Le sang de Beyrouth entre à l’ONU : la nomination qui déplace la voix du Saint-Siège

Un archevêque libanais formé par le deuil devient la voix du Saint-Siège à l'ONU : ce que révèle ce choix de Léon XIV.

Équipe Via Bible
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Le 25 juillet dernier, un bulletin aussi laconique que tous ceux qui rythment la vie administrative du Saint-Siège a discrètement déplacé une frontière que l’on croyait figée depuis soixante-deux ans. En nommant Mgr Christophe-Zakhia El-Kassis observateur permanent auprès des Nations unies à New York, le pape Léon XIV n’a pas seulement pourvu un poste diplomatique vacant. Il a confié pour la première fois la voix du Saint-Siège à l’Assemblée générale à un archevêque du Moyen-Orient, maronite de rite oriental, né à Beyrouth dans une Église qui a passé toute son histoire en minorité au sein d’un monde majoritairement musulman. Depuis l’ouverture de la mission d’observation en 1964, sept hommes s’étaient succédé à cette tribune : Alberto Giovannetti, Giovanni Cheli, Renato Martino, Celestino Migliore, Francis Chullikatt, Bernardito Auza et Mgr Gabriele Caccia, désormais nonce apostolique aux États-Unis. Cinq d’entre eux étaient italiens, un indien, un philippin. Aucun n’était originaire de cette terre où, précisément aujourd’hui, les chrétiens paient de leur sang la fidélité à leur peuple.

Ce choix n’a fait l’objet d’aucune conférence de presse, d’aucune note explicative. Il a été publié comme un item de routine, noyé dans la liste quotidienne des nominations. Mais le silence protocolaire ne doit pas tromper : dans la diplomatie du Saint-Siège, la gestion du personnel est un acte théologique autant que politique, et le choix d’un visage pour représenter l’Église devant les nations dit toujours quelque chose de ce que cette Église entend porter dans le monde.

Le sang de Beyrouth entre à l'ONU : la nomination qui déplace la voix du Saint-Siège

Un nonce venu de la péninsule arabique, formé par la douleur de sa terre

Un parcours diplomatique tissé dans les périphéries

Né le 24 août 1968 à Beyrouth, ordonné prêtre en mai 1994 pour l’éparchie maronite de Beyrouth, Mgr El-Kassis entre au service diplomatique du Saint-Siège en 2000. Ses premiers postes le conduisent en Indonésie, au Soudan puis en Turquie, avant plus d’une décennie passée à la section pour les relations avec les États de la secrétairerie d’État, à Rome. Le pape François le nomme archevêque en novembre 2018 et l’envoie comme nonce au Pakistan ; il reçoit la consécration épiscopale des mains du cardinal Pietro Parolin en janvier 2019. En janvier 2023, il devient le premier nonce résidant à la nonciature d’Abou Dabi, ouverte l’année précédente, puis se voit confier en juillet 2024 le Yémen et la délégation apostolique pour l’ensemble de la péninsule arabique. Polyglotte accompli, il travaille en huit langues, dont l’arabe et l’indonésien. Ce curriculum n’est pas celui d’un fonctionnaire de carrière parmi d’autres : c’est celui d’un homme qui a passé l’essentiel de sa vie sacerdotale au contact direct des minorités chrétiennes vivant sous statut précaire, en terre d’islam, dans des pays où l’Église catholique ne dispose parfois d’aucune reconnaissance civile pleine et entière.

C’est précisément cette expérience que Léon XIV transporte désormais dans l’enceinte de l’Assemblée générale des Nations unies, cette salle où le Saint-Siège occupe, aux côtés du seul État de Palestine, un statut d’observateur permanent qui l’autorise à prendre la parole, à déposer des propositions, à participer aux négociations, sans toutefois disposer d’un droit de vote. Ce que le Vatican apporte dans cette enceinte n’a jamais été une force de contrainte, mais un argument moral. Léon XIV vient précisément de donner à cet argument un accent, une mémoire et une chair venus du Moyen-Orient.

