
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Méditation sur Mc 4,35-41 à la lumière d’Adrienne von Speyr


Il y a des phrases qui vous arrêtent net. Pas parce qu’elles sont compliquées, mais parce qu’elles disent tout haut ce que vous n’osiez pas formuler. Adrienne von Speyr, mystique protestante convertie au catholicisme, femme médecin, épouse, contemplatrice et auteure d’une œuvre théologique considérable, avait ce don rare : nommer l’essentiel avec une simplicité désarmante. Quand elle écrit que « le Seigneur le savait » au moment où il ordonne à ses disciples de passer sur l’autre rive, elle ne dit pas une banalité. Elle ouvre un gouffre et une lumière en même temps.

Cette méditation part de cet éclair. Elle veut en explorer la profondeur, en dérouler les implications pour notre vie concrète de croyants — ces vies qui ne sont pas des lignes droites, mais des traversées, des entre-deux, des passages chahutés entre une rive que nous connaissons et une autre que nous pressentons sans la voir encore.

La tempête n’est pas un accident

Le Seigneur savait

Tout commence là. Avant même que le vent se lève, avant même que les vagues commencent à claquer contre les flancs de la barque, avant que les disciples se retournent vers Jésus endormi sur le coussin à la poupe — il savait. Adrienne von Speyr l’affirme avec une tranquillité qui pourrait presque choquer : « Cette tempête ne survient pas par hasard, le Seigneur le savait. »

C’est une affirmation théologique d’une densité extraordinaire. Elle nous force à relire l’épisode de la tempête apaisée (Mc 4,35-41) non plus comme un récit de détresse suivi d’un miracle rassurant, mais comme une scène construite, voulue, inscrite dans un dessein. Ce n’est pas que Dieu soit l’auteur du chaos — l’Écriture ne dit pas cela. Mais il n’est pas non plus surpris par lui. Et cette nuance change absolument tout.

Relisons le texte. « Ce jour-là, le soir venu, Jésus dit à ses disciples : Passons sur l’autre rive. » (Mc 4,35) C’est lui qui prend l’initiative. C’est lui qui ordonne la traversée. C’est lui qui formule cet ordre simple — passons — à l’heure où le soir tombe, à l’heure où la lumière décline, à l’heure, symboliquement, où la visibilité diminue. Il ne les envoie pas devant lui, remarquez bien : il monte dans la barque avec eux. « Ils emmènent Jésus dans la barque, comme il était. » (Mc 4,36)

Adrienne von Speyr insiste sur cette présence embarquée. Dans son commentaire de l’Évangile de Marc, elle voit dans ce détail — comme il était, c’est-à-dire sans préparatifs particuliers, dans l’ordinaire de sa fatigue — une marque de confiance totale de Jésus envers le Père. Il sait ce qui va venir. Et il monte quand même. Endormi sur un coussin, il va dormir. Non par indifférence, mais parce que sa paix est déjà là, de l’autre côté de toutes les tempêtes possibles.

Ce que von Speyr nous dit, en filigrane, c’est ceci : si Jésus dort pendant la tempête, ce n’est pas qu’il ne sait pas. C’est qu’il sait d’une façon qui dépasse la vigilance humaine. Sa paix n’est pas de l’inconscience. C’est la paix de quelqu’un qui connaît la fin de l’histoire.

La tempête comme structure du passage

Il y a quelque chose de presque structurel dans cette idée. Von Speyr le formule avec une précision qui ressemble à une loi : « Avec le Seigneur, nous ne pouvons jamais rien atteindre sans tempête. » Jamais. C’est un mot fort, un mot qui ne laisse pas d’exception. Pas de raccourci, pas de porte dérobée, pas de version sans turbulences.

Cela peut sembler sévère. Mais réfléchissez : est-ce que ce n’est pas, au fond, la logique même du mystère pascal ? Pâques ne s’atteint pas autrement que par le Vendredi saint. La vie éternelle ne s’ouvre pas sans la mort. La résurrection n’est pas un évitement de la croix mais un passage à travers elle. La tempête n’est pas une anomalie dans le plan de Dieu — elle en est, d’une certaine façon, la signature.

