Summa contra Gentiles (Tractatus de fide catholica contra errores infidelium)
1259–1265 Latin
La Somme contre les Gentils est le premier grand traité systématique de Thomas d'Aquin, composé vraisemblablement à la demande de Raymond de Peñafort pour aider les missionnaires dominicains en Espagne à convertir Juifs et Musulmans. L'œuvre se déploie en quatre livres. Les trois premiers livres traitent des vérités accessibles à la raison naturelle : l'existence et les attributs de Dieu (livre I), la création et les êtres créés (livre II), la providence et la fin ultime des créatures raisonnables (livre III). Le livre IV aborde les vérités qui dépassent la seule raison et relèvent de la foi révélée : la Trinité, l'Incarnation, les sacrements et les fins dernières. Thomas y construit une apologétique philosophique rigoureuse, montrant que la foi chrétienne n'est pas contraire à la raison mais la dépasse. L'œuvre témoigne d'un dialogue approfondi avec la philosophie aristotélicienne et la falsafa arabe (Avicenne, Averroès). Elle constitue la première grande synthèse de Thomas avant la rédaction de la Somme théologique et reste une référence fondamentale de la théologie naturelle catholique.
Summa Theologiae (Summa Theologica)
1265–1273 Latin
La Somme théologique est l'œuvre maîtresse de Thomas d'Aquin et le monument le plus accompli de la scolastique médiévale. Composée à partir de 1265 à Rome puis à Paris, elle demeure inachevée à la mort de Thomas en 1274 — il aurait dit, après une mystique expérience, que tout ce qu'il avait écrit lui semblait comme de la paille. L'œuvre est structurée en trois grandes parties (avec une Prima Secundae et Secunda Secundae formant deux sous-parties de la Seconde Partie). La Prima Pars traite de Dieu en lui-même (nature divine, Trinité) et de la création, notamment des anges et de l'homme. La Prima Secundae analyse la morale générale : les actes humains, les passions, les vertus et les vices, la loi (naturelle, divine, évangélique) et la grâce. La Secunda Secundae développe la théologie morale spéciale, passant en revue les vertus théologales (foi, espérance, charité) et cardinales (prudence, justice, force, tempérance). La Tertia Pars, inachevée, traite du Christ, des sacrements et des fins dernières. La méthode adoptée est celle de la disputatio scolastique : chaque article pose une question, formule des objections, donne la réponse de Thomas et répond aux objections une à une. Œuvre destinée à l'enseignement des théologiens débutants, elle est devenue le texte de référence de la théologie catholique.
Questions disputées sur la Vérité
Quaestiones disputatae de Veritate
1256–1259 Latin
Les Questions disputées sur la Vérité constituent la première grande série de disputations tenues par Thomas d'Aquin lors de son premier enseignement à Paris (1256–1259). L'œuvre comprend 29 questions et 253 articles au total, organisés selon la méthode de la disputatio ordinaire. Le titre renvoie à la question inaugurale sur la nature de la vérité, mais l'ensemble couvre un vaste panorama philosophique et théologique. Thomas y traite successivement de la vérité (q. 1–7), de la connaissance divine et de la providence (q. 2–7), de la connaissance angélique (q. 8–9), de l'âme et de la connaissance humaine (q. 10–20), y compris la célèbre question 11 sur le maître (De Magistro), puis des vertus (q. 22–26), de la grâce (q. 27–28) et de la grâce du Christ (q. 29). C'est l'une des œuvres où la pensée de Thomas se montre la plus ample et la plus libre, moins contrainte que dans les Sommes par un cadre pédagogique, et où les influences néoplatoniciennes (via Denys et Augustin) coexistent avec l'aristotélisme. Elle est indispensable pour comprendre l'épistémologie et la théorie de la connaissance thomasienne dans leur forme la plus développée.
Questions disputées sur la Puissance de Dieu
Quaestiones disputatae de Potentia Dei
1265–1268 Latin
Les Questions disputées sur la Puissance de Dieu ont été tenues lors du second séjour de Thomas à Rome (studium de Santa Sabina, 1265–1268), en parallèle avec la rédaction des premières parties de la Somme théologique. L'œuvre comprend 10 questions et 83 articles. Elle aborde en priorité la notion de puissance divine (q. 1–4) : la toute-puissance de Dieu, sa puissance créatrice, sa puissance de conservation et de gouvernement. Thomas y développe une théologie de la création ex nihilo particulièrement approfondie, exposant la distinction entre puissance absolue et puissance ordinaire de Dieu. Les questions suivantes portent sur la conservation des créatures dans l'être (q. 5), la puissance générative dans la Trinité (q. 8–10). Le traitement de la génération divine (q. 9–10) représente l'une des contributions les plus denses de Thomas à la théologie trinitaire spéculative. Beaucoup de théologiens considèrent que cette œuvre offre un traitement plus développé de certains points doctrinaux que la Somme théologique elle-même, notamment sur la création et sur les processions divines. Elle est une source primaire indispensable pour la théologie de Dieu dans le thomisme.
Questions disputées sur l'Âme
Quaestiones disputatae de Anima
1267 Latin
Les Questions disputées sur l'Âme ont vraisemblablement été tenues à Rome (studium de Santa Sabina) vers 1267, en amont du retour de Thomas à Paris. L'œuvre comprend 21 articles organisés autour d'une seule question centrale : la nature de l'âme humaine. Thomas y examine successivement la nature substantielle de l'âme (a. 1), son union avec le corps (a. 2), les puissances de l'âme (a. 3–6), le problème de l'intellect agent et possible (a. 4–5, dans le sillage d'Aristote, d'Avicenne et d'Averroès), la mémoire intellectuelle (a. 6), la connaissance de soi et des choses incorporelles (a. 16–17) et la survie de l'âme après la mort (a. 14–15). Le contexte polémique est important : Thomas tient à distinguer sa propre position de l'averroïsme (intellect séparé unique) et de certaines lectures néoplatoniciennes. Cette disputatio est complémentaire du commentaire sur le De anima d'Aristote et de la Somme théologique (Ia, q. 75–102) ; elle propose souvent des formulations plus techniques et philosophiquement plus détaillées. C'est un document essentiel pour comprendre la psychologie philosophique et la théologie de l'âme dans le système thomasien.
Questions disputées sur les Créatures spirituelles
Quaestiones disputatae de Spiritualibus creaturis
1266–1269 Latin
Les Questions disputées sur les Créatures spirituelles ont été disputées à Rome ou lors du second séjour parisien (1266–1269). L'œuvre comprend 11 articles organisés autour de la nature et des propriétés des êtres spirituels, c'est-à-dire principalement des anges et de l'âme humaine en tant qu'être incorporel. Thomas y examine la composition des substances spirituelles (a. 1), leur distinction individuelle (a. 2), leur relation au lieu et au mouvement (a. 3–4), leur mode de connaissance (a. 5–9), le rapport entre l'intellect agent et l'intellect possible dans les substances séparées (a. 10) et dans l'homme (a. 11). L'articulation entre angélologie et psychologie philosophique est particulièrement soignée. Thomas y précise sa position sur l'absence de matière dans les anges (contre Avicebron) et sur la multiplicité des anges dans leur espèce. Cette disputatio est à lire en parallèle avec les Questions sur l'âme et avec les questions angélologiques de la Prima Pars de la Somme théologique (q. 50–64, 106–114). Elle documente la position thomasienne dans les grands débats de la métaphysique médiévale sur la distinction entre essence et existence chez les créatures spirituelles.
