- Un roi rongé par un nom, un chemin qui l’attend
- Un tétrarque, une rumeur, un cadavre qui ne veut pas rester mort
- Voir sans croire : l’anatomie d’une curiosité qui ne convertit pas
- La conscience qui parle malgré soi
- Ce que cela change dans une vie : l’intime, le relationnel, le social, l’ecclésial
- L’écho patristique, liturgique et martyrologique du texte
- Lectio divina
- Regarder en soi ce qu’on préfère fuir
- Ce que ce texte dit à notre époque
- Prière
- Une question qui attend encore une réponse
- Pratiques
- Références
- ✝ Références bibliques
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
7Cependant Hérode le tétrarque entendit parler de tout ce que faisait Jésus et il ne savait que penser, car les uns disaient : « Jean est ressuscité des morts », 8d’autres : « Élie a paru », d’autres : « Un des anciens prophètes est ressuscité. » 9Hérode dit : « Quant à Jean, je l’ai fait décapiter. Quel est donc cet homme, de qui j’entends dire de telles choses ? » Et il cherchait à le voir.
Un homme se lève la nuit, en sueur, parce qu’un nom qu’il croyait enterré revient dans toutes les bouches. Hérode a fait trancher une tête, il a vu le plateau, il a entendu le silence qui suit un meurtre bien exécuté. Et voilà que ce silence se remplit de rumeurs : le mort marche, guérit, enseigne, attire les foules. Ce n’est pas une enquête politique qui s’ouvre dans le cœur du tétrarque, c’est une fissure. Il interroge tout le monde, il compare les hypothèses — Élie, un prophète ressuscité, Jean relevé — et aucune ne le rassure, parce qu’aucune n’apaise ce qu’il sait, lui, avoir fait. Alors il veut voir. Non pour croire. Pour vérifier qu’il n’est pas rattrapé.
Un roi rongé par un nom, un chemin qui l’attend
Ce que la peur d’Hérode révèle sur nous, et pourquoi ce texte ouvre une route vers Celui qu’on ne peut fuir en le regardant seulement
Il y a des questions qui cherchent une réponse, et des questions qui cherchent une échappatoire. Celle d’Hérode appartient à la seconde espèce. Cette parole regarde en face ce moment où un homme puissant, rongé de l’intérieur, veut voir Jésus sans jamais vouloir le rencontrer — et ce que cela nous dit, à nous qui parfois voulons, nous aussi, regarder la foi de loin sans nous laisser toucher.
Nous suivrons trois mouvements : d’abord comprendre qui est cet Hérode et ce que signifie vraiment sa question troublée ; ensuite explorer ce que la conscience coupable fait à un être humain, et comment le désir de voir peut coexister avec le refus de croire ; enfin, à la lumière des Pères et de la tradition, découvrir que cette scène n’est pas un fait divers antique mais un miroir tendu à quiconque cherche Dieu par curiosité plutôt que par conversion.
Un tétrarque, une rumeur, un cadavre qui ne veut pas rester mort
Il faut d’abord situer les choses simplement. Hérode Antipas n’est pas le grand Hérode qui a fait massacrer les enfants de Bethléem — c’est son fils, tétrarque de Galilée et de Pérée, un souverain de second rang sous tutelle romaine, obsédé par sa position et sa réputation. C’est lui qui a fait arrêter Jean le Baptiste parce que le prophète osait lui reprocher son mariage avec Hérodiade, la femme de son frère. C’est lui qui, cédant à un serment imprudent lors d’un banquet, a fait apporter la tête de Jean sur un plateau. L’épisode est célèbre, presque théâtral dans sa cruauté — et Luc, qui le connaît, ne le raconte pas ici. Il suppose que le lecteur le sait déjà.Ce que Luc raconte, c’est l’après. Des mois ont peut-être passé. Jésus parcourt la Galilée, enseigne, guérit, envoie ses disciples deux par deux annoncer le Royaume et chasser les esprits mauvais. Les nouvelles remontent jusqu’à la cour d’Hérode — et elles le troublent profondément. Le texte grec est net sur ce point : Hérode « ne savait que penser », littéralement il était dans la perplexité, diēporei, un mot qui décrit quelqu’un complètement désorienté, cherchant en vain une issue à travers un labyrinthe de pensées contradictoires.