Von Speyr distingue par ailleurs plusieurs types de tempêtes : « qu’elle soit intérieure, extérieure, ou d’un autre genre encore. » C’est une taxonomie discrète mais réelle. Il y a des tempêtes visibles — les épreuves de la maladie, du deuil, de la rupture, de l’injustice. Et il y a des tempêtes intérieures — la nuit de la foi, le doute, la sécheresse spirituelle, la sensation que Dieu dort sur son coussin pendant que tout s’effondre. Ces deux types sont également légitimes. Également réels. Également prévus.

Ce qui est libérateur dans cette vision, c’est qu’elle déculpabilise la tempête intérieure. Combien de croyants se jugent pour leurs doutes, leurs angoisses, leurs nuits obscures ? « Je n’aurais pas dû me sentir ainsi. Ma foi est peut-être insuffisante. » Von Speyr dit le contraire : si tu traverses une tempête intérieure, c’est peut-être simplement parce que le Seigneur t’a dit, à toi aussi, « passons sur l’autre rive. » Et que le passage, pour toi aussi, demande cette nuit.

Ce que le soir symbolise

L’évangéliste ne dit pas par hasard que c’est le soir venu que Jésus donne l’ordre de traverser. Dans la symbolique biblique, le soir est un temps-charnière. C’est l’heure de la manne dans le désert. C’est l’heure du repas à Emmaüs. C’est l’heure où la lumière commence à manquer et où la confiance doit prendre le relais de la vision.

Von Speyr, grande lectrice de Jean et de Marc, est sensible à ces détails temporels. Dans ses méditations sur l’Évangile de Jean, elle revient souvent sur la signification de la nuit, du soir, de l’obscurité progressive dans le discours et dans l’action de Jésus. Pour elle, Dieu n’a pas peur du soir. Il travaille souvent à la tombée du jour, à l’heure où les hommes sont tentés de rentrer chez eux, de fermer les volets, de se mettre à l’abri.

Ordonner la traversée le soir, c’est ordonner la confiance là où la clarté manque. C’est demander aux disciples — c’est demander à chacun de nous — d’embarquer dans l’obscurité avec pour seule certitude : il est dans la barque. Et il sait.

L’autre rive : un nom pour toutes les promesses

Pâques, l’éternité, l’attente

Von Speyr ouvre ici un registre saisissant. Elle ne dit pas que l’autre rive est uniquement la vie éternelle, ou uniquement Pâques. Elle énumère, et l’énumération est délibérément ouverte : « L’autre rive, ce peut être Pâques, ce peut être la vie éternelle, ce peut être aussi une attente dans la vie chrétienne. » Elle termine par cette formule dense : « En tout cas, c’est toujours quelque chose à atteindre au nom du Seigneur. »

Cette ouverture est théologiquement précieuse. Elle dit que le schéma de la traversée — une rive connue, une tempête, une autre rive à atteindre — est un schéma itératif dans la vie chrétienne. Ce n’est pas une grande traversée unique, une fois pour toutes. C’est le rythme même de la vie dans la foi. Il y a des petites Pâques et des grandes Pâques. Des petites nuits et des grandes nuits. Des petits passages et le grand Passage.

Pensez à Abraham. Il est sur une rive — Ur des Chaldéens, sa famille, sa sécurité, ses dieux ancestraux. Dieu lui dit : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, pour aller dans le pays que je t’indiquerai. » (Gn 12,1) Pas de carte, pas d’itinéraire précis, pas de garanties intermédiaires. Juste une promesse — une autre rive, quelque part — et la route. Et la route n’est pas sans tempêtes : la famine, la séparation avec Loth, l’errance, la longue attente d’un fils.

Ou pensez à Pierre. Sur la rive de la mer de Tibériade, après la résurrection, il revient à ce qu’il sait faire : « Je vais pêcher. » (Jn 21,3) Il est repassé sur l’ancienne rive. Et c’est depuis cette rive que Jésus le rappelle vers l’autre : « Suis-moi. » (Jn 21,19) La traversée de Pierre se fera au prix d’une annonce de sa propre mort, d’un martyre à venir. C’est une tempête nommée d’avance. Et Pierre la reçoit non pas avec effondrement, mais avec la sobriété de quelqu’un qui a déjà traversé des nuits et qui fait confiance.