Le pays que quitte le nouvel observateur est encore sous les bombes

Il faut mesurer ce que signifie, concrètement, le fait d’envoyer à New York un archevêque libanais au moment précis où le Liban continue de payer un tribut de sang exorbitant. Depuis la reprise des hostilités en mars dernier, dans le sillage de frappes américano-israéliennes contre l’Iran, des divisions israéliennes ont pénétré le sud du Liban ; les décomptes disponibles fin juin évoquaient plusieurs milliers de morts et plus d’un million de déplacés, soit près d’un cinquième de la population du pays. Un accord-cadre signé fin juin conditionne le retrait israélien à un désarmement vérifié du Hezbollah, que son secrétaire général qualifie publiquement de nul et non avenu, tandis que le gouvernement israélien annonce le maintien d’une zone de sécurité. Le président libanais Joseph Aoun a lui-même plaidé, dans le Bureau ovale, pour un retrait des troupes et une aide à la reconstruction. Léon XIV connaît ce pays autrement que par les dépêches : il s’y est rendu en personne, a prié au tombeau de saint Charbel à Annaya, s’est recueilli en silence sur le port de Beyrouth où l’explosion de 2020 a fauché des centaines de vies, et a célébré sur le front de mer une messe qui a rassemblé environ cent cinquante mille fidèles.

C’est dans ce pays en sang qu’un tir de char israélien a tué, le 9 mars dernier, le père Pierre el-Raï, curé maronite de la paroisse Saint-Georges de Qlayaa, alors qu’il courait porter secours à une famille blessée après un premier obus. Léon XIV a salué en lui, lors de l’audience générale suivante, « un véritable berger, qui est toujours resté aux côtés de son peuple avec l’amour et le sacrifice de Jésus, le Bon Pasteur », et a prié pour que le sang versé devienne « une semence de paix pour le bien-aimé Liban ». Nommer, quelques semaines plus tard, un archevêque maronite à la tribune des Nations unies n’est donc pas un geste isolé : c’est la continuation, par d’autres moyens, du même souci pastoral. Le deuil d’un curé de village lors d’une audience du mercredi relevait de la charité pastorale ; donner à son compatriote une place à l’Assemblée générale relève de la stratégie, car les gouvernements qui ont trouvé la parole de ce pape gênante trouveront son diplomate considérablement plus difficile à ignorer.

Le poids symbolique d’un statut d’observateur permanent vieux de six décennies

Le statut d’observateur permanent que détient le Saint-Siège auprès de l’Organisation des Nations unies remonte à 1964, année où l’Assemblée générale a reconnu à la papauté une place singulière, ni celle d’un État membre de plein droit, ni celle d’une simple organisation non gouvernementale. Cette position hybride, partagée aujourd’hui avec le seul État de Palestine, permet à son titulaire de s’exprimer dans la plupart des grandes commissions, de déposer des textes, de participer aux négociations sur les résolutions, sans toutefois disposer d’un bulletin de vote. Pendant plus de six décennies, cette fonction a presque exclusivement été confiée à des prélats formés dans les couloirs de la curie romaine, rompus aux usages feutrés de la diplomatie multilatérale mais rarement issus des terrains mêmes que le Saint-Siège prétendait défendre. Le choix de Mgr El-Kassis rompt avec cette habitude sans la renier : il demeure un diplomate de carrière, formé à Rome, connaissant intimement les rouages de la secrétairerie d’État, mais il y ajoute une expérience que ses prédécesseurs n’avaient pas, celle d’avoir vécu et servi, année après année, au cœur même des tensions qu’il sera désormais chargé de porter devant les nations.

La théologie discrète d’une représentation qui vient d’en bas

Quand celui qui parle pour son peuple est aussi celui qui en porte la blessure

L’enseignement social catholique répète, depuis des décennies, que les pauvres et les blessés ne sont jamais de simples objets de discussion entre puissants. La solidarité authentique suppose que la partie lésée dispose elle-même d’une voix et d’un espace pour s’exprimer, non par le truchement exclusif d’intercesseurs extérieurs à sa souffrance. Pendant soixante-deux ans, le Saint-Siège a plaidé pour la paix au Moyen-Orient à l’ONU par la bouche d’envoyés formés à Rome, souvent étrangers à la région qu’ils défendaient. Désormais, cette plaidoirie sera portée par quelqu’un qui a vécu, dans sa propre chair ecclésiale, la douleur de cette guerre.

Cette dynamique trouve un écho saisissant dans le livre d’Esther, où Mardochée presse sa nièce devenue reine d’intervenir pour son peuple menacé d’extermination, alors qu’elle risque sa propre vie en se présentant devant le roi sans y avoir été convoquée : « Qui sait si ce n’est pas pour un temps comme celui-ci que tu es parvenue à la dignité royale ? » (Est 4, 14). Cette parole ne s’adresse pas seulement à une reine de fiction lointaine ; elle éclaire ce que signifie, très concrètement, le fait qu’un homme né à Beyrouth, ordonné pour une Église qui enterre ses prêtres sous les tirs de char, se retrouve investi, précisément maintenant, d’une charge que nul de ses prédécesseurs n’a occupée dans ces circonstances. La dignité de la fonction ne précède pas la vocation à porter la cause de son peuple : c’est la vocation qui, providentiellement, rejoint la fonction.