Questions disputées sur le Mal
Quaestiones disputatae de Malo
1269–1272 Latin
Les Questions disputées sur le Mal ont été tenues lors du second séjour de Thomas à Paris (1269–1272). L'œuvre comprend 16 questions et 80 articles, et représente la réflexion la plus développée de Thomas sur la théodicée et la morale dans le cadre d'une disputatio. Les premières questions (q. 1–4) traitent du mal en général : sa nature (privation du bien, non pas un être positif), ses causes et ses effets. Les questions suivantes abordent le péché originel (q. 4–5), les péchés capitaux (q. 8–15) en un développement extraordinairement détaillé — orgueil, avarice, luxure, envie, gourmandise, acédie, colère — avec une analyse des mobiles psychologiques et des désordres moraux. La question 16 traite des démons. Ce traitement du péché dépasse de loin, en profondeur analytique, le traitement parallèle de la Somme théologique (IaIIae, q. 71–89) et offre une psychologie du mal moral d'une finesse remarquable. Thomas y intègre des analyses tirées d'Aristote, d'Augustin et de Jean Damascène. L'œuvre est fondamentale pour comprendre l'anthropologie morale du thomisme et demeure une référence en éthique philosophique et théologique.
Questions disputées sur les Vertus
Quaestiones disputatae de Virtutibus
1269–1272 Latin
Les Questions disputées sur les Vertus ont été disputées lors du second séjour parisien de Thomas (1269–1272). L'œuvre est un ensemble de cinq questions distinctes, souvent regroupées sous un titre commun : De virtutibus in communi (q. 1, sur les vertus en général, 13 articles), De caritate (q. 2, sur la charité, 13 articles), De correctione fraterna (q. 3, sur la correction fraternelle, 3 articles), De spe (q. 4, sur l'espérance, 4 articles) et De virtutibus cardinalibus (q. 5, sur les vertus cardinales, 4 articles). La première question offre une analyse philosophique rigoureuse de la nature des habitus vertueux, leur relation aux puissances de l'âme, leur acquisition et leur connexion mutuelle (circulus virtutum). La question sur la charité est particulièrement développée et constitue un des exposés les plus complets de Thomas sur la vertu théologale de charité comme amitié avec Dieu. Les questions sur l'espérance et la correction fraternelle sont plus brèves mais précises. L'ensemble complète et approfondit les analyses de la Secunda Pars de la Somme théologique, offrant des solutions à des problèmes techniques que le format de la Somme ne permettait pas de développer pleinement.
Question disputée sur l'Union du Verbe incarné
Quaestio disputata de Unione Verbi incarnati
1269–1272 Latin
La Question disputée sur l'Union du Verbe incarné est une disputatio unique composée de cinq articles, vraisemblablement tenue lors du second séjour parisien (1269–1272), en lien direct avec la rédaction de la Tertia Pars de la Somme théologique. Le problème central est christologique : quel est le mode d'union de la nature divine et de la nature humaine dans la personne du Christ ? Thomas y examine successivement si l'union s'est faite dans la nature (a. 1), dans la personne (a. 2), dans l'hypostase ou suppôt (a. 3), si la nature humaine du Christ peut être dite une personne (a. 4) et si l'union hypostatique est quelque chose de créé (a. 5). Ces cinq articles constituent l'une des réflexions christologiques les plus denses et philosophiquement précises de Thomas, articulant l'ontologie de la relation, la métaphysique de l'esse et la dogmatique conciliaire (Chalcédoine). Elle complète indispensablement les questions christologiques de la Somme théologique (IIIa, q. 1–26) et illustre la maîtrise de Thomas dans l'usage des catégories aristotéliciennes au service de la foi.
Questions quodlibétales I–XII
Quaestiones de Quolibet I–XII
1256–1259 (VII–XI) ; 1269–1272 (I–VI, XII) Latin
Les douze Questions quodlibétales de Thomas d'Aquin sont le fruit des grandes disputations publiques (quodlibet) tenues deux fois l'an (Avent et Carême) à l'Université de Paris. Elles se distinguent des disputations ordinaires par leur caractère ouvert : n'importe quel auditeur peut poser n'importe quelle question au maître régent (de quolibet, ad voluntatem cujuslibet). Thomas a tenu ces disputations lors de ses deux périodes d'enseignement à Paris : les Quodlibets VII à XI pendant la première (1256–1259) et les Quodlibets I à VI et XII pendant la seconde (1269–1272). Les questions abordées sont extrêmement diverses : problèmes théologiques (Trinité, péché, eucharistie, indulgences), questions philosophiques (nature de l'âme, intellect), controverses canoniques et éthiques (mariage, simonie, obéissance religieuse, guerre juste), et polémiques universitaires (contre les maîtres séculiers). Cette diversité en fait un miroir fidèle des débats intellectuels et sociaux de Paris au XIIIe siècle. La qualité d'improvisation contrôlée qui les caractérise révèle la pensée de Thomas dans sa réactivité et sa souplesse, souvent complémentaire des grandes synthèses systématiques.
Catena Aurea in quatuor Evangelia
1262-1268 Latin
La Catena Aurea est l'une des œuvres les plus ambitieuses de Thomas d'Aquin sur le plan scripturaire. Composée à la demande du pape Urbain IV entre 1262 et 1268, elle constitue un florilège continu de commentaires patristiques grecs et latins sur les quatre Évangiles, ordonnés verset par verset. Thomas put s'appuyer sur des traductions latines de Pères grecs (dont certains inédits en Occident à l'époque, comme Théophylacte d'Ohrid et Chrysostome) qu'il fit réaliser spécialement. La Catena sur Matthieu fut dédiée au pape Urbain IV, celle sur Luc au cardinal Annibal d'Annibaldi. L'œuvre représente un monument de la tradition exégétique catholique, compilant Augustin, Jérôme, Ambroise, Jean Chrysostome, Origène et des dizaines d'autres Pères. Elle ne se réduit pas à une simple anthologie : Thomas opère des choix interprétatifs qui révèlent sa propre théologie. Elle couvre Matthieu, Marc, Luc et Jean en quatre volumes distincts. L'édition de référence est celle de Guarienti chez Marietti (Turin, 1953).
Explication du Symbole des Apôtres
Expositio super Symbolum Apostolorum
1273 Latin (sermons prononcés en napolitain)
Ce texte est issu des sermons prononcés par Thomas en langue vernaculaire (en napolitain) pendant le Carême de 1273, à Naples. Il fut ensuite mis en latin par ses secrétaires. Il constitue avec les expositions sur le Notre Père, le Je vous salue Marie et les Commandements un ensemble catéchétique destiné au peuple chrétien. L'Exposition sur le Credo commente article par article le Symbole des Apôtres, depuis la confession de Dieu Père créateur jusqu'à la résurrection des morts et la vie éternelle. Thomas adapte son langage au grand public sans sacrifier la profondeur théologique : il explique la Trinité, l'Incarnation, la passion, la résurrection et l'Église de façon simple et accessible. Ce texte révèle une dimension pastorale et populaire de Thomas souvent éclipsée par ses œuvres spéculatives. Il reste l'un des textes d'initiation à la foi les plus lus dans la tradition thomasienne. Disponible sur isidore.co en latin et en anglais.