L’attente comme traversée

Von Speyr glisse dans sa liste un mot qu’on ne s’attend pas à trouver là : « une attente dans la vie chrétienne. » L’attente comme autre rive à atteindre. C’est un paradoxe fécond.

Dans notre culture de l’immédiateté, attendre est vécu comme une défaillance du réel. Une promesse qui tarde est une promesse qui ment. Un Dieu silencieux est un Dieu absent. Mais dans la tradition biblique, l’attente est une forme d’arrivée. Elle est une posture active, une manière d’habiter le temps qui n’est pas résignation mais tension vers.

Les psaumes le savent mieux que tout. « Mon âme attend le Seigneur, plus qu’un veilleur ne guette l’aurore. » (Ps 130,6) Le veilleur ne dort pas. Il ne s’est pas installé confortablement dans la nuit en se disant que l’aurore viendra bien toute seule. Il est aux aguets, il scrute, il espère. L’attente est une forme de veille. Et la veille, dans la nuit de la barque, c’est exactement ce que les disciples ne parviennent pas à faire seuls.

Adrienne von Speyr connaissait personnellement l’attente. Sa vie entière fut une longue attente : celle de la conversion (elle fut baptisée adulte, à 38 ans, en 1940), celle d’une reconnaissance ecclésiologique que la Johannesgemeinschaft, l’institut séculier qu’elle fonda avec Hans Urs von Balthasar, n’a jamais vraiment obtenu pleinement de son vivant. Elle attendit aussi la publication et la réception de ses œuvres théologiques dans un contexte ecclésial qui n’était pas toujours prêt à entendre une femme laïque parler de l’Écriture avec cette autorité mystique.

Ses Méditations sur les évangiles — dictées à von Balthasar dans un état souvent mystique, parfois de souffrance physique intense — sont imprégnées de cette patience active. Elle n’attendait pas que les tempêtes passent pour commencer à vivre. Elle vivait dans la tempête, depuis la barque, avec les yeux ouverts sur le Seigneur endormi.

Quand la promesse semble s’éloigner

Il y a un moment dans toute traversée où l’autre rive semble plus lointaine qu’au départ. Le vent a tourné. La barque recule. Les rames ne mordent plus. C’est précisément ce moment que von Speyr décrit avec une lucidité pastorale remarquable : « Si nous comprenons cela, la tempête ne nous inquiète pas par avance. »

Par avance. Ce petit adverbe est capital. Il ne dit pas : la tempête ne nous inquiète pas. Elle reconnaît que l’inquiétude existe, qu’elle est réelle, qu’elle est légitime. Ce qu’elle dit, c’est que la compréhension théologique — comprendre que la tempête fait partie du chemin — change notre rapport à l’inquiétude avant même qu’elle surgisse.

C’est une forme d’armure spirituelle. Non pas une anesthésie, non pas une indifférence aux souffrances réelles. Mais une disposition intérieure qui dit : je ne suis pas surpris par ça. Le Seigneur le savait. Il est dans la barque. Et l’autre rive existe.

Entre deux rives : la tempête comme chemin vers l'autre rive

Persévérer jusqu’à ce que le Seigneur permette à la tempête de s’apaiser

Une persévérance en espérance

Von Speyr emploie une formulation qui mérite qu’on s’y arrête longuement : « Nous la laissons nous menacer dans l’espérance que nous serons capables de persévérer jusqu’au moment où le Seigneur permettra à la tempête de s’apaiser. »

Regardez la structure de cette phrase. Laisser menacer. Pas combattre immédiatement. Pas nier. Pas fuir. Laisser. Il y a là une confiance adulte, une maturité spirituelle qui n’a rien d’une capitulation. C’est la posture du contemplatif qui sait que toutes les batailles ne se gagnent pas à bras-le-corps, que certaines exigent d’abord d’être traversées.

Dans l’espérance. Ce n’est pas une persévérance stoïque, une simple résistance de la volonté. C’est une persévérance portée, orientée, tournée vers quelque chose. L’espérance chrétienne n’est pas l’optimisme. L’optimisme dit : ça va s’arranger, les choses finissent bien. L’espérance dit : quelqu’un tient le gouvernail, même si je ne le vois pas manœuvrer en ce moment.