Un autre texte, moins fréquenté encore, éclaire cette même logique de représentation incarnée. Lorsque Néhémie, échanson à la cour perse, apprend que les remparts de Jérusalem sont abattus et ses portes calcinées, il ne se contente pas de pleurer sa ville depuis l’exil : il obtient du roi Artaxerxès la permission de se rendre lui-même sur place, en portant sa requête au nom de son peuple dispersé, avec cette précision qui dit tout du courage requis pour parler depuis une position de vulnérabilité : « Le roi me dit : « Que demandes-tu ? » Je priai le Dieu du ciel, puis je répondis au roi » (Ne 2, 4-5). Ce mouvement — la prière silencieuse juste avant la parole publique, la brève respiration entre la peur et l’audace de la requête — décrit assez fidèlement ce que suppose, pour un diplomate venu d’une terre en guerre, le fait de prendre la parole devant une assemblée de nations qui ne partagent pas toujours ses urgences.

L’ambassade comme vocation ecclésiale et non comme simple fonction

Il serait toutefois réducteur de ne voir dans cette nomination qu’une habile manœuvre géopolitique. Elle s’enracine dans une conception très ancienne de la mission chrétienne, celle que saint Paul résume avec une densité rare lorsqu’il écrit aux Corinthiens : « Nous sommes donc en ambassade pour le Christ, comme si Dieu exhortait par nous » (2 Co 5, 20). L’ambassadeur paulinien ne défend pas d’abord des intérêts nationaux ; il porte une réconciliation, il parle au nom d’un absent dont il rend la présence crédible par sa propre vie. Or Mgr El-Kassis rend crédible, par sa seule biographie, ce que le Saint-Siège proclame depuis des décennies sur la dignité des minorités religieuses et le droit des peuples à ne pas être réduits au silence : il n’a pas besoin de convaincre par la rhétorique, il incarne la question qu’il vient plaider.

Cette théologie de l’ambassade incarnée rejoint une intuition constante de l’ecclésiologie catholique, celle du corps mystique où chaque membre souffrant affecte l’ensemble et où, réciproquement, chaque membre est appelé à porter au nom de tous une part de la mission commune. Un nonce italien parlant du Moyen-Orient depuis Rome représentait légitimement l’universalité de l’Église ; un archevêque maronite parlant du Moyen-Orient depuis sa propre mémoire de deuil incarne, en plus, la particularité irréductible d’une Église locale qui a payé son appartenance au corps du Christ d’un prix bien concret. Léon XIV, en opérant ce choix, ne renie rien de l’universalité romaine ; il l’enrichit d’une chair orientale que la diplomatie vaticane n’avait jamais, jusqu’ici, laissée s’exprimer à ce niveau.

Une tradition orientale enfin représentée au sommet de la diplomatie vaticane

Il faut mesurer aussi ce que signifie, pour les Églises orientales catholiques, le fait de voir l’un des leurs accéder à une fonction qui leur avait toujours été fermée jusqu’ici. L’Église maronite, unie à Rome depuis des siècles tout en conservant sa liturgie, son droit propre et sa hiérarchie patriarcale, occupe une place singulière dans la communion catholique : elle n’a jamais connu de rupture avec le siège de Pierre, mais elle porte, dans sa mémoire collective, l’expérience d’une survie ininterrompue au sein d’un environnement où elle demeure minoritaire. Que Léon XIV ait choisi, pour représenter l’ensemble de l’Église catholique devant les nations, un fils de cette tradition précise, n’est pas un détail protocolaire. C’est une reconnaissance implicite que l’universalité romaine ne se réduit pas à l’uniformité latine, et que la richesse des Églises sui iuris constitue une ressource diplomatique et spirituelle que le Saint-Siège aurait tort de continuer à sous-exploiter. Cette dimension rejoint d’ailleurs une intuition constante du magistère depuis le concile Vatican II, qui a rappelé la valeur propre des traditions orientales et leur contribution irremplaçable à la catholicité de l’Église tout entière.