Trois hypothèses circulent dans le peuple, et Luc les énumère comme un tribunal qui délibère. Certains disent que Jean est ressuscité — la thèse la plus terrifiante pour Hérode, puisqu’elle impliquerait un retour, une justice qui le rattrape depuis l’au-delà. D’autres pensent à Élie, le prophète qui devait revenir avant le jour du Seigneur selon Malachie — une figure d’attente eschatologique, presque rassurante en comparaison. D’autres enfin évoquent un prophète d’autrefois qui reviendrait à la vie, formule plus vague, qui rattache Jésus à la longue lignée des envoyés de Dieu.Et puis vient la phrase d’Hérode lui-même, rapportée au discours direct — un procédé rare chez Luc, qui donne à ces mots un poids particulier : « Jean, je l’ai fait décapiter. Mais qui est cet homme dont j’entends dire de telles choses ? » La construction grecque juxtapose crûment le fait accompli — egō apekephalisa, « moi, j’ai décapité » — et l’interrogation qui suit, comme si Hérode lui-même n’arrivait pas à relier les deux propositions dans une seule pensée cohérente. Et le texte se referme sur une notation brève, presque anodine en apparence : « il cherchait à le voir ». Ce désir de voir, sans qu’aucune suite ne lui soit donnée ici, restera en suspens jusqu’au procès de Jésus, bien plus tard dans l’Évangile de Luc — où Hérode, enfin, verra Jésus face à face, et où cette vue ne changera absolument rien à son cœur.
Voir sans croire : l’anatomie d’une curiosité qui ne convertit pas
Voici le cœur du paradoxe que ce texte met à nu : on peut désirer voir Jésus de toutes ses forces, et refuser en même temps de le laisser nous voir. Hérode veut un spectacle, pas une rencontre. Il veut résoudre une énigme, pas être dérangé dans sa vie. Et cette distinction, en apparence subtile, sépare en réalité deux attitudes religieuses fondamentalement opposées, que l’on retrouve à toutes les époques, y compris la nôtre.
La perplexité d’Hérode n’est pas de l’ordre de l’intelligence — elle est de l’ordre de la conscience. Un homme qui ignore vraiment qui est Jésus s’interroge froidement, comme on résout un problème extérieur à soi. Mais Hérode, lui, n’ignore rien de ce qu’il a fait. Sa question sur l’identité de Jésus est en réalité une question sur sa propre culpabilité qui refuse de se nommer directement. Il ne demande pas « qui est cet homme » comme on demanderait « qui est ce nouvel enseignant venu de Nazareth » — il demande cela en ayant déjà, dans la phrase précédente, avoué le meurtre qui hante toute la question. C’est le mécanisme même du refoulement qui s’exprime ici avec une précision presque clinique : nommer le crime, puis fuir aussitôt vers une autre question, comme si en changeant de sujet on pouvait échapper à ce qu’on vient de dire. Ce phénomène a un nom dans la tradition spirituelle : la crainte servile, celle qui ne redoute pas Dieu par amour mais par peur du châtiment. Hérode ne craint pas de perdre Dieu — il craint d’être rattrapé par lui. Et cette crainte, loin de le pousser vers la conversion, le pousse vers le contrôle : il veut voir Jésus pour vérifier, pour évaluer le danger, peut-être pour neutraliser ce qui le menace, comme il a neutralisé Jean. Rien dans ce désir de voir ne ressemble à l’humilité de Zachée grimpant dans son sycomore, ou à la foi de la femme hémorroïsse touchant le vêtement du Christ dans la foule. Ces deux figures-là, elles aussi, voulaient voir ou toucher Jésus — mais leur désir venait d’un manque à combler, pas d’une menace à circonscrire. Il y a ici une leçon terrible et libératrice à la fois : la proximité physique avec Jésus ne garantit rien. Hérode le verra effectivement, au chapitre vingt-trois de Luc, lors de la Passion. Et cette rencontre tant désirée ne produira ni conversion, ni repentir, ni même une vraie curiosité théologique — seulement un jeu, une moquerie, un habit dérisoire dont on affuble le condamné avant de le renvoyer à Pilate. Voir Jésus sans avoir converti son cœur au préalable, c’est risquer de le voir et de passer complètement à côté. C’est la différence entre regarder un visage et rencontrer une personne — la première chose ne coûte rien, la seconde exige qu’on se laisse regarder en retour.La conscience qui parle malgré soi
Il faut s’arrêter encore sur un détail que le texte ne développe pas explicitement mais qui affleure dans chaque mot d’Hérode : cet homme est fondamentalement seul avec lui-même. Il interroge les autres — « certains disaient », « d’autres disaient » — comme pour se rassurer par le nombre, pour diluer sa propre angoisse dans un sondage d’opinion. Mais la vérité qui compte, il la connaît déjà, et elle ne vient d’aucun sondage : « Jean, je l’ai fait décapiter. » Cette phrase, il n’a besoin de la demander à personne. Elle est gravée en lui.