Explication du Notre Père
Expositio in Orationem Dominicam
1273 Latin (sermons prononcés en napolitain)
Comme l'Exposition sur le Credo, ce texte provient des sermons carêmes de Thomas à Naples en 1273, retranscrits en latin. Il commente les sept demandes du Notre Père en les articulant avec les sept dons du Saint-Esprit, les sept béatitudes et les sept péchés capitaux — une structure pédagogique typiquement médiévale. Thomas montre que la prière dominicale est la prière parfaite, car elle rassemble toutes les dispositions nécessaires au chrétien : l'adoration, le désir du Royaume, la confiance dans la Providence, la demande du pardon et la supplication contre le Mal. La profondeur spirituelle de ce commentaire dépasse le cadre strictement catéchétique : Thomas y développe une véritable mystique de la prière filiale. Ce texte fut largement diffusé et traduit au Moyen Âge tardif. Il est représentatif de la dimension mystique et dévotionnelle de Thomas, complémentaire de sa grande œuvre spéculative. Disponible sur isidore.co.
Explication du Je vous salue Marie
Expositio super Salutationem Angelicam (Ave Maria)
1273 Latin (sermons prononcés en napolitain)
Troisième volet du cycle catéchétique napolitain de 1273, cette brève exposition sur l'Ave Maria commente la salutation angélique (Lc 1,28) et la salutation d'Élisabeth (Lc 1,42). Thomas y développe une théologie mariale concise et profonde, centrée sur les trois privilèges de Marie mis en lumière dans la salutation : la plénitude de grâce (gratia plena), la présence divine en elle (Dominus tecum) et sa bénédiction parmi les femmes. Il montre que ces privilèges anticipent ceux qui seront offerts à tous les croyants dans la vie éternelle. L'exposé se termine par une méditation sur le nom de Jésus (fruit du sein de Marie) et sur son rôle médiateur. Ce texte témoigne de la piété mariale de Thomas et de sa capacité à transmettre une théologie dense dans un langage simple. Il influencera profondément la spiritualité dominicaine et le développement de la dévotion au Rosaire. Disponible sur isidore.co.
Explication des Dix Commandements
Expositio in Decem Praecepta (Collationes super Decem Praeceptis)
1273 Latin (conférences en napolitain)
Quatrième volet du grand cycle catéchétique napolitain de 1273, ces collationes (conférences) commentent le Décalogue en s'adressant au peuple de Naples. Thomas y expose la loi naturelle et la loi divine dans leur articulation, montrant que les dix commandements ne sont pas des préceptes arbitraires mais l'expression de la loi naturelle inscrite par Dieu dans le cœur humain, confirmée et précisée par la Révélation. L'exposé du premier commandement donne lieu à une réfutation de l'idolâtrie et à une affirmation de la transcendance divine. Les commandements du second tableau (envers le prochain) sont commentés à la lumière de la justice et de la charité. Thomas montre comment la loi mosaïque prépare et anticipe la loi évangélique du Christ. Ce texte constitue une introduction remarquable à la théologie morale de Thomas dans son aspect le plus pratique et pastoral. Disponible sur isidore.co.
Office et hymnes pour la fête du Corpus Christi
Officium de Festo Corporis Christi (Pange Lingua / Lauda Sion / Adoro te devote)
1264 Latin
Composé en 1264 à la demande du pape Urbain IV pour la nouvelle fête du Corpus Christi instituée par la bulle Transiturus, cet office liturgique comprend les Heures canoniales complètes (matines, laudes, vêpres, complies) avec leçons, répons, antiennes et hymnes. Thomas y compose les hymnes les plus célèbres de la tradition latine : le Pange Lingua (dont la dernière strophe constitue le Tantum Ergo), chanté aux Vêpres ; le Lauda Sion Salvatorem, séquence de la Messe, admirée pour sa densité théologique et sa beauté poétique ; et l'Adoro te devote, prière personnelle de dévotion eucharistique, dont l'attribution à Thomas est généralement acceptée. Ces textes liturgiques expriment en vers rythmés et rimés la théologie eucharistique la plus élaborée de Thomas : présence réelle, transsubstantiation, mémorial de la Passion, nourriture de l'âme. Ils constituent l'une des contributions les plus durables de Thomas à la liturgie et à la spiritualité catholiques, encore utilisés dans la liturgie actuelle.
Commentaire du De interpretatione d'Aristote
Expositio libri Peryermeneias (In libros Peri Hermeneias expositio)
1269–1272 Latin
Le Commentaire du Peri Hermeneias (De Interpretatione) d'Aristote a été composé lors du second séjour parisien de Thomas (1269–1272). Il couvre les deux livres du traité aristotélicien consacré au langage, à la proposition et au jugement logique. Thomas expose et commente le texte d'Aristote en suivant la méthode de la lectio scolastique : division du texte, explication littérale, résolution des difficultés. Dans le premier livre, Thomas suit Aristote sur la relation entre les signes vocaux, les concepts mentaux et les réalités, puis analyse la nature des propositions simples, affirmatives et négatives, singulières et universelles, et examine les relations de contradiction et de contrariété. Le deuxième livre (incomplet chez Thomas) aborde les propositions modales (nécessaire, possible, contingent, impossible). Un problème philosophique central traité dans ce commentaire est celui des futurs contingents (Peri Herm. c. 9) : Thomas y défend la compatibilité entre la prescience divine et la liberté humaine, position qui anticipe les développements de la Somme théologique. Le commentaire est fondamental pour l'épistémologie et la philosophie du langage dans le thomisme.
Commentaire des Seconds Analytiques d'Aristote
Expositio libri Posteriorum Analyticorum
c. 1268 Latin
Le Commentaire des Seconds Analytiques a été composé vers 1268, vraisemblablement à Naples ou lors du retour à Paris. Les Seconds Analytiques d'Aristote constituent le traité fondamental sur la science démonstrative : Thomas y commente les conditions requises pour une connaissance scientifique véritable (episteme), c'est-à-dire la connaissance par les causes nécessaires, obtenue par déduction syllogistique à partir de principes premiers. Thomas suit pas à pas le texte d'Aristote en deux livres. Le livre I traite de la structure de la démonstration, des types de prémisses (propres et communes), de la distinction entre démonstration propter quid (par la cause) et démonstration quia (par l'effet), et des principes indémontrables. Le livre II traite de la définition et de sa relation à la démonstration, ainsi que de la façon dont nous connaissons les principes premiers (par induction et intellection). Thomas utilise ce commentaire pour préciser sa propre épistémologie théologique : la théologie est-elle une science au sens aristotélicien ? Il répond positivement dans le prologue de la Somme théologique en s'appuyant sur les analyses de ce commentaire. L'œuvre est la clé de voûte de l'épistémologie thomiste.