Lectio divina

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Lectio — Lire

« Qui sait si ce n'est pas pour un temps comme celui-ci que tu es parvenue à la dignité royale ? » Est 4, 14

🧠
Meditatio — Méditer

Toi qui te tiens parfois en marge, à distance des lieux où se décide le sort des autres, as-tu déjà senti que ta propre blessure pouvait devenir, un jour, la clef d'une porte fermée à tous les autres ? Que ferais-tu si l'heure venait où ta fidélité discrète, celle que personne ne remarque, se révélait soudain nécessaire à des multitudes que tu ne connais pas ? Oses-tu croire que ce que tu as souffert n'est pas une simple perte, mais une préparation silencieuse à une mission que Dieu seul voit déjà se dessiner ? Que dirais-tu, si on te demandait aujourd'hui de parler, non pour toi, mais pour ceux qui n'ont plus de voix ?

🙏
Oratio — Prier

Seigneur, toi qui places l'exilé à la porte du roi et le berger devant l'assemblée des puissants, regarde ceux qui portent aujourd'hui la voix des sans-voix. Tu connais le poids d'une parole prononcée depuis la blessure. Tu sais ce que coûte de parler quand on tremble encore du deuil récent. Donne à ceux que tu envoies la force tranquille de Néhémie devant Artaxerxès et le courage silencieux d'Esther devant le trône. Fais que leur parole, née de la souffrance, devienne semence de paix pour les peuples qu'ils représentent.

Contemplatio — Contempler

Une main levée dans une salle immense, portant encore la poussière d'une terre en deuil.

Ce que cette nomination va changer dans les dossiers brûlants

Une relation avec Jérusalem déjà tendue par les mots et par les actes

Pour comprendre la portée de ce choix, il faut le replacer dans le contexte d’une relation entre le Saint-Siège et le gouvernement de Benyamin Netanyahou qui s’est considérablement tendue depuis deux ans. Fin 2024 déjà, le ministère israélien des Affaires étrangères avait convoqué le nonce apostolique après que le pape François eut qualifié de cruauté certaines opérations touchant des enfants à Gaza. En octobre dernier, l’ambassade israélienne près le Saint-Siège a publiquement critiqué le cardinal Pietro Parolin pour avoir employé le mot « massacre » aussi bien à propos de l’attaque du 7 octobre que de la campagne militaire à Gaza, estimant qu’il n’existait aucune équivalence morale entre un État démocratique protégeant ses citoyens et une organisation terroriste. Léon XIV a soutenu publiquement son secrétaire d’État ce jour-là, affirmant que Mgr Parolin avait exprimé « très clairement la position du Saint-Siège ». Quelques mois plus tôt, la police israélienne avait interdit au cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, l’accès au Saint-Sépulcre le dimanche des Rameaux, provoquant une protestation officielle du Vatican.

Derrière ces frictions diplomatiques se cache un climat plus sourd, documenté sur le terrain : des organismes spécialisés en Terre sainte ont recensé plusieurs dizaines d’actes de harcèlement contre des chrétiens sur un seul trimestre récent, une religieuse française agressée près du Cénacle, une foule scandant des propos hostiles aux chrétiens devant une église de Jérusalem. C’est dans ce climat précis qu’entre, à la tribune des Nations unies, un archevêque maronite venu de Beyrouth. Sa seule présence rendra plus difficile, pour quiconque voudrait la relativiser, la mise à distance rhétorique de la souffrance chrétienne au Proche-Orient : elle aura désormais un visage, une voix, une biographie vérifiable et incontestable.

Gaza, l’autre plaie ouverte que la diplomatie vaticane ne peut plus contourner

L’autre dossier que ce nouvel observateur permanent héritera immédiatement est celui de la petite communauté catholique de Gaza, réduite à une seule paroisse, celle de la Sainte-Famille, où des centaines de déplacés ont trouvé refuge depuis le début du conflit. Un bombardement a récemment touché ce sanctuaire, tuant plusieurs civils qui s’y trouvaient abrités, avant que l’armée concernée n’attribue l’incident à une déviation involontaire de munition. Le lendemain, un appel téléphonique a eu lieu entre les autorités israéliennes et le pape ; le dimanche suivant, lors de l’Angélus, Léon XIV a appelé à mettre fin immédiatement à ce qu’il a nommé la barbarie de la guerre et a exigé le respect de l’interdiction de la punition collective. Le curé de cette paroisse, prêtre argentin blessé lors de cette même attaque, entretenait avec le pape François, avant sa mort, un lien d’une intimité peu commune : celui-ci l’appelait presque chaque soir pour prendre des nouvelles de la communauté, jusqu’à son dernier coup de fil au Samedi saint 2025, deux jours avant sa propre mort.