C’est là un phénomène spirituel que la tradition chrétienne a longuement médité sous le nom de syndérèse — cette étincelle de conscience morale que rien, jamais, ne parvient totalement à éteindre, même chez l’homme le plus corrompu par le pouvoir. Hérode a l’autorité de faire trancher des têtes, mais il n’a pas l’autorité de faire taire sa propre mémoire. Le pouvoir politique, aussi absolu soit-il dans l’ordre extérieur, reste impuissant devant l’ordre intérieur de la conscience. C’est peut-être la leçon la plus actuelle de ce texte antique : nul ne règne sur son propre remords.

Ce que cela change dans une vie : l’intime, le relationnel, le social, l’ecclésial
Dans l’intime d’abord, ce texte interroge notre propre rapport à ce que nous avons enfoui. Chacun porte, à des degrés divers, des Jean décapités — des actes, des paroles, des abandons que l’on préfère ne pas nommer directement. Et comme Hérode, on peut développer un art très sophistiqué du détour : s’interroger sur mille questions religieuses, philosophiques, existentielles, tout en évitant soigneusement la seule question qui compte, celle qui commence par « j’ai fait ». La conversion authentique commence souvent par ce simple aveu qu’Hérode formule presque malgré lui, sans jamais aller plus loin : nommer ce qu’on a fait, avant de demander qui est Dieu.
Dans le relationnel, cette parole invite à examiner comment nous regardons ceux que nous avons blessés — ou ceux qui, en retour, réveillent en nous une culpabilité mal digérée. Il y a des personnes qu’on évite non par indifférence, mais parce qu’elles nous rappellent quelque chose qu’on préférerait oublier. Reconnaître ce mécanisme, c’est déjà commencer à s’en libérer.
Dans le social, l’épisode dénonce avec une lucidité étonnante la manière dont le pouvoir cherche à instrumentaliser le sacré. Hérode ne veut pas de Jésus pour se convertir ; il veut de Jésus pour comprendre un phénomène qui échappe à son contrôle, peut-être pour le maîtriser, peut-être pour s’en divertir. Combien de fois, dans l’histoire comme aujourd’hui, la curiosité pour le religieux se réduit-elle à ce désir de spectacle sans conséquence ?
Dans l’ecclésial enfin, ce texte rappelle à toute communauté chrétienne que la proximité institutionnelle avec le Christ — être baptisé, aller à la messe, se dire croyant — ne remplace jamais la conversion du cœur. On peut être, comme Hérode, extraordinairement bien informé sur Jésus, en parler savamment, chercher à le voir dans toutes sortes de lieux — et rester, au fond, dans la même perplexité stérile, sans jamais laisser cette information devenir une rencontre vivante.L’écho patristique, liturgique et martyrologique du texte
La tradition chrétienne, dès les premiers siècles, a lu cet épisode comme une confrontation exemplaire entre le pouvoir aveugle et la vérité qui dérange. Origène, dans son Commentaire sur Matthieu (livre X), rapproche la perplexité d’Hérode de celle du peuple juif devant Jésus, y voyant le signe d’une intelligence religieuse authentique mais bloquée par la peur des conséquences pratiques d’une vraie reconnaissance — car reconnaître Jésus comme prophète, pour Hérode, reviendrait à reconnaître sa propre condamnation. Jean Chrysostome, dans ses Homélies sur Matthieu (homélie XLVIII, consacrée au passage parallèle), insiste sur le contraste entre la mémoire indélébile du crime chez Hérode et la légèreté avec laquelle il l’a commis — soulignant que la conscience, contrairement au corps, ne connaît pas d’anesthésie durable, et que le remords fini toujours par ressurgir, souvent au moment où on l’attend le moins. Bède le Vénérable, dans son Commentaire sur l’Évangile de Luc, remarque que les trois hypothèses populaires — Jean ressuscité, Élie revenu, un prophète relevé — dessinent en creux les