Jusqu’au moment où le Seigneur permettra. Ce mot permettre est théologiquement chargé. La tempête ne s’apaise pas d’elle-même, selon von Speyr. Elle s’apaise quand le Seigneur permet qu’elle s’apaise. Cela signifie deux choses en même temps : que Dieu est souverain sur la tempête — il peut l’arrêter — et que son temps n’est pas le nôtre. Il y a un moment à attendre. Pas une durée garantie. Pas une heure précise. Un moment, qui appartient au Seigneur.

C’est exactement ce que dit l’évangile de Marc quand Jésus intervient : « Il se leva, menaça le vent et dit à la mer : Silence ! Tais-toi ! » (Mc 4,39) La mer se tait. Le vent cesse. Mais Jésus n’est pas intervenu au premier signe d’inquiétude des disciples. Il a attendu. Ou plutôt : il a dormi. Jusqu’au moment.

Le scandale du Dieu qui dort

Pour bien comprendre von Speyr, il faut oser regarder en face ce qui constitue le cœur scandaleux de cet épisode : Jésus dormait pendant la tempête. Les disciples, pourtant pêcheurs aguerris de la mer de Galilée, paniquent. « Maître, nous périssons, cela ne te fait rien ? » (Mc 4,38) La question est presque brutale. Elle dit : comment peux-tu dormir ? Comment peux-tu être indifférent à notre naufrage ?

Von Speyr ne minimise pas ce scandale. Dans ses commentaires, elle y voit une pédagogie délibérée. Jésus dort non pas parce qu’il ne se soucie pas, mais parce qu’il veut que les disciples apprennent quelque chose que la tempête seule peut enseigner. Il y a des vérités qui ne s’apprennent pas dans le calme. Des profondeurs de confiance qui ne se creusent pas sur la rive, au soleil.

La mystique autrichienne connaissait bien cette pédagogie de l’abandon. Elle-même avait traversé de longues périodes de nuit intérieure, de sentiment d’absence divine, d’aridité mystique. Dans ses carnets — que von Balthasar a rassemblés dans ses Akte der Kirche et d’autres volumes posthumes — elle décrit ces périodes non pas comme des crises de foi mais comme des participations à quelque chose de plus grand : à l’abandon de Jésus lui-même sur la croix. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt 27,46) Ce cri n’est pas un aveu d’athéisme. C’est la tempête la plus violente de toutes — et c’est le Fils de Dieu qui la traverse.

Pour von Speyr, la théologie de la Croix et la théologie de la tempête apaisée appartiennent au même registre. Dans les deux cas, Dieu semble absent, endormi, lointain. Dans les deux cas, il est présent d’une façon qui dépasse la perception immédiate. Et dans les deux cas, il y a une heure — la troisième heure, la sixième heure, la neuvième heure — où quelque chose se passe. Où la permission est donnée. Où la tempête s’apaise, ou se consomme.

La barque comme Église

Von Speyr, très attentive à la dimension ecclésiale de toute expérience spirituelle — c’est l’une des signatures de son œuvre —, ne lit pas l’épisode de la tempête comme une simple aventure de quelques pêcheurs. La barque, pour elle comme pour toute la tradition patristique, c’est l’Église.

Les Pères de l’Église — Tertullien, Augustin, Ambroise — ont vu dans la navicula Petri, la petite barque de Pierre, l’image de la communauté des croyants traversant l’histoire. Ce n’est pas une métaphore accidentelle. C’est une clef de lecture profonde : l’Église aussi traverse des tempêtes. Elle aussi connaît des moments où Jésus semble dormir, où les vagues semblent la submerger, où les disciples les plus aguerris se demandent si tout ne va pas sombrer.

Von Speyr écrit cela dans un contexte ecclésial précis : celui du milieu du XXe siècle, avec ses déchirures, ses défis, ses espoirs et ses désillusions conciliaires. Elle et von Balthasar fondent la Johannesgemeinschaft précisément parce qu’ils perçoivent un appel à vivre l’Évangile depuis l’intérieur de l’Église, dans la tempête, sans sortir de la barque. « L’autre rive n’est atteinte qu’ensemble. » C’est une conviction profondément johannique, profondément ecclésiale.

