À ceux qui s'opposent à ceux qui embrassent la vie monastique
Πρὸς τοὺς πολεμοῦντας τοῖς ἐπὶ τὸ μονάχειν ἐναγομένοις
vers 371-375 Grec
Ce traité en trois livres constitue une défense vigoureuse de la vie monastique contre ses détracteurs au sein même de la société chrétienne antiochienne. Chrysostome y réfute les arguments de ceux — parents, amis, membres des familles aisées — qui s'opposaient à ce que leurs enfants ou proches entrent au monastère. Le premier livre s'adresse aux pères de famille qui voient dans la vocation monastique un abandon des responsabilités civiles et familiales. Le deuxième répond aux objections sur la prétendue inutilité sociale des moines. Le troisième répond à la critique selon laquelle la vie monastique serait inaccessible à la grande majorité des chrétiens. Jean y développe sa théologie de la perfection chrétienne universelle, affirmant que la sainteté n'est pas réservée aux moines : laïcs et moines sont appelés au même sommet spirituel, la différence résidant dans les moyens et les engagements formels. Ce traité est capital pour comprendre la sociologie religieuse d'Antioche au IVe siècle et la position nuancée de Chrysostome sur le monachisme, qu'il admire mais qu'il refuse de réserver à une élite coupée du monde. Il révèle également les tensions entre l'idéal ascétique et les exigences de la vie sociale dans une cité hellénistique.
Περὶ κατανύξεως (Ι & ΙΙ)
vers 371-375 Grec
Ces deux traités sur la componction — l'un adressé à Démétrius, l'autre à Stéléchios — constituent l'une des contributions les plus originales de Chrysostome à la théologie spirituelle orientale. La componction (κατάνυξις) désigne chez lui un état d'âme fondamental : une tristesse heureuse, un deuil intérieur qui naît de la conscience du péché et qui dispose l'âme à la grâce. Ce n'est pas le désespoir, mais une douleur féconde qui oriente vers Dieu. Dans le premier traité, adressé à Démétrius qui voulait embrasser le monachisme, Jean montre que la componction est le préalable indispensable à toute vie spirituelle sérieuse. Il utilise des images saisissantes pour décrire l'état de l'âme blessée par le péché et la nécessité du retour à Dieu. Dans le second, adressé à Stéléchios, il approfondit les ressources théologiques de la componction : méditation sur la mort, sur le jugement, sur la Passion du Christ. Ces deux textes exerceront une influence durable sur la tradition spirituelle byzantine, notamment sur Jean Climaque et la littérature de l'Échelle du Paradis. Ils témoignent de l'anthropologie spirituelle profonde de Chrysostome, marquée par le réalisme du péché et l'optimisme de la grâce.
À Stagire, moine tourmenté par un démon
Εἰς Σταγείριον ἀσκητὴν δαιμονῶντα
vers 375-378 Grec
Ce traité en trois livres, adressé à un moine antiochien nommé Stagire qui souffre de crises d'origine démoniaque et tombe dans le désespoir spirituel, constitue une des œuvres les plus humainement touchantes de Chrysostome. Stagire est déchiré par le scandale de sa situation : lui qui a tout quitté pour Dieu est-il donc abandonné de Dieu ? Comment la Providence divine peut-elle permettre que l'un de ses serviteurs soit ainsi torturé ? Jean répond non pas avec des raisonnements abstraits mais avec une théologie de la Providence vécue et incarnée. Le premier livre pose le problème de la souffrance du juste. Le deuxième déploie une consolation s'appuyant sur les exemples scripturaires, notamment la figure de Job. Le troisième tire les conclusions pratiques : la souffrance, acceptée avec foi, est une voie de purification et d'union à Dieu. Ce texte anticipe les grandes réflexions de Chrysostome sur la Providence que l'on retrouvera dans ses lettres d'exil. Il révèle aussi sa profonde connaissance de la psychologie monastique et sa capacité à rejoindre les êtres dans leur détresse la plus concrète. Il constitue une source importante pour l'histoire du monachisme syrien au IVe siècle.
Περὶ παρθενίας
vers 382-386 Grec
Ce traité constitue la contribution majeure de Chrysostome à la littérature sur la virginité chrétienne, un genre extrêmement développé au IVe siècle (Méthode d'Olympe, Grégoire de Nysse, Ambroise de Milan). Chrysostome y adopte cependant une position originale et nuancée : il fait l'éloge de la virginité comme état de vie supérieur, conforme à l'appel eschatologique de l'Évangile (« ils seront comme des anges »), mais il refuse de mépriser le mariage. La virginité est présentée comme affranchissement des soucis du monde (cf. 1 Co 7) et disponibilité totale pour le service de Dieu et des frères. Chrysostome s'appuie abondamment sur saint Paul, dont il est l'exégète passionné, pour montrer que la valeur de la virginité n'est pas dans le seul fait physique mais dans l'orientation totale du cœur vers le Christ. Il réfute les thèses de ceux qui méprisent le mariage de façon manichéenne ou encratite. Le traité est structuré en deux grandes parties : la louange de la virginité comme vie apostolique et angélique, et la défense du mariage comme réalité bonne créée par Dieu. Ce double mouvement est caractéristique de l'équilibre théologique antiochien, qui refuse tout dualisme au sujet de la matière et du corps.
Sur la vaine gloire et l'éducation des enfants
Περὶ κενοδοξίας καὶ ὅπως δεῖ τοὺς γονέας ἀνατρέφειν τὰ τέκνα
vers 390-393 Grec
Ce traité est unique dans la littérature patristique : il s'agit du seul traité pédagogique proprement dit de toute la période patristique grecque. Adressé aux parents chrétiens, il leur propose un véritable programme d'éducation chrétienne des enfants, depuis la petite enfance jusqu'à l'adolescence. Chrysostome s'y révèle psychologue pénétrant et observateur attentif des comportements enfantins. La vaine gloire (κενοδοξία) est identifiée comme le vice fondamental à combattre dès la plus tendre enfance, car il est la racine de toutes les formes d'orgueil social et de superficialité morale. Jean propose une pédagogie concrète : raconter des histoires bibliques aux enfants, les habituer très tôt à la prière et au silence, surveiller leurs fréquentations, les éloigner des spectacles corrompeurs, les initier progressivement aux vertus évangéliques. Il compare l'âme de l'enfant à une cité dont les parents sont les architectes et les gardiens. Ce texte a exercé une influence considérable sur la tradition pédagogique chrétienne et constitue une source de premier ordre pour l'histoire de l'éducation dans l'Antiquité tardive et le premier christianisme.