catégories mêmes que le peuple juif utilisait pour penser le Messie, et que leur insuffisance commune annonce déjà la question que Jésus posera lui-même à ses disciples quelques versets plus loin : « Et vous, que dites-vous ? Qui suis-je ? » Le texte d’Hérode fonctionne ainsi comme un contrepoint négatif à la confession de Pierre qui va suivre immédiatement dans le récit de Luc. Thomas d’Aquin, dans son commentaire sur ce passage au sein de la Catena Aurea, reprend et articule ces lectures patristiques en insistant sur un point précis : la peur d’Hérode n’est pas une peur religieuse au sens propre, mais une peur purement politique déguisée en question théologique — ce qui, selon lui, illustre parfaitement la différence entre chercher Dieu et chercher à neutraliser une menace pour son pouvoir.Sur le plan liturgique, ce passage de Luc trouve sa place dans le lectionnaire au moment où l’Église commémore la Décollation de saint Jean-Baptiste, le 29 août — fête ancienne, attestée dès le haut Moyen Âge en Orient comme en Occident, où l’Église relit précisément ce texte d’Hérode pour mettre en regard la fidélité du prophète martyr et la lâcheté du roi qui l’a fait taire. La liturgie de ce jour insiste sur le courage de la dénonciation prophétique face au pouvoir, quel qu’en soit le prix.
Sur le plan martyrologique, Jean-Baptiste est vénéré depuis les origines comme le précurseur non seulement de la venue du Christ, mais aussi de son martyre — mourant pour avoir dit la vérité à un roi qui ne voulait pas l’entendre, préfigurant ainsi la mort du Christ lui-même, condamné par ce même Hérode quelques années plus tard sans qu’aucun mot ne soit prononcé pour sa défense.
Une voix plus contemporaine, celle de Romano Guardini dans son ouvrage Le Seigneur, relit cette scène en soulignant que la question d’Hérode — « qui est cet homme ? » — est en réalité la question que tout homme finit par se poser un jour, et que la tragédie de ce roi n’est pas d’avoir posé la question, mais de l’avoir posée sans jamais accepter d’y répondre par un changement de vie.
Lectio divina
« Jean, je l'ai fait décapiter. Mais qui est cet homme dont j'entends dire de telles choses ? » (Lc 9, 9)
Il y a en toi, peut-être, une question que tu poses à voix haute pour éviter d'en affronter une autre, plus silencieuse. Hérode demande qui est Jésus pour ne pas avoir à répondre de ce qu'il a fait à Jean. Toi, quelle question poses-tu sans cesse pour détourner ton regard de ce que tu sais déjà ? Quel nom, quel visage, quel souvenir refuses-tu de nommer directement ? Et si la vraie question n'était pas « qui est cet homme », mais « que vais-je faire, maintenant que je sais » ?
Seigneur, tu marches en Galilée et les nouvelles de toi remontent jusqu'aux cours des puissants, jusqu'au fond de mon propre cœur troublé. Je ne veux pas te voir comme on regarde un spectacle, de loin, sans rien risquer. Débusque en moi les questions que je pose pour fuir celles qui comptent vraiment. Donne-moi le courage de nommer ce que j'ai fait, comme Hérode a su le dire à demi-mot sans pouvoir aller plus loin. Toi qui es le Chemin, ne me laisse pas te chercher sans jamais te suivre. Fais de ma curiosité une conversion, et de ma peur, une confiance.
Un plateau vide, une rumeur qui monte comme une marée sur les collines de Galilée, et un roi seul dans le silence de son palais.
Regarder en soi ce qu’on préfère fuir
Cette semaine, prends un moment de silence et demande-toi honnêtement : quelle question je pose souvent, sans jamais vouloir la voir aboutir ? Écris-la, si tu le peux, sur un papier — la nommer est déjà un premier pas.
Ensuite, identifie ce qu’elle recouvre peut-être : une culpabilité, une peur, un regret jamais formulé clairement. Ne cherche pas à tout résoudre d’un coup ; contente-toi de nommer.