Commentaire de la Physique d'Aristote
Commentaria in octo libros Physicorum Aristotelis
1268–1271 Latin
Le Commentaire de la Physique d'Aristote est l'un des commentaires aristotéliciens les plus complets et les plus importants de Thomas. Composé entre 1268 et 1271, il couvre les huit livres du traité aristotélicien de philosophie naturelle. Thomas y expose la doctrine aristotélicienne du mouvement et de ses principes (matière, forme, privation), la nature du temps, du lieu et du vide, la cinématique (mouvement local, continu et discret), et arrive, au livre VIII, à la démonstration du Premier Moteur Immobile. Ce dernier point est particulièrement stratégique : Thomas y voit une voie d'accès philosophique (non théologique) à l'existence d'un moteur non mû, qu'il articule ensuite avec la doctrine chrétienne de Dieu. Le commentaire s'inscrit dans le contexte des condamnations parisiennes des thèses aristotéliciennes et averroïstes : Thomas cherche à interpréter la philosophie naturelle d'Aristote d'une façon compatible avec la foi chrétienne, en particulier sur la question de l'éternité du monde. L'ouvrage est fondamental pour comprendre la philosophie de la nature dans le thomisme et son rapport à la métaphysique.
Commentaire du Traité du Ciel d'Aristote
In libros Aristotelis De caelo et mundo expositio
1272–1273 Latin
Le Commentaire du De caelo et mundo a été commencé par Thomas lors de son troisième séjour à Naples (1272–1273) et est resté inachevé à sa mort en 1274 ; il couvre les deux premiers livres et s'arrête au milieu du troisième livre d'Aristote. Le De caelo est la cosmologie aristotélicienne : Thomas y commente la doctrine des quatre éléments, la structure de l'univers (sphères célestes, mouvements circulaires), la nature du cinquième élément (l'éther ou premier mobile) et les arguments d'Aristote contre l'infinité du monde corporel et pour la sphéricité du ciel. Thomas s'efforce de distinguer soigneusement ce qui relève de la démonstration physique de ce qui relève de la vraisemblance. Sa position sur la question de l'éternité du monde — qu'Aristote semble affirmer mais que la foi chrétienne nie — est nuancée : la création dans le temps est de foi, mais la philosophie naturelle seule ne peut trancher. Le commentaire est inachevé mais représente un témoignage important de la méthode exégétique de Thomas sur les textes scientifiques d'Aristote en fin de carrière.
Commentaire du De generatione et corruptione d'Aristote
In librum primum Aristotelis De generatione et corruptione expositio
1272–1273 Latin
Le Commentaire du De generatione et corruptione d'Aristote a été entrepris à Naples lors des dernières années de Thomas (1272–1273) et n'a pu couvrir que le premier des deux livres du traité. Le De generatione et corruptione traite des changements substantiels : la génération (apparition d'une nouvelle substance) et la corruption (disparition d'une substance), ainsi que la croissance, l'altération et la combinaison des éléments. Thomas commente la doctrine aristotélicienne de la matière première comme substrat des transformations substantielles, la distinction entre génération et altération, et la théorie de la combinaison des éléments (mixtion). Il s'inscrit dans la continuité de son commentaire de la Physique, approfondissant la théorie hylémorphique. La question du changement substantiel est cruciale pour la théologie sacramentelle de Thomas, notamment sa doctrine de la transsubstantiation eucharistique (Somme théologique, IIIa, q. 75). Le commentaire, bien qu'inachevé, illustre la cohérence du programme thomasien d'interprétation intégrale du corpus aristotélicien comme fondement de la science naturelle.
Commentaire de la Météorologie d'Aristote
In libros Meteorologicorum Aristotelis expositio
1269–1272 Latin
Le Commentaire de la Météorologie d'Aristote est une œuvre partiellement inachevée : Thomas commente les deux premiers livres du traité et une partie du début du troisième, s'arrêtant en cours de route (probablement vers 1271). La Météorologie aristotélicienne traite des phénomènes atmosphériques et terrestres intermédiaires entre la physique céleste et la physique terrestre : les comètes et la Voie Lactée (livre I), les précipitations, les vents et les tremblements de terre (livre II), les phénomènes optiques atmosphériques comme les arcs-en-ciel (livre III). Thomas suit Aristote de près et cherche à rendre cohérente la physique des météores avec sa cosmologie. Il intègre la discussion sur les causes secondes naturelles dans le cadre d'une philosophie naturelle respectueuse des principes de la physique aristotélicienne. Le commentaire est moins développé que ceux de la Physique ou de la Métaphysique mais il témoigne de la volonté de Thomas de couvrir l'intégralité du corpus scientifique aristotélicien, y compris dans ses parties les moins fréquentées par les théologiens médiévaux.
Commentaire du De anima d'Aristote
Sentencia libri De anima
c. 1268 Latin
Le Commentaire du De anima d'Aristote (Sentencia libri De anima) a été composé vers 1268, probablement à la veille ou au début du second séjour parisien. Thomas y commente les trois livres aristotéliciens consacrés à la psychologie philosophique : la définition de l'âme comme forme du corps organisé (livre I), les facultés végétative, sensitive et motrice (livre II, première partie), et surtout l'analyse de l'intellect — intellect passif, intellect possible, intellect agent et intellect en acte (livre II–III). Le commentaire de la théorie aristotélicienne de l'intellect agent (noûs poïétikos) est le passage le plus discuté et le plus décisif : Thomas rejette l'interprétation d'Averroès (intellect agent unique et séparé pour tous les hommes) et celle d'Alexandre d'Aphrodise (intellect matériel), et défend l'individuation de l'intellect dans chaque âme humaine. Cette position est cohérente avec celle développée dans De unitate intellectus et dans les Questions disputées sur l'âme. Le commentaire est indispensable pour comprendre la psychologie philosophique thomiste dans son rapport direct au texte aristotélicien.
Commentaire du De sensu et sensato et du De memoria et reminiscencia d'Aristote
Sentencia libri De sensu et sensato et De memoria et reminiscencia
c. 1268 Latin
Ce commentaire réunit l'exposition de deux courts traités aristotéliciens appartenant aux Parva Naturalia : le De sensu et sensato (Sur la sensation et les sensibles) et le De memoria et reminiscencia (Sur la mémoire et la réminiscence). Composé vers 1268 en lien avec le commentaire du De anima, il prolonge l'analyse de la psychologie sensitive. Dans le commentaire du De sensu, Thomas expose la doctrine aristotélicienne des cinq sens et de leurs objets propres (couleur, son, odeur, saveur, texture), ainsi que la théorie des conditions physiques de la sensation. Dans le commentaire du De memoria, il expose la doctrine aristotélicienne de la mémoire comme rétention des images sensibles passées et de la réminiscence comme recherche active du souvenir. Thomas articule ces analyses avec sa propre théorie de la connaissance, notamment la relation entre l'imagination (phantasia) et l'intellect, et la rôle du corps dans les actes cognitifs. Ce commentaire illustre le soin avec lequel Thomas couvre l'ensemble du programme naturaliste aristotélicien de psychologie empirique.