Πρὸς τοὺς ἔχοντας παρθένους συνεισάκτους
vers 382-398 Grec
Ces deux traités — le premier adressé aux femmes vivant avec des hommes d'Église, le second à ces hommes eux-mêmes — s'attaquent à une pratique répandue dans certains milieux ascétiques orientaux : la cohabitation de clercs ou de moines avec des femmes consacrées, dites « vierges spirituelles » (συνείσακτοι ou ἀγαπηταί). Cette pratique, qui se voulait une démonstration de victoire sur les passions charnelles, était en réalité une source de scandale, de rumeurs et souvent de fautes concrètes. Chrysostome la condamne avec fermeté mais sans violence, en s'appuyant sur une argumentation anthropologique réaliste : la faiblesse humaine ne saurait impunément s'exposer à de telles occasions. Il montre que la véritable pureté consiste à fuir les occasions et non à les provoquer. Ces textes constituent un témoignage précieux sur les formes d'ascèse extrême et parfois déviante qui existaient dans l'Orient chrétien au IVe siècle. Ils révèlent aussi le réalisme pastoral de Chrysostome et sa conception équilibrée de la vie ascétique, toujours soucieuse des limites concrètes de la nature humaine et des exigences de l'édification de la communauté.
Catéchèses mystagogiques post-baptismales
Κατηχήσεις μυσταγωγικαί
vers 390-397 Grec
Ces catéchèses mystagogiques, prononcées durant la semaine de Pâques pour expliquer aux néophytes les rites de l'initiation qu'ils viennent de vivre, constituent le volet post-baptismal du programme catéchétique de Chrysostome à Antioche. Selon la méthode mystagogique commune à toute l'Antiquité chrétienne (attestée également chez Cyrille de Jérusalem, Ambroise de Milan et Théodore de Mopsueste), les mystères sont d'abord célébrés avant d'être expliqués, afin que leur impact transformateur précède leur compréhension intellectuelle. Chrysostome y explique avec une éloquence enflammée la signification de la renonciation à Satan, de l'onction pré-baptismale, de l'immersion, de la robe blanche, de la première Eucharistie. Sa théologie eucharistique y est particulièrement développée : le Corps du Christ reçu dans la communion est le même Corps né de la Vierge, mort sur la croix et ressuscité. Ces textes permettent de reconstituer avec précision le déroulement de la liturgie baptismale antiochienne à la fin du IVe siècle et s'inscrivent dans la grande tradition mystagogique de l'Orient chrétien.
Περὶ τοῦ μὴ προσηλῶσθαι τοῖς βιωτικοῖς (Homélies sur les Statues)
387 (Carême) Grec
Les vingt et une Homélies sur les Statues constituent l'une des œuvres homilétiques les plus célèbres de l'Antiquité chrétienne et le chef-d'œuvre oratoire de Chrysostome dans sa période antiochienne. Elles ont été prononcées pendant le Carême de 387 dans un contexte de crise politique aiguë : les habitants d'Antioche, mécontents d'une augmentation d'impôts décrétée par l'empereur Théodose, avaient renversé et brisé les statues impériales — acte de lèse-majesté passible des peines les plus sévères, y compris la destruction de la ville. L'évêque Flavien s'était rendu à Constantinople pour implorer la grâce de la cité, laissant à Jean la charge de calmer le peuple terrorisé. Ces homélies sont donc à la fois une catéchèse de crise, une réflexion théologique sur la peur, la mort et la Providence divine, et un chef-d'œuvre de rhétorique épidictique. Chrysostome aborde successivement les thèmes du serment et du blasphème, de la valeur des épreuves, de la véritable image de Dieu en l'homme (image que les iconoclastes antiochiens auraient dû respecter plutôt que les statues de bronze), de la richesse, de la pauvreté et de la mort. La ville fut finalement graciée et ces homélies assurèrent à Jean une renommée panorthodoxe.
Κατὰ Ἀνομοίων (Ὁμιλίαι περὶ ἀκαταλήπτου, I-XII)
386-398 Grec
Cette série de douze homélies prononcées à Antioche contre les anoméens — la branche la plus radicale de l'arianisme, représentée par Eunome de Cyzique — constitue le principal traité de théologie proprement dit de Jean Chrysostome. Les anoméens soutenaient que l'essence divine (οὐσία) était simple et parfaitement connaissable, et que le Fils était « dissemblable » (ἀνόμοιος) au Père par nature. Jean réfute ces positions en développant une théologie de la transcendance et de l'incompréhensibilité divines qui rappelle les homélies « Sur la Théologie » de Grégoire de Nazianze. Dieu est infiniment au-dessus de toute capacité de compréhension humaine : les séraphins eux-mêmes voilent leur face devant lui. L'argument scripturaire, tiré notamment d'Isaïe 6, Psaume 138 et des lettres pauliniennes, est constamment mobilisé. Ces homélies forment un vrai traité de l'apophase orientale : Dieu est connu non dans son essence mais dans ses énergies, ses actes et ses révélations. Elles exerceront une influence considérable sur la théologie byzantine et constituent l'un des fondements de la tradition de la théologie négative en Orient. La série comprend également cinq homélies sur la consubstantialité du Père et du Fils qui la complètent.
Κατὰ Ἰουδαίων (Ὁμιλίαι Η΄)
386-387 Grec
Ces huit homélies prononcées à Antioche en 386-387 constituent le texte le plus controversé du corpus chrysostomien et l'un des textes les plus délicats de l'Antiquité chrétienne. Chrysostome les prononce dans un contexte précis : des chrétiens d'Antioche fréquentaient les synagogues juives, assistant aux fêtes de Roch Hachana et du Yom Kippour, croyant que la présence dans ces lieux saints leur procurait un surcroît de bénédiction divine. Jean réagit avec une véhémence rhétorique extrême en empruntant au genre classique du psogos (discours de blâme) les procédés les plus virulents. Cette dimension rhétorique doit être absolument comprise pour éviter un anachronisme interprétatif : Chrysostome s'en prend aux pratiques de ses propres fidèles chrétiens plus qu'aux Juifs eux-mêmes. Cependant, la violence des métaphores et des accusations scripturaires accumulées (à partir d'Os, Jr, Is) a rendu ces homélies tristement célèbres dans l'histoire de l'antijudaïsme chrétien. Elles ont été utilisées des siècles plus tard pour justifier des persécutions que Chrysostome aurait certainement réprouvées. Leur étude critique rigoureuse, replacée dans leur contexte rhétorique et pastoral, est indispensable à la compréhension de l'histoire des relations judéo-chrétiennes.