Enfin, porte cela dans la prière, non pas pour te juger, mais pour te laisser regarder par Celui qui ne fuit jamais un cœur sincère, même troublé. La conversion commence rarement par une certitude — elle commence souvent par un aveu murmuré, comme celui d’Hérode, mais suivi, cette fois, d’un vrai pas vers la vérité.
Ce que ce texte dit à notre époque
Notre monde regorge de curiosité religieuse sans conversion. On peut aujourd’hui suivre des comptes spirituels, lire sur toutes les traditions, méditer, chercher — tout en évitant soigneusement la seule question qui exige un changement de vie. Les algorithmes eux-mêmes nourrissent ce désir de voir sans jamais s’engager : on consomme du sacré comme un contenu parmi d’autres, sans qu’il ne touche rien de réel.
Hérode, en ce sens, est étonnamment contemporain. Il représente cette figure du spectateur permanent, qui veut tout savoir sur Dieu sans jamais se laisser rejoindre par lui. La nuance à garder, pourtant, c’est que la curiosité n’est pas condamnable en soi — Zachée aussi était curieux. Ce qui distingue les deux hommes, c’est ce qu’ils acceptent de risquer dans cette rencontre : Zachée offre sa maison et sa fortune ; Hérode, lui, ne veut offrir que son regard, à distance, sans jamais rien donner de lui-même.
Prière
Seigneur Jésus, toi dont le nom troublait déjà les rois avant même qu’ils ne t’aient rencontré, viens troubler aussi mon confort. Je sais, comme Hérode le savait, des choses que je préfère taire — des paroles dures, des silences complices, des lâchetés ordinaires que je maquille sous d’autres questions. Ne me laisse pas te chercher seulement par curiosité, comme on cherche une réponse à une énigme qui ne coûte rien. Fais de mon désir de te voir un désir de te suivre. Que je ne sois pas de ceux qui t’observent de loin en attendant que tu passes, mais de ceux qui descendent de leur sycomore pour t’accueillir vraiment chez eux. Toi qui as traversé la Galilée sans fuir les regards inquiets des puissants, traverse aussi mon cœur, même les recoins que je voudrais garder fermés. Donne-moi de nommer ce que je porte, comme Hérode a su le formuler à demi, mais donne-moi d’aller, moi, jusqu’au bout de cet aveu — jusqu’à la conversion qu’il n’a jamais osé vivre. Amen.
Une question qui attend encore une réponse
Hérode a posé sa question et n’a jamais vraiment voulu de réponse. Toi, aujourd’hui, tu peux faire autrement. La même question résonne encore — « qui est cet homme ? » — mais elle ne demande plus une curiosité de spectateur. Elle demande une vie. Ose la poser jusqu’au bout, sans détour, et laisse-la te conduire non pas vers un plateau vide, mais vers une table où l’on rompt le pain.
Pratiques
Nomme par écrit, une fois cette semaine, ce que tu évites habituellement de regarder en face.
Avant de chercher une réponse religieuse à une question, demande-toi si elle ne masque pas une question plus personnelle.
Relis Lc 9, 7-9 à voix haute, lentement, en te mettant à la place d’Hérode un instant.
Prie pour une personne que tu évites, sans savoir toujours pourquoi précisément.
Choisis un acte concret de conversion, même minime, plutôt qu’une nouvelle interrogation abstraite.
Références
Antiquité et Pères (Ier–Ve s.)
- Origène, Commentaire sur Matthieu, livre X — analyse la perplexité d’Hérode comme le signe d’une intelligence religieuse bloquée par la peur des conséquences d’une vraie reconnaissance de Jésus.
- Jean Chrysostome, Homélies sur Matthieu, homélie XLVIII — souligne le contraste entre la légèreté du crime commis et la persistance du remords qui ressurgit malgré le pouvoir du roi.
Pères tardifs et Moyen Âge (Ve–XVe s.)
- Bède le Vénérable, Commentaire sur l’Évangile de Luc — met en évidence comment les hypothèses populaires sur Jésus annoncent en creux la question que Jésus posera lui-même à ses disciples juste après.
- Thomas d’Aquin, Catena Aurea, commentaire sur Luc 9 — distingue la peur politique déguisée en question théologique chez Hérode, éclairant la différence entre chercher Dieu et chercher à neutraliser une menace.
Contemporain (XXe–XXIe s.)