Commentaire de l'Éthique à Nicomaque d'Aristote
Sententia libri Ethicorum (In decem libros Ethicorum Aristotelis ad Nicomachum expositio)
1271–1272 Latin
Le Commentaire de l'Éthique à Nicomaque est l'un des commentaires aristotéliciens les plus importants de Thomas, composé à Paris entre 1271 et 1272. Il couvre l'intégralité des dix livres de l'éthique aristotélicienne. Thomas y commente la définition du bonheur (eudaimonia) comme activité de l'âme selon la vertu parfaite (livre I), la théorie des vertus morales comme juste milieu entre des excès (livres II–IV), la vertu de justice sous toutes ses formes (livre V), les vertus intellectuelles et la prudence (phronesis, livre VI), l'amitié (philia, livres VIII–IX) et la vie contemplative comme bonheur suprême (livre X). Thomas ne se contente pas d'exposer Aristote : il intègre ses analyses dans une perspective théologique, montrant comment la morale naturelle aristotélicienne est ordonnée et parachevée par la grâce et la théologie morale chrétienne. Ce commentaire est la source principale pour comprendre comment Thomas intègre l'éthique aristotélicienne dans son propre système moral, dont la Secunda Pars de la Somme théologique est la synthèse. Il reste une référence fondamentale pour l'éthique des vertus et la loi naturelle.
Commentaire de la Politique d'Aristote
Sententia libri Politicorum
1271–1272 Latin
Le Commentaire de la Politique d'Aristote a été composé à Paris entre 1271 et 1272, en parallèle avec le commentaire de l'Éthique. L'œuvre est inachevée : Thomas s'arrête au milieu du livre III des huit livres de la Politique aristotélicienne (le commentaire est complété par Pierre d'Auvergne). Thomas commente la définition de l'homme comme animal politique (livre I), la distinction entre les communautés naturelles (famille, village, cité) et leur finalité, l'analyse des régimes politiques (monarchie, aristocratie, politie et leurs corruptions), et commence la discussion sur la citoyenneté et les constitutions (livre II–III). La pensée politique de Thomas est fortement influencée par ce commentaire : il intègre la naturalité de la vie politique dans une perspective théologique, montrant que la société civile a une fin naturelle propre, distincte (mais non séparée) de la fin surnaturelle. Ce commentaire, joint à l'opuscule De regno, constitue le fondement de la philosophie politique thomiste, qui a exercé une influence considérable sur la pensée chrétienne médiévale et moderne.
Commentaire de la Métaphysique d'Aristote
In duodecim libros Metaphysicorum Aristotelis expositio
1270–1272 Latin
Le Commentaire de la Métaphysique d'Aristote est considéré par beaucoup comme le chef-d'œuvre des commentaires aristotéliciens de Thomas et l'une des œuvres philosophiques les plus importantes du Moyen Âge. Composé entre 1270 et 1272 à Paris, il couvre les douze livres de la Métaphysique aristotélicienne (Thomas ne commente pas le livre XI, résumé des Physiques). Thomas y expose la science de l'être en tant qu'être (livre IV), les principes de non-contradiction et du tiers exclu, la doctrine des catégories, la théorie de la substance (livre VII–VIII), l'acte et la puissance (livre IX), les degrés de l'être et leur rapport à l'un (livre X), et la théologie naturelle aristotélicienne — le Premier Moteur Immobile comme acte pur, intellection de soi-même (noêsis noêseôs) (livre XII). Thomas intègre ces analyses dans sa propre métaphysique de la composition essence/esse, distinctement thomasienne, qui va au-delà d'Aristote. Ce commentaire est la pièce maîtresse du projet thomasien d'une philosophie de l'être ouverte à la transcendance divine, constituant le fondement métaphysique de toute la théologie naturelle de l'Aquinate.
Commentaire littéral sur le livre de Job
Expositio super Iob ad Litteram
1261-1264 Latin
Ce commentaire sur le livre de Job, composé à Orvieto entre 1261 et 1264 à la demande du pape Urbain IV, se distingue des commentaires médiévaux traditionnels par son approche rigoureusement littérale. Thomas refuse l'interprétation allégorique dominante depuis Grégoire le Grand et son célèbre Moralia in Iob, et s'attache à déterminer le sens propre et historique du texte. Il démontre que Job était un homme réel, et non une simple figure typologique du Christ. L'ouvrage traite de la Providence divine, de la souffrance du juste, de la rétribution dans l'au-delà et de la résurrection des corps. Thomas mobilise la philosophie aristotélicienne pour répondre aux arguments des amis de Job qui soutiennent une théologie de la rétribution temporelle immédiate. C'est l'un des rares commentaires scripturaires entièrement rédigés par Thomas lui-même, sans recours à la dictée. L'édition critique Leonine occupe le tome XXVI de l'Opera Omnia.
Postille sur les Psaumes
Postilla super Psalmos
1272-1273 Latin
Cette postille sur les Psaumes, composée durant le second séjour napolitain de Thomas (1272-1273), est une œuvre inachevée qui s'arrête au Psaume 54. Elle fut dictée par Thomas à ses secrétaires et représente l'un de ses derniers travaux scripturaires avant sa mort en 1274. Contrairement à son commentaire sur Job, ce texte allie l'interprétation littérale à des développements spirituels et moraux. Thomas s'intéresse particulièrement à la signification christologique des Psaumes, lisant la prière de David comme préfigurant la passion, la gloire et l'intercession du Christ. Il traite aussi de la louange liturgique, de la prière contemplative et de la vie intérieure du croyant. L'ouvrage atteste de la profonde familiarité de Thomas avec la tradition patristique (Augustin, Hilaire, Jérôme) et révèle une dimension dévotionnelle souvent sous-estimée dans son œuvre. Le texte latin est disponible dans l'édition de Parme de l'Opera Omnia, volume 14.
Commentaire littéral sur Isaïe
Postilla super Isaiam ad Litteram
1252-1259 Latin
Composée durant la période parisienne de Thomas, probablement entre 1252 et 1259, cette postille sur Isaïe adopte la même méthode rigoureusement littérale que le commentaire sur Job. Thomas cherche à établir le sens historique et prophétique du texte sans recourir systématiquement à l'allégorie. Il identifie les oracles d'Isaïe comme des prophéties directes de la venue du Messie, de la souffrance du Serviteur, et de la restauration eschatologique d'Israël. Le commentaire révèle une fine connaissance du contexte historique de la prophétie hébraïque et intègre des réflexions sur la nature de la prophétie elle-même, thème qu'il développera de manière systématique dans la Somme théologique. Thomas s'appuie sur Jérôme et sur la Glose ordinaire tout en prenant ses distances pour proposer ses propres lectures. L'édition critique Leonine se trouve au tome XXVIII de l'Opera Omnia (Rome, 1974).
Postille sur Jérémie et les Lamentations
Postilla super Ieremiam et Threnos
1252-1259 Latin
Ces deux postilles, consacrées respectivement au livre de Jérémie et aux Lamentations attribuées à ce même prophète, font partie du corpus d'œuvres scripturaires composées par Thomas durant ses premières années parisiennes. Elles s'inscrivent dans la tradition universitaire des lectures cursives de l'Écriture, où le maître commentait rapidement le texte biblique sans développements spéculatifs approfondis. Le commentaire sur Jérémie porte sur la vocation prophétique, la souffrance du prophète, les annonces de jugement et les promesses de restauration. La postille sur les Lamentations explore la dimension de la lamentation liturgique et communautaire, la destruction de Jérusalem comme événement théologique, et l'espérance dans la miséricorde divine. Ces textes témoignent de la formation scripturaire de Thomas et de son enracinement dans la tradition des commentaires médiévaux. Ils sont disponibles dans l'édition de Parme de l'Opera Omnia.