Περὶ τοῦ ὅτι Χριστὸς θεός
vers 383-387 Grec
Ce discours apologétique, adressé à un public mixte comprenant des juifs et des gentils non encore chrétiens, constitue une défense de la divinité du Christ s'appuyant sur la méthode de l'argumentation scripturaire et historique. Chrysostome y développe une christologie à partir des prophéties de l'Ancien Testament, de l'accomplissement en Jésus-Christ des figures et annonces scripturaires, et de l'événement historique de la diffusion universelle du christianisme. La divinité du Christ est prouvée non seulement par les miracles rapportés dans les Évangiles mais par l'extraordinaire puissance de l'Évangile, capable en quelques décennies de transformer le monde entier. Ce discours révèle la méthode apologétique de Chrysostome, fidèle à l'école antiochienne : priorité à l'exégèse littérale et historique des Écritures, argumentation rationnelle et historique accessible à des auditeurs non chrétiens, refus de la spéculation métaphysique abstraite. Il témoigne également de la diversité du public antiochien et des défis missionnaires auxquels faisait face l'Église au IVe siècle dans une grande cité hellénistique.
Deux homélies sur la disgrâce d'Eutrope
Εἰς τὸν Εὐτρόπιον (Ὁμιλίαι Β΄)
399 Grec
Ces deux homélies constituent un témoignage exceptionnel sur la courage pastoral de Jean Chrysostome devenu évêque de Constantinople. Eutrope, puissant eunuque qui avait été le principal artisan de l'accession de Jean au patriarcat de Constantinople, avait quelque temps auparavant fait voter une loi supprimant le droit d'asile ecclésiastique. Devenu à son tour victime de l'impitoyable politique de cour et tombé en disgrâce en 399, il se réfugia précisément dans l'église en s'accrochant à l'autel. La première homélie est prononcée en présence d'Eutrope lui-même, terrorisé, caché derrière les rideaux de l'autel : c'est un des moments les plus dramatiques de toute la prédication patristique. Jean ne l'abandonne pas malgré l'ingratitude passée, mais il saisit l'occasion pour prononcer un sermon sur la vanité des grandeurs humaines et la réalité du jugement divin — un véritable memento mori dans le style des grandes tragédies antiques. La seconde homélie, prononcée après qu'Eutrope a été contraint de quitter le sanctuaire et conduit à l'exécution, tire les leçons spirituelles de l'événement. Ces deux textes sont parmi les plus beaux de toute l'œuvre de Chrysostome.
Contre les Marcionites et les Manichéens
Κατὰ Μαρκιωνιτῶν καὶ Μανιχαίων
vers 386-390 Grec
Ce traité polémique, moins connu que les autres écrits de Chrysostome, s'attaque aux courants dualistes qui persistaient dans la région d'Antioche à la fin du IVe siècle : le marcionisme, qui niait la bonté du Dieu de l'Ancien Testament et rejetait la création matérielle, et le manichéisme, dualisme radical opposant le principe du bien et le principe du mal. Chrysostome y défend la bonté fondamentale de la création contre tout dualisme : la matière et le corps humain sont des œuvres de Dieu bon. Il réfute les arguments marcionites sur l'incompatibilité entre le Dieu de l'Ancien Testament et celui du Nouveau, en montrant l'unité profonde des deux Testaments autour du même dessein de salut. Sa méthode est essentiellement exégétique : il reprend les textes invoqués par les dualistes pour montrer qu'ils ne prouvent pas ce qu'ils prétendent prouver. Ce traité témoigne de la vitalité des courants gnostiques et dualistes dans la Syrie du IVe siècle et de la vigilance que les pasteurs devaient exercer face aux séductions de ces formes de spiritualité alternatives.
Ὁμιλίαι εἰς τὴν Γένεσιν (Ὀκτὼ λόγοι εἰς τὴν Γένεσιν)
386 Grec
Ces huit sermons constituent la première approche de Jean Chrysostome sur le livre de la Genèse, prononcés peu après son ordination presbytérale à Antioche en 386. Ils forment vraisemblablement une recension antérieure à la grande série des 67 homélies sur la Genèse, et permettent de saisir la méthode exégétique antiochienne à ses débuts : lecture littérale et historique du texte sacré, refus de l'allégorisme alexandrin, attention portée à la portée morale et spirituelle pour l'auditoire. Jean y expose les récits de la création, de la chute et des premiers patriarches en s'appuyant sur le sens littéral du texte hébreu transmis par la Septante. Le ton est catéchétique et pastoral, destiné à des fidèles d'Antioche récemment baptisés ou en voie de l'être. Ces sermons mettent en lumière la vision anthropologique de Chrysostome : la dignité de l'homme créé à l'image de Dieu, la gravité du péché originel, et la miséricorde divine qui prépare la rédemption. L'édition critique de référence est SC 433 (Brottier, 1998), qui reproduit le texte grec avec introduction et notes détaillées.
Ὁμιλίαι εἰς τὸ κατὰ Ματθαῖον Εὐαγγέλιον
386-388 Grec
Série de quatre-vingt-dix homélies prononcées à Antioche, constituant le premier grand commentaire suivi de l'Évangile selon Matthieu dans la tradition patristique grecque. Jean Chrysostome y commente le texte évangélique de façon continue, verset par verset, selon la méthode exégétique de l'École d'Antioche héritée de Diodore de Tarse : priorité au sens littéral et historique, attention à l'intention de l'auteur sacré, refus de l'allégorie systématique. Chaque homélie est structurée en deux parties : une section exégétique proprement dite et une application morale ou parénétique. On y trouve une christologie haute et claire — Jésus est pleinement Dieu et pleinement homme — ainsi qu'une ecclésiologie vivante centrée sur la communauté des baptisés. Les homélies sur le Sermon sur la Montagne comptent parmi les plus célèbres, de même que celles sur la Passion. Ce commentaire est considéré, avec celui sur les Épîtres pauliniennes, comme l'œuvre exégétique la plus représentative et la plus accomplie de Chrysostome. Édition de référence : PG 57-58 (Field, Cambridge, 1839).