- Romano Guardini, Le Seigneur — relit la question d’Hérode comme celle que tout homme finit par se poser, la tragédie du roi étant de l’avoir posée sans jamais y répondre par un changement de vie.
✝ Références bibliques
4 passages · 3 livres
Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son Fils unique. (Jn 3,16)
L'Évangile du Verbe : profonde théologie de l'Incarnation et des signes de Jésus.
→ Explorer le Codex Jean- Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur (Jn 14, 15-21)
- Je vous donne ma paix (Jn 14, 27-31a)
- L’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout (Jn 14, 21-26)
- Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie (Jn 14, 1-12)
- Celui qui m’a vu a vu le Père (Jn 14, 7-14)
- Faire sa volonté n’est pas se dépasser, mais consentir
- Ce que l’arbre trahit et ce que le roc soutient — pourquoi Augustin sur ce texte précis
- À la suite du Christ : suivre celui qui est le chemin
- S’aimer humblement soi-même, la grâce la plus rare de toutes
- Prier sans témoin : ce que le secret révèle sur Dieu et sur nous
- Léon XIV au Stade de France : quand la parole du pape rejoint la nuit intérieure de la jeunesse
- Léon XIV à Paris : quand quinze mille agents veillent sur un pauvre qui ne possède rien
- Le jardin de la Madonnina : quand Léon XIV fait du cœur humain le premier champ de bataille écologique
- Côme : quand une église catholique devient un lieu religieux indifférencié

Le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. (Lc 19,10)
L'Évangile de la miséricorde : Jésus proche des pauvres, des femmes et des pécheurs.
→ Explorer le Codex Luc- Je te suivrai partout où tu iras (Lc 9, 57-62)
- Le plus petit d’entre vous tous, c’est celui-là qui est grand (Lc 9, 46-50)
- Le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes. Les disciples avaient peur de l’interroger sur cette parole (Lc 9, 43b-45)
- Tu es le Christ, le Messie de Dieu. – Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup (Lc 9, 18-22)
- Il les envoya proclamer le règne de Dieu et guérir les malades (Lc 9, 1-6)
- Trois Églises, une seule mission : quand l’Amérique du Nord catholique choisit la fraternité contre la peur
- Actes 29 : le sixième continent n’a pas besoin d’apôtres parfaits, mais disponibles
- Colombie : quand la mission devient présence, et la présence devient prière
- L’avion offert à Léon XIV : la gratuité comme mémoire retrouvée de l’Église
- Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait ; alors, à ta prière, tes péchés seront remis (Si 27, 30 – 28, 7)
- Pour les Juifs, mes frères, je souhaiterais être anathème (Rm 9, 1-5)
- Seigneur Jésus, reçois mon esprit (Ac 7, 51 – 8,1a)
- Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume (Lc 23, 35-43)
- Ce que le silence de Jésus devant Hérode nous apprend de notre propre désir
- Hérode entend parler de Jésus : ce que sa peur nous révèle de nous
- Grégoire le Grand et le denier offert au dernier venu de la vigne
- Aimer son ennemi, c’est enfin voir comme Dieu voit
- Ne jugez pas : l’art difficile de laisser Dieu être Dieu
- Liban, terre de résurrection : quand la loi renonce enfin à tuer pour punir
- Jérusalem au cœur de Paray : un patriarche sous les bombes présente les plaies du Christ
- Bamenda ou la grâce du recommencement : quand l’Église annonce la paix au cœur de la guerre
- Le pape et la croix : quand le vicaire du Christ porte le monde sur ses épaules

Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. (Mt 28,20)
L'Évangile du Roi : Jésus, nouveau Moïse, accomplit les Écritures pour Israël et les nations.
→ Explorer le Codex Matthieu- Rien de nouveau sous le soleil (Qo 1, 2-11)
- Ananie : le Seigneur ne t’a pas envoyé, et toi, tu rassures ce peuple par un mensonge (Jr 28, 1-17)
- Hérode envoya décapiter Jean dans la prison. Les disciples de Jean allèrent l’annoncer à Jésus (Mt 14, 1-12)
- Celui qui entend la Parole et la comprend porte du fruit (Mt 13, 18-23)
- « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive » (Mt 10, 34 – 11, 1)
- Une âme choisie : le détour de Jésus vers la Cananéenne
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