C’est ce dossier, entre tant d’autres, que Mgr El-Kassis devra désormais porter à la tribune de l’Assemblée générale, aux côtés de son homologue de Genève, Mgr Ettore Balestrero. Le fait qu’il le fasse en tant que premier évêque du Moyen-Orient à occuper cette fonction, et premier catholique oriental dans une lignée jusqu’ici entièrement latine, donne à sa parole une légitimité que ni la rhétorique la plus soignée ni la meilleure formation diplomatique romaine n’auraient pu, à elles seules, procurer. Léon XIV a compris que dans un monde saturé de communiqués et d’éléments de langage, seule une voix incarnée par l’expérience réelle du deuil peut encore percer l’indifférence des chancelleries.

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Une diplomatie de l’incarnation plutôt que de la seule expertise

Ce choix révèle enfin une conception du gouvernement ecclésial qui mérite d’être soulignée pour elle-même, indépendamment même du contexte moyen-oriental. Léon XIV n’a pas seulement cherché le meilleur technicien disponible pour occuper un poste à haute visibilité ; il a cherché l’homme dont la trajectoire personnelle donnerait chair à la parole que l’Église souhaite porter. C’est une manière de gouverner qui prend au sérieux l’idée que la vérité annoncée gagne en crédibilité lorsqu’elle est portée par quelqu’un qui l’a payée de sa propre expérience, et non par un porte-parole techniquement irréprochable mais étranger à ce dont il parle.

Cette intuition n’est pas nouvelle dans l’histoire de l’Église : elle traverse toute la tradition des Pères du désert, pour qui l’autorité spirituelle authentique ne se sépare jamais de l’expérience vécue de la lutte et de la conversion. Elle traverse aussi la pensée des grands docteurs orientaux, pour qui la théologie n’est jamais un exercice purement spéculatif mais toujours une doxologie née de l’épreuve. En choisissant un archevêque maronite formé par des années passées au contact de minorités chrétiennes fragiles, dans des pays où l’islam est la religion très largement majoritaire, Léon XIV inscrit sa diplomatie dans cette même tradition : celle où l’on ne parle jamais bien de la souffrance des autres sans avoir, d’une manière ou d’une autre, partagé quelque chose de leur condition.

Les dossiers migratoires, terrain d’épreuve immédiat pour la nouvelle voix romaine

Au-delà des crises libanaise et gazaouie, c’est tout l’agenda migratoire des Nations unies que ce nouvel observateur permanent va devoir désormais investir. Les flux de déplacés provoqués par les conflits du Moyen-Orient, les naufrages en Méditerranée, les politiques de plus en plus restrictives adoptées par plusieurs États occidentaux à l’égard des demandeurs d’asile : sur tous ces fronts, le Saint-Siège maintient depuis des années une ligne constante, fondée sur la dignité inconditionnelle de la personne humaine et sur le devoir d’accueil que rappelle sans relâche la doctrine sociale de l’Église. Or nul n’est mieux placé pour porter cette exigence avec crédibilité qu’un homme qui a lui-même vu, dans son propre pays, plus d’un million de compatriotes jetés sur les routes de l’exil intérieur en quelques mois de guerre. Là encore, l’expérience personnelle du nouvel observateur permanent ne fait pas seulement de lui un porte-parole compétent : elle fait de lui un témoin dont la parole engage sa propre chair, et c’est précisément ce type de témoignage incarné que la diplomatie contemporaine, souvent lassée des éléments de langage interchangeables, se trouve la plus démunie pour contredire.

Il reste à observer, dans les mois qui viennent, comment cette voix nouvelle infléchira concrètement les prises de position du Saint-Siège sur les grands dossiers migratoires et humanitaires qui saturent l’agenda des Nations unies : déplacements massifs de populations au Liban, blocus et destructions à Gaza, protection des minorités religieuses dans l’ensemble de la péninsule arabique. Mais d’ores et déjà, un fait est acquis, et il dépasse la simple anecdote protocolaire : pour la première fois depuis soixante-deux ans, quand le Saint-Siège prendra la parole devant l’Assemblée générale des Nations unies, cette parole portera, dans son timbre même, l’accent d’une terre qui saigne encore.

✝ Références bibliques

3 passages · 3 livres
Esther
📖 Codex — Livre biblique

Inconnu · IVe–IIe s. av. J.-C. · 167 versets

Qui sait si ce n'est pas pour une circonstance comme celle-ci que tu es parvenue à la royauté ? (Est 4,14)

Comment Esther sauve le peuple juif de l'extermination dans l'empire perse.

→ Explorer le Codex Esther

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