Ὁμιλίαι εἰς τὸ κατὰ Ἰωάννην Εὐαγγέλιον
388-389 Grec
Série de quatre-vingt-huit homélies commentant l'intégralité du quatrième Évangile, probablement prononcées à Antioche et transmises dans une édition remaniée. Cette série représente l'une des œuvres exégétiques majeures de Jean Chrysostome sur le Nouveau Testament. La méthode exégétique suit les principes antiochiens : lecture littérale, attention à la structure narrative et aux intentions théologiques de l'évangéliste. La christologie johannique est au centre — la divinité et l'humanité du Verbe incarné, le mystère de la préexistence du Logos, les grands discours d'adieu, la Passion et la Résurrection. Chrysostome insiste sur la foi, la charité fraternelle et l'eucharistie comme éléments constitutifs de la vie chrétienne. Les homélies sur le prologue (Jn 1, 1-14) et sur le discours sur le Pain de Vie (Jn 6) sont particulièrement développées et riches théologiquement. La série témoigne également d'une sensibilité pastorale aiguë, l'auteur interpellant constamment ses fidèles sur la cohérence entre foi professée et vie morale concrète. Édition de référence : PG 59.
Ὁμιλίαι εἰς τοὺς Ψαλμούς
388-397 Grec
Cinquante-neuf homélies couvrant une sélection de Psaumes (Ps 4-12, 41, 43-49, 108-117, 119-150), ce commentaire constitue l'un des grands textes exégétiques de Chrysostome sur l'Ancien Testament. Il ne s'agit pas d'un commentaire exhaustif de tout le Psautier, mais d'une sélection portant sur les psaumes les plus utilisés dans la liturgie antiochienne. La méthode demeure fidèle à l'école d'Antioche : le sens littéral prime, mais Chrysostome n'exclut pas une lecture typologique raisonnée lorsque le texte lui-même l'indique. Les psaumes pénitentiels, louanges et supplications servent de tremplin pour des développements sur la prière, la confiance en Dieu, la condition humaine, la persécution du juste et l'espérance eschatologique. Ce commentaire a longtemps été considéré, avec celui sur saint Matthieu, comme l'un des chefs-d'œuvre exégétiques du Docteur de l'Église. Chrysostom Baur a consacré une étude spécifique à la question de l'étendue originelle du commentaire (Rome, 1908). Édition de référence : PG 55.
Ὁμιλίαι εἰς τὴν πρὸς Ῥωμαίους ἐπιστολήν
391 Grec
Série de trente-deux homélies commentant l'Épître aux Romains, prononcées à Antioche vers 391. Considérée par de nombreux spécialistes comme la plus accomplie et la plus théologiquement dense des œuvres exégétiques de Chrysostome, cette série offre une pénétration remarquable de la pensée paulinienne. Chrysostome y déploie les grands thèmes pauliniens : la justification par la foi, la grâce, le péché universel, la vocation des Juifs et des gentils, la vie dans l'Esprit, l'éthique de la charité. Il suit fidèlement le texte de l'Apôtre et se montre attentif à sa cohérence argumentative. Ses développements parénétiques dans la seconde partie de chaque homélie appliquent directement l'enseignement paulinien aux situations concrètes de la communauté chrétienne d'Antioche : les riches, les pauvres, les esclaves, les responsables ecclésiastiques. Ce commentaire a joué un rôle considérable dans la tradition occidentale : Érasme l'a traduit en latin, et Luther s'y est référé dans sa redécouverte de la justification par la foi. Édition de référence : PG 60.
Ὁμιλίαι εἰς τὴν πρὸς Κορινθίους πρώτην ἐπιστολήν
391-392 Grec
Série de quarante-quatre homélies sur la Première Épître aux Corinthiens, prononcées à Antioche. Chrysostome y commente l'un des textes pauliniens les plus riches doctrinalement et pastoralement. Les grands thèmes abordés incluent l'unité de l'Église face aux divisions, la sagesse de la Croix opposée à la sagesse du monde, le mystère de l'eucharistie (chap. 11), les dons spirituels et la primauté de la charité (chap. 12-13), et la résurrection des morts (chap. 15). Chrysostome s'attache particulièrement au passage sur la Cène du Seigneur (1 Co 11, 23-29), qu'il interprète de façon réaliste comme attestant la présence réelle du Christ dans l'eucharistie. Sa lecture de l'hymne à la charité (1 Co 13) est l'une des plus belles pages de la littérature patristique grecque. La parénèse est constamment présente : l'auteur interpelle les riches de sa communauté sur l'indignité de participer à l'eucharistie sans partager avec les pauvres. Édition de référence : PG 61.
Ὁμιλίαι εἰς τὴν πρὸς Κορινθίους δευτέραν ἐπιστολήν
392 Grec
Série de trente homélies commentant la Deuxième Épître aux Corinthiens, prononcées à Antioche. Cette épître, plus autobiographique et apologique que la première, offre à Chrysostome l'occasion d'explorer le mystère de l'apostolat paulinien : la souffrance comme condition du témoin de Christ, la gloire paradoxale dans la faiblesse, le ministère de la réconciliation, et la collecte au profit des pauvres de Jérusalem. Chrysostome s'identifie visiblement à la figure de Paul persécuté, ce qui confère à ces homélies une tonalité particulièrement intense. Les développements sur la « gloire dans la faiblesse » (2 Co 12, 9-10) et sur le « trésor dans des vases d'argile » (2 Co 4, 7) sont parmi les plus profonds de son œuvre. L'insistance sur la générosité envers les pauvres, tirée des chapitres 8-9, constitue un plaidoyer vigoureux pour la solidarité chrétienne dans la communauté d'Antioche. Ces homélies témoignent également de la méthode antiochienne dans son application à un texte paulinien complexe et personnel. Édition de référence : PG 61.
Ὁμιλίαι εἰς τὴν πρὸς Ἐφεσίους ἐπιστολήν
392-393 Grec
Série de vingt-quatre homélies sur l'Épître aux Éphésiens, prononcées à Antioche. Cette épître, marquée par un souffle mystique et ecclésial particulier, offre à Chrysostome l'occasion d'explorer la vision paulinienne de l'Église comme Corps du Christ et comme Épouse du Christ. Les thèmes ecclésiologiques y occupent une place centrale : l'unité de l'Église, la récapitulation de toutes choses en Christ, la vocation universelle au salut, les ministères dans la communauté. La section sur le mariage chrétien (Ep 5, 22-33), comparé à l'union du Christ et de l'Église, donne lieu à l'un des plus beaux développements de Chrysostome sur la famille et la vie conjugale, texte qui a exercé une influence considérable dans la théologie du mariage. Les homélies sur « l'armure de Dieu » (Ep 6, 10-17) offrent de riches développements sur la vie spirituelle et le combat contre le Mal. La parénèse, comme toujours, est concrète et exigeante. Édition de référence : PG 62.