Super Evangelium S. Matthaei Lectura
1256-1259 Latin
Ce commentaire sur l'Évangile de Matthieu est issu des leçons dispensées par Thomas à Paris lors de son premier enseignement magistral. Il s'agit d'un reportatum, c'est-à-dire un texte restitué à partir des notes prises par ses étudiants, principalement Pierre d'Andria. Le commentaire combine l'exégèse littérale et des développements théologiques sur l'enseignement du Christ : le Sermon sur la Montagne, les Béatitudes, les paraboles du Royaume, la passion et la résurrection. Thomas établit soigneusement le sens littéral avant d'ouvrir des perspectives théologiques et spirituelles. Il s'appuie abondamment sur Chrysostome et Augustin. L'œuvre permet d'observer la méthode thomasienne d'enseignement universitaire de la Bible, distincte de l'approche plus systématique de la Somme. Elle atteste de l'importance centrale de l'Évangile matthéen dans la formation théologique médiévale. L'édition de référence est celle de Raffaele Cai chez Marietti (Turin, 1951).
Super Evangelium S. Ioannis Lectura
1270-1272 Latin
Considéré par de nombreux spécialistes comme l'un des chefs-d'œuvre exégétiques de Thomas d'Aquin, ce commentaire sur le quatrième Évangile fut rédigé durant son second séjour parisien (1270-1272). Il constitue en grande partie un autographe — Thomas l'a lui-même rédigé — tout en comportant des sections issues de reportata. L'œuvre développe une théologie johannique profonde : le Verbe éternel, l'Incarnation, les signes et miracles comme révélation de la gloire divine, les discours d'adieu, et la théologie de l'Esprit Saint. Thomas s'appuie sur Augustin, Chrysostome et Origène, tout en déployant une réflexion métaphysique sur la relation entre le Père et le Fils, la grâce et la vérité, la lumière et les ténèbres. Ce commentaire est particulièrement riche pour la théologie sacramentaire (Jn 6 sur l'Eucharistie, Jn 20 sur la réconciliation). L'édition de référence est celle de Raffaele Cai chez Marietti (Turin, 1952).
Commentaire sur les Épîtres de saint Paul
Super Epistolas S. Pauli Lectura
1259-1273 Latin
Ce vaste corpus de commentaires couvre l'ensemble des épîtres pauliniennes : Romains, 1-2 Corinthiens, Galates, Éphésiens, Philippiens, Colossiens, 1-2 Thessaloniciens, 1-2 Timothée, Tite, Philémon et Hébreux. Composés sur une longue période, ces textes sont pour la plupart des reportata issus des cours magistraux de Thomas. Ils constituent une source majeure pour sa théologie de la grâce, de la justification, de l'Église comme Corps du Christ, des sacrements et de l'eschatologie. Le commentaire sur Romains (1272-1273) est particulièrement considéré : Thomas y développe une théologie de la justice de Dieu, de la foi et de la loi qui anticipe certaines intuitions reprises à la Réforme. Le commentaire sur les épîtres de la captivité (Éphésiens, Colossiens) révèle sa christologie cosmique. La postille sur Hébreux, dont l'authenticité a été discutée, traite du sacerdoce du Christ. L'édition critique de référence est celle de Raffaele Cai chez Marietti (Turin, 1953).
Contre les erreurs des Grecs
Contra errores Graecorum
1263 Latin
Cet opuscule fut rédigé à Orvieto en 1263 à la demande du pape Urbain IV, dans le contexte des pourparlers pour l'union des Églises latine et grecque. Thomas avait à sa disposition un florilège de textes patristiques grecs — dont l'authenticité fut par la suite contestée — compilé par Nicolas de Cotrone. L'œuvre se divise en deux parties : la première examine les textes patristiques grecs concernant la procession du Saint-Esprit (Filioque), la primauté romaine, la transsubstantiation et le purgatoire ; la seconde présente des réfutations doctrinales des positions grecques. Thomas s'efforce de montrer que les Pères grecs, correctement lus, soutiennent les positions latines. L'opuscule est révélateur de la méthode théologique de Thomas : avant de réfuter, il tente de comprendre et de restituer fidèlement la position adverse. L'œuvre constitue un document capital pour l'histoire du dialogue œcuménique médiéval. L'édition critique Leonine se trouve au tome XL/A de l'Opera Omnia (Rome, 1967).
Des raisons de la foi contre les Sarrasins, les Grecs et les Arméniens
De rationibus fidei contra Saracenos, Graecos et Armenos
1264 Latin
Rédigé vers 1264 à la demande d'un chantre de l'Église d'Antioche confronté aux objections des musulmans et des chrétiens orientaux, cet opuscule offre une défense rationnelle des principales vérités chrétiennes face aux critiques non-chrétiennes et hétérodoxes. Thomas aborde les objections contre la Trinité, l'Incarnation, la passion et la mort du Christ, l'Eucharistie et la résurrection finale. Il adopte une méthode apologétique fondée sur la raison naturelle et les Écritures communes, évitant de s'appuyer exclusivement sur des autorités refusées par ses interlocuteurs. L'œuvre témoigne de la conscience qu'avait Thomas de la nécessité d'un dialogue avec l'islam et les Églises orientales, et préfigure dans sa méthode certains aspects de la Summa Contra Gentiles. C'est un texte bref mais dense, qui condense la réponse thomasienne aux principales objections extra-chrétiennes. L'édition critique Leonine le place au tome XL/B de l'Opera Omnia (Rome, 1968).
Des articles de la foi et des sacrements de l'Église
De articulis fidei et ecclesiae sacramentis
1261-1265 Latin
Cet opuscule, adressé à l'archevêque de Palerme Leonardo da Compostella, offre une présentation synthétique et catéchétique des vérités fondamentales de la foi catholique. La première partie expose les articles du Credo apostolique, articulés autour de la divinité et de l'humanité du Christ, et de l'action de l'Esprit Saint dans l'Église. La seconde partie présente les sept sacrements (baptême, confirmation, eucharistie, pénitence, onction des malades, ordre, mariage), en indiquant pour chacun sa matière, sa forme, son ministre et ses effets. Ce texte constitue l'un des meilleurs exemples de la capacité de Thomas à exposer la théologie dans un langage accessible sans sacrifier la rigueur doctrinale. Il révèle sa préoccupation pour la formation catéchétique du peuple chrétien et du clergé. L'œuvre est éditée dans le tome XLII de l'édition Leonine de l'Opera Omnia (Rome, 1979).
Abrégé de théologie à frère Réginald
Compendium theologiae ad Fratrem Reginaldum
1265-1273 Latin
Le Compendium theologiae est une synthèse théologique que Thomas entreprit à l'intention de son secrétaire et compagnon Réginald de Piperno. L'ouvrage, resté inachevé à la mort de Thomas en 1274, devait s'organiser en trois parties correspondant aux trois vertus théologales : foi, espérance et charité. Seules les parties sur la foi (très développée) et sur l'espérance (fragmentaire) furent rédigées. La partie sur la foi constitue un exposé condensé de la théologie trinitaire, christologique et sotériologique, organisé de façon plus linéaire que la Somme théologique. Thomas y présente la Trinité, l'Incarnation, la rédemption, les sacrements et les fins dernières dans un enchaînement logique rigoureux. L'œuvre illustre la dimension personnelle et spirituelle de la théologie thomasienne : c'est un guide pour la vie chrétienne autant qu'un traité doctrinal. L'édition critique Leonine le place au tome XLII de l'Opera Omnia.