Et c’est une interpellation pour nous. Dans les moments où l’Église traverse des tempêtes — scandales, divisions, crises de confiance, défis pastoraux — la tentation est de sauter de la barque. D’aller nager seul. De se dire qu’on sera plus efficace sans le poids institutionnel. Von Speyr dit : non. La barque, c’est là que le Seigneur a dit passons. C’est là qu’il a dormi. C’est là qu’il se réveille et commande aux vents. Rester dans la barque n’est pas une résignation — c’est une fidélité.

Le don de la persévérance

« Dans l’espérance que nous serons capables de persévérer. » Cette formulation de von Speyr est subtile. Elle ne dit pas : dans la confiance en notre force. Elle dit : dans l’espérance que nous serons capables. La capacité à persévérer est elle-même un don à espérer, pas une ressource personnelle à mobiliser.

C’est une nuance de spiritualité chrétienne fondamentale. Le courage de traverser ne vient pas de nous. Il est reçu. Les mystiques l’ont toujours su — et von Speyr, qui vécut avec des stigmates, de graves maladies et une vie intérieure d’une intensité proprement surnaturelle, le savait de façon particulièrement incarnée. Elle ne parlait pas de la tempête depuis un fauteuil académique. Elle en parlait depuis la barque, mouillée, fatiguée, avec les mains aux rames.

C’est peut-être là la leçon la plus pratique de toute cette méditation. Dans la tempête, on n’est pas censé trouver en soi les ressources de la persévérance. On est censé les demander. Les espérer. Les accueillir quand elles viennent, souvent de façon inattendue — à travers une parole entendue en liturgie, une amitié qui tient bon, une lecture qui touche juste, un moment de silence où quelque chose se pose.

Ne pas arriver sans tempête

Il n’y a pas de conclusion tranquille à offrir sur ce sujet. Ce serait trahir ce qu’Adrienne von Speyr nous dit. Elle ne nous promet pas une traversée calme. Elle nous promet quelque chose de bien plus grand : que la traversée mène quelque part. Que l’autre rive existe. Que le Seigneur est dans la barque. Et qu’il sait.

Passons sur l’autre rive. Ce petit mot de Jésus en Mc 4,35 est peut-être l’invitation spirituelle la plus dense de tout l’évangile. Pas restez ici. Pas regardez-moi traverser. Passons — ensemble, embarqués, avec la tempête qui vient, avec le soir qui tombe, avec la peur qui monte dans la gorge et la foi qui tient quand même.

Von Speyr a vécu cela. Elle a traversé sans voir toujours l’autre rive. Elle a persévéré. Et ses mots — dictés dans la nuit, dans la souffrance, dans la contemplation — sont devenus pour nous des lampes dans la barque. Non pas pour que la mer soit calme, mais pour que nous sachions qui dort sur le coussin à la poupe.

Et que ce sommeil, finalement, est une promesse.


Adrienne von Speyr, Commentaire sur l’Évangile de Marc (Johannes Verlag, Einsiedeln) ; Hans Urs von Balthasar, Adrienne von Speyr et sa mission théologique (éd. française, Lethielleux) ; les méditations sur l’Évangile selon saint Jean (4 volumes, Johannes Verlag).

✝ Références bibliques

4 passages · 4 livres
Jean
📖 Codex — Livre biblique

Jean l'Évangéliste (tradition) · 90–100 ap. J.-C. · 879 versets

Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son Fils unique. (Jn 3,16)

L'Évangile du Verbe : profonde théologie de l'Incarnation et des signes de Jésus.

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Marc
📖 Codex — Livre biblique

Marc (compagnon de Pierre) · 65–70 ap. J.-C. · 678 versets

Le Fils de l'homme est venu pour servir et donner sa vie en rançon. (Mc 10,45)

L'Évangile de l'action : Jésus serviteur puissant, révélé comme Fils de Dieu sur la croix.

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Psaumes
📖 Codex — Livre biblique

David et divers auteurs · Xe–IVe s. av. J.-C. · 2461 versets

Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien. (Ps 23,1)

150 poèmes et chants de la prière d'Israël : louange, lamentation, action de grâce.

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