Ὁμιλίαι εἰς τὴν πρὸς Φιλιππησίους ἐπιστολήν
393 Grec
Série de quinze homélies sur l'Épître aux Philippiens. Cette épître de la captivité, imprégnée de joie et de confiance malgré l'adversité, se prête particulièrement bien à la spiritualité de Chrysostome, lui-même destiné à connaître l'épreuve de l'exil. Les homélies sur l'hymne christologique (Ph 2, 5-11) — le kénôsis du Fils de Dieu qui s'abaisse jusqu'à la mort sur la croix — constituent l'un des développements christologiques les plus forts de l'œuvre chrysostomienne. Chrysostome y combat les positions anoméennes qui nient la consubstantialité du Fils avec le Père, montrant que la « forme de serviteur » assumée par le Christ ne diminue pas sa divinité éternelle. La joie paulinienne dans la souffrance, la confiance en la Providence, et l'exhortation à la concorde et à l'humilité constituent les fils conducteurs de ces homélies. La figure de Paul lui-même, modèle du chrétien parfait, est constamment mise en avant. Édition de référence : PG 62.
Ὁμιλίαι εἰς τὴν πρὸς Κολοσσαεῖς ἐπιστολήν
393 Grec
Série de douze homélies commentant l'Épître aux Colossiens. Cette épître, centrée sur la primauté cosmique du Christ sur toutes les puissances et sur le mystère du Corps ecclésial, offre à Chrysostome l'occasion de développer une christologie haute et une ecclésiologie robuste. Les développements sur le Christ « premier-né de toute créature » et « tête du Corps » (Col 1, 15-20) donnent lieu à une réflexion approfondie sur la relation entre le Fils éternel et la création. La section parénétique de l'épître (Col 3-4), avec ses exhortations à la vie nouvelle en Christ, ses tables domestiques concernant les époux, les enfants, les esclaves et les maîtres, fournit à Chrysostome matière à de nombreux développements pratiques sur la vie familiale et sociale chrétienne. La mise en garde contre les spéculations philosophiques et les pratiques superstitieuses (Col 2, 8-23) est également commentée avec vigueur. Édition de référence : PG 62.
Ὁμιλίαι εἰς τὴν πρὸς Θεσσαλονικεῖς πρώτην ἐπιστολήν
393-394 Grec
Série de onze homélies sur la Première Épître aux Thessaloniciens, l'une des plus anciennes lettres pauliniennes. Chrysostome y commente un texte centré sur l'espérance eschatologique, la persévérance dans la foi malgré les persécutions, et la sainteté de la vie chrétienne. Le passage sur la Parousie et la résurrection des morts (1 Th 4, 13-18) donne lieu à des développements importants sur l'espérance chrétienne face au deuil et à la mort. Chrysostome insiste sur la consolation que la foi en la résurrection apporte aux croyants, contrastant cette espérance avec le désespoir des non-croyants. Les exhortations à la prière continuelle, à la joie et à la reconnaissance (1 Th 5, 16-18) sont commentées avec enthousiasme et développées en appels concrets à la transformation de la vie quotidienne. La sainteté pratique — pureté, travail, amour fraternel — est présentée comme le mode d'existence propre au chrétien qui attend le retour du Seigneur. Édition de référence : PG 62.
Ὁμιλίαι εἰς τὴν πρὸς Θεσσαλονικεῖς δευτέραν ἐπιστολήν
393-394 Grec
Série de cinq homélies sur la Deuxième Épître aux Thessaloniciens. Ce court texte paulinien, portant notamment sur « l'homme d'iniquité » et les signes précurseurs de la fin des temps (2 Th 2, 1-12), donne lieu à des commentaires eschatologiques importants dans l'œuvre de Chrysostome. L'auteur doit faire face à la complexité du texte tout en maintenant son approche anti-allégorique. La « retenue » ou « katechon » qui empêche la manifestation du Mal est interprétée par Chrysostome dans un sens politique et ecclésial. Les exhortations à la persévérance, au travail et à l'ordre dans la communauté (2 Th 3, 6-15) font l'objet d'une parénèse vigoureuse : Chrysostome s'en prend aux oisifs qui se prévalent de l'imminence du Retour du Christ pour ne pas travailler, rappelant que la foi authentique se manifeste dans la vie responsable et laborieuse. Édition de référence : PG 62.
Ὁμιλίαι εἰς τὴν πρὸς Τιμόθεον πρώτην ἐπιστολήν
394-395 Grec
Série de dix-huit homélies sur la Première Épître à Timothée. Ces lettres pastorales pauliniennes, adressées à un responsable ecclésiastique, offrent à Chrysostome un terrain particulièrement fertile pour ses réflexions sur le ministère pastoral, les qualités requises des évêques et des diacres, la liturgie communautaire et la discipline ecclésiale. Les exhortations à la prière pour tous les hommes et pour les autorités civiles (1 Tm 2, 1-4) sont commentées avec une profondeur ecclésiologique notable. Les critères pour les épiscopes et les diacres (1 Tm 3) donnent lieu à des portraits idéaux du ministre chrétien qui annoncent les développements du Traité du Sacerdoce. La mise en garde contre l'amour de l'argent (1 Tm 6, 6-10) fournit à Chrysostome l'occasion d'une vive polémique contre l'avarice des riches et contre la cupidité sous toutes ses formes dans la communauté chrétienne. Édition de référence : PG 62.
Ὁμιλίαι εἰς τὴν πρὸς Τιμόθεον δευτέραν ἐπιστολήν
394-395 Grec
Série de dix homélies sur la Deuxième Épître à Timothée, la dernière lettre de Paul avant son martyre. Le caractère testamentaire de cette épître — Paul face à la mort, seul, mais confiant dans le Seigneur — touche profondément Chrysostome qui y voit une figure prophétique de sa propre condition. Les développements sur la fidélité dans l'épreuve (2 Tm 1, 8-12), sur la transmission fidèle du dépôt de la foi (2 Tm 1, 14), sur la prédication de la Parole en toute occasion (2 Tm 4, 2) sont parmi les passages les plus vibrants commentés par Chrysostome. Il célèbre avec force la figure de Paul comme modèle absolu du prédicateur et du martyr, « athlete du Christ » qui a combattu le bon combat jusqu'au bout. Ces homélies, comme les précédentes sur les épîtres pastorales, révèlent un Chrysostome profondément attaché à la figure de Paul et identifié à sa destinée apostolique. Édition de référence : PG 62.