Contre ceux qui attaquent le culte de Dieu et la vie religieuse
Contra impugnantes Dei cultum et religionem
1256 Latin
Rédigé en 1256 peu après l'accession de Thomas à la maîtrise en théologie, cet opuscule est une défense vigoureuse de la vie religieuse mendiante contre les attaques du séculier parisien Guillaume de Saint-Amour, auteur du pamphlet De periculis novissimorum temporum. Thomas répond point par point aux accusations portées contre les Frères Prêcheurs et les Franciscains : leur pauvreté, leur prédication sans mission épiscopale directe, leur activité d'enseignement universitaire, leur pratique pastorale (confessions, funérailles). L'opuscule est un document essentiel pour comprendre la querelle des mendiants à l'Université de Paris au XIIIe siècle. Thomas y développe une théologie de la vie consacrée, de la pauvreté évangélique et des divers états de vie dans l'Église. Il montre que la vie mendiante est non seulement légitime mais supérieure à d'autres formes de vie chrétienne. L'édition critique Leonine le place au tome XLI/A de l'Opera Omnia (Rome, 1970).
De la perfection de la vie spirituelle
De perfectione spiritualis vitae
1269-1270 Latin
Rédigé lors du second séjour parisien de Thomas (1269-1270) dans le contexte renouvelé de la polémique anti-mendiante — notamment les attaques de Gérard d'Abbeville — cet opuscule constitue une réflexion approfondie sur la nature de la perfection chrétienne et sa relation à la charité. Thomas établit que la perfection de la vie chrétienne réside essentiellement dans la charité, et non dans l'observance de préceptes extérieurs. Il examine ensuite les différents états de vie (évêques, religieux, laïcs) et leur relation à la perfection, montrant que la vie religieuse constitue un état de perfection à acquérir, tandis que l'épiscopat est un état de perfection à exercer. L'opuscule contient une théologie raffinée des conseils évangéliques (pauvreté, chasteté, obéissance) comme moyen d'atteindre la charité parfaite. Il complète et approfondit les thèses défendues dans le Contra impugnantes. L'édition critique Leonine se trouve au tome XLI/B de l'Opera Omnia (Rome, 1969).
Contre la doctrine de ceux qui détournent de la vie religieuse
Contra doctrinam retrahentium a religione
1270-1271 Latin
Cet opuscule, composé vers 1270-1271 à Paris, répond aux thèses du maître séculier Nicolas de Lisieux qui décourageait les jeunes gens d'entrer dans les ordres religieux avant d'avoir atteint leur maturité intellectuelle et morale. Thomas y défend la légitimité de l'entrée en religion dès l'adolescence et réfute les arguments qui prétendaient que la vie religieuse entraverait le développement humain ou constituerait une décision trop hâtive. Il développe une théologie de la vocation religieuse comme appel divin qui n'attend pas la maturité humaine, et montre que la vie régulière, loin d'aliéner la personne, l'épanouit en l'orientant vers Dieu. L'opuscule complète le triptyque des écrits thomasiens sur la vie religieuse avec le Contra impugnantes et le De perfectione. Il révèle aussi la préoccupation de Thomas pour le recrutement et la formation des jeunes dominicains. L'édition Leonine le place au tome XLI/B (Rome, 1969).
De la forme de l'absolution sacramentelle
De forma absolutionis sacramentalis
1269 Latin
Cet opuscule bref mais techniquement précis fut rédigé à la demande du chapitre général des Dominicains, qui avait confié à Thomas la question de la forme correcte de l'absolution sacramentelle. La question portait sur la légitimité de la formule indicative (« Je t'absous ») par rapport aux formules dépréciatives (« Que Dieu t'absolve ») utilisées dans certains rites orientaux et monastiques. Thomas démontre que la formule indicative « Ego te absolvo » est non seulement valide mais préférable, car elle exprime avec plus de clarté la causalité instrumentale du ministre du sacrement. L'argumentation mobilise à la fois la théologie sacramentaire, la sémantique linguistique et les principes aristotéliciens de causalité. Cet opuscule a eu une influence significative sur la pratique et la doctrine pénitentielles catholiques jusqu'à Vatican II. L'édition Leonine le place au tome XL/B de l'Opera Omnia (Rome, 1968).
Responsio ad Magistrum Ioannem de Vercellis de 108 articulis
1265 Latin
Cet opuscule est une réponse formelle adressée à Jean de Verceil, Maître général de l'Ordre des Prêcheurs, qui soumettait à Thomas une liste de 108 articles théologiques problématiques extraits de diverses sources. Thomas examine un à un ces propositions, dont beaucoup portent sur la christologie, la psychologie de l'âme, la grâce et la connaissance divine. Il s'agit d'un exercice typique de la consultation théologique médiévale, où un expert en doctrine est sollicité pour évaluer des propositions suspectes d'erreur. La réponse de Thomas révèle sa rigueur dans la distinction entre formulations acceptables et propositions erronées, ainsi que sa prudence dans les questions disputées où plusieurs positions peuvent être tenues. Ce texte est précieux pour comprendre les débats doctrinaux internes à l'Ordre dominicain et à la théologie scolastique du XIIIe siècle. Il est édité dans le tome XLII de l'Opera Omnia Leonine.
Responsio ad Magistrum Ioannem de Vercellis de 43 articulis
1271 Latin
Deuxième consultation adressée à Jean de Verceil, Maître général des Dominicains, sur une nouvelle liste d'articles théologiques litigieux. Rédigée vers 1271, cette réponse porte sur des questions touchant principalement à la métaphysique de l'être, à la connaissance angélique, à la providence divine et aux rapports entre philosophie et théologie. Thomas y fait preuve de la même rigueur discriminatoire que dans la réponse aux 108 articles : il distingue ce qui peut être dit sans erreur, ce qui doit être nuancé, et ce qui doit être clairement rejeté. Ces deux séries de réponses à Jean de Verceil constituent un corpus de consultations doctrinales qui illustrent le rôle de Thomas comme autorité théologique reconnue au sein de l'Ordre dominicain. Elles témoignent également de la vigilance de l'Ordre face à la diffusion de thèses philosophiques potentiellement dangereuses. L'édition Leonine les place dans le tome XLII.
Commentaire sur les Décrétales
Super Decretales
1261-1265 Latin
Cet opuscule contient l'exposition par Thomas de deux décrétales pontificales : la lettre du pape Innocent III sur la foi trinitaire (Firmiter credimus) et une lettre concernant l'autorité de l'Église. Thomas y expose les vérités fondamentales de la foi catholique telles qu'elles sont définies par l'autorité pontificale, et montre comment elles s'articulent avec la théologie spéculative. L'exposé de la décrétale sur la Trinité constitue un commentaire dense sur la doctrine trinitaire orthodoxe, la distinction des Personnes et l'unité de la substance divine. Le commentaire sur la lettre ecclésiologique aborde la question de la relation entre le magistère pontifical et la vérité théologique. Bien que bref, cet opuscule révèle l'attachement de Thomas à la communion avec l'autorité de l'Église de Rome et sa conception de la théologie comme science au service du magistère. L'édition Leonine le place au tome XL/D de l'Opera Omnia (Rome, 1968).