Ὁμιλίαι εἰς τὴν πρὸς Τίτον ἐπιστολήν
394-395 Grec
Série de six homélies commentant la courte Épître à Tite, l'une des trois lettres pastorales pauliniennes. Chrysostome y commente les exhortations apostoliques destinées à un responsable ecclésiastique en Crète : les qualités du presbytre-évêque, la lutte contre les faux docteurs, et la conduite morale des différentes catégories de membres de la communauté (anciens, jeunes, femmes, esclaves). La célèbre affirmation de Tt 3, 5 sur la justification par la grâce et non par les œuvres humaines donne lieu à un développement important sur le baptême comme « bain de régénération » et sur l'action de l'Esprit Saint dans la vie chrétienne. Ces homélies, bien que courtes, reflètent la constante préoccupation pastorale de Chrysostome pour l'organisation et la discipline des communautés chrétiennes. Elles témoignent aussi de la continuité thématique entre les trois épîtres pastorales dans la vision ecclésiologique de l'auteur. Édition de référence : PG 62.
Ὁμιλίαι εἰς τὴν πρὸς Φιλήμονα ἐπιστολήν
394-395 Grec
Série de trois homélies sur la très courte Épître à Philémon, la plus brève des lettres authentiques de Paul. Cette lettre personnelle, dans laquelle Paul intercède pour l'esclave fugitif Onésime auprès de son maître Philémon, offre à Chrysostome une méditation sur la dignité humaine, la liberté chrétienne, la fraternité en Christ qui transcende les conditions sociales. Sans condamner explicitement l'esclavage comme institution, Chrysostome met en lumière comment la foi en Christ transforme de l'intérieur les relations entre maîtres et esclaves, les appelant à se reconnaître comme frères. Le style épistolaire de Paul, mêlant affection, autorité apostolique et délicatesse diplomatique, est admiré et analysé par Chrysostome. Ces homélies courtes mais denses illustrent bien la capacité de l'exégète antiochien à tirer une riche méditation même du texte le plus bref du corpus paulinien. Édition de référence : PG 62.
Ὁμιλίαι εἰς τὴν πρὸς Ἑβραίους ἐπιστολήν
402-403 Grec
Série de trente-quatre homélies sur l'Épître aux Hébreux, prononcées à Constantinople. Cette série, conservée dans une version éditée après la mort de Chrysostome par son disciple Constantin, constitue l'un des rares commentaires patristiques complets de cette épître complexe. Chrysostome y accepte l'attribution paulinienne tout en reconnaissant les différences stylistiques avec les autres épîtres. Les grands thèmes théologiques de l'épître — la supériorité du Christ sur les anges, sur Moïse et sur Aaron, le sacerdoce éternel du Christ selon l'ordre de Melchisédech, le tabernacle céleste et le sacrifice parfait offert une fois pour toutes — sont traités avec une profondeur christologique et sotériologique remarquable. Chrysostome s'appuie sur ce texte pour développer sa doctrine eucharistique : le sacrifice de la messe est le même sacrifice que celui du Calvaire, rendu présent sacramentellement. L'exhortation à la fidélité dans la foi et à la persévérance dans l'épreuve (He 11-12) donne lieu à une galerie de portraits des héros de la foi vétérotestamentaire. Édition de référence : PG 63.
Homélies sur les Épîtres de la captivité et pastorales (ensemble du corpus)
Ὁμιλίαι εἰς τὴν πρὸς Γαλάτας — Ἐφεσίους — Φιλιππησίους — Κολοσσαεῖς — Θεσσαλονικεῖς — Τιμόθεον — Τίτον — Φιλήμονα
392-395 Grec
Note éditoriale : Les homélies sur les épîtres pauliniennes de la captivité (Galates, Éphésiens, Philippiens, Colossiens) et pastorales (1-2 Timothée, Tite, Philémon) forment dans l'édition Montfaucon et dans la PG un ensemble continu (PG 61-62). Toutes prononcées à Antioche entre 392 et 395, elles témoignent d'une productivité exégétique exceptionnelle de Chrysostome pendant sa période antiochienne. La méthode est uniforme : commentaire verset par verset selon les principes de l'École d'Antioche, suivi d'une parénèse appliquant l'enseignement aux situations concrètes de la communauté. Les thèmes récurrents à travers ces séries sont : la primauté du Christ, la vie ecclésiale et les ministères, la transformation morale par la grâce, la relation entre riches et pauvres dans la communauté chrétienne, et la figure de Paul comme modèle de l'apôtre souffrant. Cette entrée signale la continuité de l'ensemble; les entrées individuelles (ordres 8-17) donnent le détail de chaque série. Édition de référence : PG 61-62.
Ὁμιλίαι εἰς τὴν Γένεσιν
388-390 Grec
Série de soixante-sept homélies constituant le commentaire le plus étendu de Jean Chrysostome sur un livre de l'Ancien Testament. Prononcées à Antioche, ces homélies couvrent l'intégralité du livre de la Genèse du premier chapitre jusqu'au récit de Joseph en Égypte. Chrysostome y applique rigoureusement la méthode exégétique antiochienne : le sens littéral et historique est premier, et la portée morale et spirituelle est dégagée à partir du texte lui-même. Les grandes péricopes — les récits de la création (Gn 1-2), la chute (Gn 3), Caïn et Abel (Gn 4), Noé et le déluge (Gn 6-9), la vocation d'Abraham (Gn 12), le sacrifice d'Isaac (Gn 22), la vie de Jacob — donnent lieu à des méditations anthropologiques et théologiques approfondies. L'image et la ressemblance de Dieu en l'homme, la liberté humaine, la responsabilité du péché, la miséricorde divine qui accompagne l'histoire humaine malgré la faute : autant de thèmes développés avec richesse. Une édition partielle (homélies 1-17) est disponible dans la collection Sources Chrétiennes (SC 433 pour les sermons préparatoires ; SC 433 constitue l'édition de la série elle-même dans Migne PG 53-54).
Ὁμιλίαι εἰς τὰς Πράξεις τῶν Ἀποστόλων
400-401 Grec
Série de cinquante-cinq homélies commentant les Actes des Apôtres, prononcées à Constantinople et conservées dans une version sténographiée par des auditeurs. Ce caractère de notes prises sur le vif explique certaines inégalités de style et de développement par rapport aux autres séries. Chrysostome, dans une introduction célèbre, déplore que les Actes soient si peu lus et si mal connus des chrétiens de son temps, alors qu'ils constituent le témoignage apostolique fondamental sur l'Église primitive. Son commentaire suit le récit de Luc depuis l'Ascension jusqu'à l'arrivée de Paul à Rome, en accordant une attention particulière aux figures des apôtres Pierre et Paul. La Pentecôte, la communauté de Jérusalem et le partage des biens (Ac 2, 42-47 ; 4, 32-35) donnent lieu à des développements importants sur l'idéal communautaire chrétien, textes souvent cités dans les débats sur la propriété et la pauvreté volontaire. Édition de référence : PG 60.
Ὁμιλίαι εἰς Ἄνναν
386-387 Grec
Série de cinq homélies sur la figure d'Anne, mère de Samuel (1 S 1-2), prononcées à Antioche. Ces homélies constituent l'un des plus beaux exemples de la prédication chrysostomienne sur les femmes de l'Ancien Testament. Anne y est présentée comme un modèle de prière persévérante, d'humilité et de confiance en Dieu malgré l'épreuve de la stérilité. Le Cantique d'Anne (1 S 2, 1-10), qui annonce le Magnificat de Marie, est commenté avec une grande richesse théologique : la providence divine qui renverse les situations humaines, la confiance du pauvre en Dieu, la victoire de la foi sur les apparences. Chrysostome tire de ces homélies de nombreuses leçons pratiques sur la prière, le mariage, la maternité et la patience dans la souffrance, destinées aux femmes de sa communauté. Ces homélies montrent sa capacité à valoriser des figures féminines vétérotestamentaires comme modèles spirituels pour ses contemporains. Édition de référence : PG 54.
Homélies sur David et Saül
Ὁμιλίαι εἰς Δαυὶδ καὶ Σαούλ
386-388 Grec
Série de trois homélies sur les figures de David et Saül tirées des livres de Samuel. Ces homélies offrent une méditation typologique et morale sur le contraste entre les deux rois d'Israël : Saül, le roi jaloux et rebelle à Dieu, et David, le roi pénitent et selon le cœur de Dieu. Chrysostome utilise ces figures vétérotestamentaires pour instruire ses fidèles sur les vertus et les vices. La jalousie de Saül à l'égard de David est analysée en détail comme une passion dévastatrice qui conduit à la destruction personnelle et au péché contre Dieu. À l'inverse, la magnanimité de David qui épargne à plusieurs reprises la vie de son persécuteur illustre le pardon des ennemis et la confiance en la justice divine. La figure de David préfigure également pour Chrysostome le Christ persécuté par les siens. Ces homélies témoignent de la méthode chrysostomienne qui associe constamment exégèse narrative de l'Ancien Testament et application morale directe aux fidèles. Édition de référence : PG 54.
Ὁμιλίαι εἰς τὸν Ὀζίαν ἤτοι περὶ τῶν Σεραφίμ
386-390 Grec
Série de six homélies sur la vision prophétique d'Isaïe au Temple lors de l'année de la mort du roi Ozias (Is 6, 1-13). Ces homélies sont parmi les plus importantes de l'œuvre chrysostomienne pour la théologie de la transcendance et de l'incompréhensibilité divines. En contemplant les séraphins qui couvrent leur visage devant la gloire du Seigneur, Chrysostome développe une théologie apophatique : si les anges eux-mêmes ne peuvent soutenir la vision de Dieu, combien plus l'homme doit-il s'approcher de Dieu dans l'humilité et l'adoration. Ces homélies s'inscrivent dans le prolongement du combat de Chrysostome contre les Anoméens, qui prétendaient connaître l'essence divine aussi parfaitement que Dieu se connaît lui-même. La vision du Temple, la purification des lèvres d'Isaïe par la braise (Is 6, 6-7), et l'appel prophétique « Me voici, envoie-moi » (Is 6, 8) sont développés avec une intensité mystique exceptionnelle. Édition de référence : PG 56.
Ὁμιλίαι κατὰ Ἰουδαίων
386-387 Grec
Série de huit homélies prononcées à Antioche entre 386 et 387, dirigées contre des chrétiens de la communauté antiochienne attirés par les pratiques et les fêtes juives. Le titre traditionnel « Contre les Juifs » est trompeur : Chrysostome s'adresse en réalité à des chrétiens qui continuaient de fréquenter les synagogues, d'observer le sabbat, de jeûner avec les Juifs pour Yom Kippour ou de faire bénir leurs récoltes par des rabbins. Chrysostome veut faire comprendre à ces chrétiens que la Loi ancienne a été accomplie et dépassée par le Christ, et que retourner aux pratiques juives après le Baptême constitue une infidélité grave. Ces homélies ont exercé une influence considérable dans l'histoire de l'antijudaïsme chrétien, ce qui les rend très difficiles à lire aujourd'hui. Elles doivent être replacées dans leur contexte de polémique pastorale interne à la communauté chrétienne d'Antioche, et non comme un programme de persécution. L'édition critique de référence est SC 914 (Harl, 2023), qui fournit un apparat historique et contextuel important. Édition de référence : PG 48 ; SC 914.
Ὁμιλίαι Περὶ τῆς ἀκαταλήπτου φύσεως τοῦ Θεοῦ
386 Grec
Série de douze homélies prononcées à Antioche en 386, dirigées contre les Anoméens (Eunomiens), une faction extrême de l'arianisme qui affirmait que Dieu est pleinement connaissable par l'intelligence humaine et que son essence peut être définie avec précision. Jean Chrysostome répond à ces prétentions par une réaffirmation vigoureuse de la transcendance et de l'incompréhensibilité divines : si les anges eux-mêmes sont incapables de saisir pleinement l'essence de Dieu, à plus forte raison l'intellect humain ne peut-il prétendre l'épuiser. Ces homélies constituent une contribution majeure à la théologie apophatique dans la tradition orientale. Les cinq premières homélies, les plus développées, ont été éditées dans la collection Sources Chrétiennes (SC 28bis, Malingrey et Daniélou). Chrysostome y mobilise une argumentation scripturaire dense, s'appuyant notamment sur les visions d'Isaïe, d'Ézéchiel et de Daniel, ainsi que sur les affirmations pauliniennes sur la transcendance divine (Rm 11, 33-36). Édition de référence : PG 48 ; SC 28bis.
Εἰς τὴν ἐπιστροφὴν τοῦ ἐπισκόπου Φλαβιανοῦ
387 Grec
Série de vingt (ou vingt et une) homélies prononcées à Antioche pendant le Carême de 387, dans le contexte dramatique de la révolte des statues. La population d'Antioche, excitée par l'annonce d'un nouvel impôt de l'empereur Théodose, avait renversé les statues impériales, crime de lèse-majesté passible de peine de mort collective. Dans l'attente anxieuse du retour de l'évêque Flavien, parti intercéder auprès de l'empereur à Constantinople, Chrysostome prononce ces homélies pour consoler, exhorter et pacifier une communauté terrifiée. Ces homélies sont à la fois des chefs-d'œuvre d'éloquence pastorale et de riches témoignages sur la vie sociale et religieuse d'Antioche au IVe siècle. Chrysostome y développe des thèmes sur la providence divine, la pénitence, la confiance en Dieu dans l'épreuve, la valeur de la souffrance, et la supériorité des biens célestes sur les biens terrestres. La dix-neuvième homélie est probablement inauthentique. Édition de référence : PG 49.