De l'éternité du monde contre les détracteurs
De aeternitate mundi contra murmurantes
1270-1271 Latin
Composé à Paris vers 1270-1271 dans le contexte des condamnations épiscopales des thèses aristotéliciennes, cet opuscule aborde la question de savoir si la création ab aeterno — un monde sans commencement temporel — est philosophiquement concevable et théologiquement compatible avec la foi chrétienne. Thomas soutient la position nuancée selon laquelle la Révélation atteste clairement que le monde a été créé dans le temps, mais que la raison philosophique seule ne peut démontrer ni l'éternité ni la temporalité du monde. Il refuse donc de condamner la thèse aristotélicienne sur ce seul plan rationnel. Cette position lui valut des critiques tant des théologiens conservateurs que des aristotéliciens radicaux. L'opuscule est un exemple remarquable de la méthode thomasienne de démarcation des compétences respectives de la raison et de la foi. Il est édité dans le tome XLIII de l'Opera Omnia Leonine (Rome, 1976).
De l'unité de l'intellect contre les Averroïstes
De unitate intellectus contra Averroistas
1270 Latin
Rédigé en 1270 à Paris, cet opuscule polémique est dirigé contre Siger de Brabant et les maîtres ès arts qui défendaient la thèse averroïste de l'intellect unique et séparé pour tous les hommes (monopsychisme). Thomas y démontre, en mobilisant une lecture rigoureuse d'Aristote, que cette interprétation est à la fois philosophiquement fausse et théologiquement inacceptable. Si l'intellect était unique et séparé, il serait impossible de soutenir la responsabilité morale individuelle, la résurrection personnelle et la sanction des actes propres à chaque âme. Thomas montre qu'Aristote lui-même, correctement interprété, affirme que l'intellect est la forme propre de chaque individu humain. L'œuvre est un document majeur pour comprendre la querelle de l'averroïsme latin au XIIIe siècle et la position de Thomas face à la philosophie arabe médiévale. L'édition Leonine la place au tome XLIII de l'Opera Omnia (Rome, 1976).
Lettre à la Duchesse de Brabant sur le gouvernement des Juifs
Epistola ad Ducissam Brabantiae (De regimine Iudaeorum)
1271 Latin
Cette lettre adressée à la duchesse Aleyde de Brabant répond à une série de questions politiques et éthiques que lui pose la souveraine, notamment sur le statut légal et la fiscalité applicable aux Juifs vivant sous son autorité. Thomas y traite de plusieurs questions pratiques de gouvernement : peut-on prélever des taxes sur les Juifs et dans quelles limites ? Doit-on forcer les Juifs à porter un signe distinctif ? Que faire des biens mal acquis par des pratiques usuraires ? Thomas répond avec nuance, distinguant ce qui est juste selon la loi naturelle, ce qui est toléré par la loi civile et ce qui est interdit par la loi divine. Il montre que les Juifs, en tant qu'êtres humains, possèdent des droits naturels qui ne peuvent être violés, tout en reconnaissant les contraintes légales héritées du droit canonique médiéval. Cette lettre est un document important pour comprendre la pensée politique de Thomas et l'histoire du rapport entre chrétiens et Juifs au Moyen Âge. Éditée dans le tome XLII de l'Opera Omnia Leonine.
Lettre à Bernard, abbé du Mont-Cassin
Epistola ad Bernardum Abbatem Casinensem
1274 Latin
Cette lettre brève, adressée à Bernard Ayglier, abbé du Mont-Cassin, fut rédigée peu avant la mort de Thomas en 1274. L'abbé avait sollicité l'avis de Thomas sur un passage obscur de la Règle de saint Benoît concernant l'obéissance. Thomas y répond avec la clarté habituelle de ses consultations, en expliquant la signification du terme latin utilisé par saint Benoît et en précisant les implications pratiques pour la vie monastique. Bien que brève, cette lettre illustre le respect et l'autorité dont jouissait Thomas auprès de la communauté monastique bénédictine malgré ses appartenances dominicaines. Elle témoigne aussi de l'intérêt de Thomas pour les diverses formes de vie consacrée dans l'Église. La lettre est éditée dans le tome XLII de l'Opera Omnia Leonine, aux côtés d'autres épîtres mineurs. Elle est représentative du genre épistolaire de consultation théologique et canonique que pratiquait Thomas à la demande de diverses institutions ecclésiales.
Epistola de modo studendi (Epistola exhortatoria ad Fratrem Ioannem)
1261-1265 Latin
Cette courte lettre, adressée à un jeune frère dominicain prénommé Jean qui lui demandait des conseils pour progresser dans les études théologiques, est l'un des textes les plus cités de Thomas en dehors de ses grandes œuvres systématiques. Thomas y donne seize conseils pratiques pour réussir dans les études : entrer par les ruisseaux avant d'atteindre la mer (commencer par les textes simples), ne pas se lancer dans les questions trop élevées, lire beaucoup, retenir ce qu'on a lu, ne jamais laisser une question sans réponse, fuir les bavardages inutiles, pratiquer la pureté de conscience, fréquenter les gens vertueux, et remettre tout à Dieu par la prière. Ce texte révèle la pédagogie et la spiritualité intellectuelle de Thomas : l'étude est un acte d'humilité et de charité, non de vanité. Très populaire dans la tradition thomasienne, cette lettre a été traduite dans de nombreuses langues. Disponible sur isidore.co.
Lettre sur l'achat et la vente à terme
Epistola de emptione et venditione ad tempus
1262 Latin
Cette lettre adressée à un destinataire non identifié (peut-être un marchand ou un notaire florentin) traite d'une question d'éthique économique : est-il licite de vendre une marchandise à un prix plus élevé lorsque le paiement est différé dans le temps ? Thomas y répond avec une argumentation philosophique et théologique serrée, distinguant la vente au comptant, la vente à terme licite et le prêt à intérêt (usure) qui est illicite. Il soutient qu'une certaine majoration est possible lorsque le vendeur subit un préjudice réel du fait du délai de paiement, mais que la simple majoration due au passage du temps constitue une forme d'usure. Ce texte est un document important pour l'histoire de la pensée économique médiévale et pour l'éthique des affaires dans la tradition thomasienne. Il montre comment Thomas applique les principes de la loi naturelle et de la justice commutative à des situations économiques concrètes. Édité dans le tome XLII de l'Opera Omnia Leonine.
Du secret
De secreto
1269 Latin
Ce bref opuscule sous forme de réponse consulaire traite de l'obligation morale de garder le secret et des cas dans lesquels il est licite de révéler ce qui a été confié sous le sceau du secret. Thomas distingue plusieurs degrés d'obligation au secret : le secret naturel (dont la divulgation serait simplement imprudente), le secret promis (dont la divulgation serait une rupture de promesse) et le secret confié (dont la divulgation constituerait une grave violation de confiance). Il traite aussi du secret de la confession sacramentelle, inviolable en toutes circonstances. Thomas examine les cas limites où la révélation d'un secret pourrait être justifiée pour prévenir un grave dommage à autrui ou à la société, tout en soulignant que cette permission doit rester exceptionnelle. Ce texte constitue une contribution intéressante à l'éthique de la communication et de la parole dans la tradition thomasienne. Disponible via isidore.co et dans l'édition Leonine.