Homélies sur saint Paul
Ὁμιλίαι περὶ τοῦ Ἁγίου Παύλου
398-403 Grec
Série de sept homélies prononcées à Constantinople sur la figure et la pensée de l'Apôtre Paul. Ces homélies constituent un véritable éloge de l'apôtre et révèlent l'admiration profonde — quasi vénération — que Chrysostome nourrissait pour Paul. Il présente l'Apôtre comme l'homme qui a le mieux réalisé l'idéal évangélique, surpassant même les anges par son amour de Dieu et des hommes. Chrysostome analyse les grandes dimensions de la personnalité paulinienne : son humilité malgré ses charismes extraordinaires, sa charité universelle qui embrasse toute l'humanité, son courage face aux persécutions, sa vie de prière continuelle et son zèle apostolique insatiable. Ces homélies, qui n'ont pas de correspondant direct dans la littérature patristique, témoignent d'une relation d'identification presque mystique de Chrysostome avec Paul. Elles permettent aussi de saisir la spiritualité apostolique de l'évêque de Constantinople, dont la propre vie pastorale et l'exil final s'inscriront dans la ligne de son modèle paulinien. Édition de référence : PG 50.
Panégyriques de martyrs
Πανηγυρικοὶ τῶν μαρτύρων
386-397 Grec
Ensemble d'une douzaine de panégyriques prononcés à Antioche lors des fêtes de différents martyrs locaux et universels entre 386 et 397. Ces discours d'éloge, prononcés aux anniversaires des martyrs, relèvent du genre épidictique hérité de la rhétorique classique, mais transformé par Chrysostome en instrument d'édification chrétienne. Les martyrs célébrés sont principalement des saints vénérés à Antioche : Lucien, Romain, Barlaam, Drosis, Pélagie, Ignace d'Antioche, ainsi que des martyrs universels comme Julien. Chrysostome y développe une théologie du martyre comme témoignage suprême de la foi, victoire sur la mort et participation au mystère pascal du Christ. La souffrance librement acceptée pour Dieu est présentée comme la forme la plus haute de l'amour divin. Ces textes sont également précieux pour la connaissance de la liturgie et de la vénération des saints à Antioche à la fin du IVe siècle. Les SC 595 (Rambault, 2017) et SC 648 offrent les éditions critiques des deux premiers tomes. Édition de référence : PG 50 ; SC 595 ; SC 648.
Lettres à Olympiade
Ἐπιστολαὶ πρὸς Ὀλυμπιάδα
404-407 Grec
Série de dix-sept lettres adressées à la diaconesse Olympiade depuis l'exil de Cucuse (404-407). Olympiade, veuve d'un haut fonctionnaire impérial, était devenue diaconesse à Constantinople et l'une des plus proches collaboratrices et amies de Chrysostome. Ces lettres constituent un trésor spirituel et humain exceptionnel dans la littérature patristique. Chrysostome y déploie une spiritualité de la consolation, de la confiance en la Providence divine malgré l'adversité, et de la joie chrétienne dans l'épreuve. Il exhorte Olympiade, profondément affectée par son exil et par les persécutions subies par la communauté fidèle, à ne pas se laisser envahir par la tristesse qui est une tentation dangereuse pour l'âme. Ces lettres révèlent également les conditions concrètes de l'exil : l'isolement géographique de Cucuse, les dangers des raids isauriens, les maladies, le froid, mais aussi la permanence des réseaux d'amitié et de solidarité qui maintiennent Chrysostome en contact avec le monde. Elles constituent un document irremplaçable sur la foi vécue dans l'épreuve. Édition de référence : SC 13bis (Malingrey, 1968).
Lettres diverses
Ἐπιστολαὶ διάφοροι
404-407 Grec
Corpus d'environ deux cent vingt et une lettres adressées à diverses personnes pendant l'exil de Chrysostome à Cucuse et lors du transfert vers Pithyus (404-407). Les correspondants appartiennent à des milieux très divers : évêques d'Orient et d'Occident, prêtres, diacres, laïcs influents, membres de la noblesse, moines et moniales. Ces lettres remplissent plusieurs fonctions : maintenir les réseaux d'amitié et de soutien, intervenir dans des affaires ecclésiastiques urgentes, encourager les communautés fidèles persécutées, et entretenir la correspondance avec les Églises d'Occident (notamment avec le pape Innocent Ier) pour obtenir soutien et réhabilitation. Elles sont une source précieuse pour comprendre le fonctionnement des réseaux ecclésiastiques à la fin du IVe siècle, la géographie ecclésiale de l'Empire, et les mécanismes de solidarité entre les communautés. Le ton varie selon les destinataires : pastoral et encourageant pour les fidèles, diplomatique et argumentatif pour les évêques, affectueux et direct pour les amis proches. Ces lettres, avec celles adressées à Olympiade, constituent l'essentiel de la correspondance conservée de Chrysostome. Édition de référence : PG 52.
Homélies sur l'ensemble du corpus paulinien (tableau récapitulatif)
Ὁμιλίαι εἰς τὴν πρὸς Ῥωμαίους — πρὸς Κορινθίους — Γαλάτας — Ἐφεσίους — Φιλιππησίους — Κολοσσαεῖς — Θεσσαλονικεῖς — Τιμόθεον — Τίτον — Φιλήμονα — Ἑβραίους
391-403 Grec
Note éditoriale récapitulative : Le commentaire de Jean Chrysostome sur les épîtres pauliniennes constitue dans son ensemble l'un des monuments les plus importants de l'exégèse patristique. Il couvre la totalité des épîtres attribuées à Paul dans le canon néotestamentaire, des Romains aux Hébreux. Cette productivité exceptionnelle — des centaines d'homélies réparties sur une dizaine d'années — témoigne de l'ancrage paulinien de toute la pensée chrysostomienne. La méthode est uniforme dans son application : priorité au sens littéral et rhétorique du texte, réfutation des hérésies de l'époque (arianisme, anoméisme), application pastorale aux fidèles d'Antioche puis de Constantinople. L'édition de référence pour l'ensemble du corpus paulinien est celle de Field (Oxford, 1845-1862), en sept volumes, considérée comme le meilleur texte critique disponible avant les nouvelles éditions critiques partielles de la collection Sources Chrétiennes. Pour les entrées détaillées de chaque série, voir les ordres 5 à 18 du présent corpus.