- L’idolâtrie du nationalisme : un péché théologique, pas seulement politique
- Ce que signifie le mot « idolâtrie » dans la bouche d’un évêque
- Quand la nation devient une fin en soi
- La tentation du repli et ses conséquences spirituelles
- Les racines chrétiennes de l’Europe : mémoire et projet
- L’Europe n’est pas née du vide
- Ce que l’Europe a oublié — et ce qu’elle peut retrouver
- La paix comme fruit de l’Évangile
- La force de l’espérance : ce que l’Église offre à l’Europe d’aujourd’hui
- L’espérance n’est pas l’optimisme
- L’Église comme espace de fraternité concrète
- Une Europe solidaire : le défi social au cœur de la foi
- La responsabilité des fidèles laïcs
- Vers une Europe de l’esprit : conclusion prophétique
- ✝ Références bibliques
Il est des moments dans l’histoire où le silence de l’Église serait lui-même une prise de position. Alors que le continent européen traverse une période de turbulences inédites depuis des décennies — guerres aux frontières de l’Est, montée des nationalismes, fractures sociales et culturelles, désenchantement démocratique —, quatre des plus importantes conférences épiscopales d’Europe ont choisi de parler d’une seule voix. Le cardinal Matteo Zuppi pour l’Italie, le cardinal Jean-Marc Aveline pour la France, l’archevêque Tadeusz Wojda pour la Pologne et Mgr Georg Bätzing pour l’Allemagne ont cosigné un texte commun intitulé Chrétiens pour l’Europe. La force de l’espérance. Ce n’est pas un communiqué diplomatique de plus. C’est un acte théologique, un acte prophétique, qui pose une question fondamentale : de quoi l’Europe est-elle le nom ? Est-elle un marché, une somme d’intérêts nationaux, un espace de concurrence ? Ou bien est-elle, comme ses fondateurs le croyaient, une promesse de paix fondée sur la dignité de l’homme créé à l’image de Dieu ?
La réponse que ces évêques apportent engage bien plus que la politique. Elle engage la foi elle-même.
L’idolâtrie du nationalisme : un péché théologique, pas seulement politique
Ce que signifie le mot « idolâtrie » dans la bouche d’un évêque
Lorsque les quatre conférences épiscopales utilisent l’expression « idolâtrie du nationalisme », elles ne font pas de la rhétorique. Elles parlent avec une précision théologique redoutable. L’idolâtrie, dans la tradition biblique et chrétienne, n’est pas simplement le fait de se prosterner devant une statue. C’est l’acte de placer une réalité créée — fût-elle belle, légitime, aimée — à la place de Dieu. C’est substituer à l’Absolu une valeur relative, et lui rendre un culte qui ne lui est pas dû.
Le nationalisme, entendu dans ce sens idolâtrique, n’est pas l’amour sain de sa patrie, de sa culture, de sa langue. Cet amour-là est naturel, et saint Augustin lui-même reconnaissait dans l’amor patriae une forme d’attachement légitime inscrit dans la condition humaine. Le nationalisme idolâtrique, c’est celui qui érige la nation en valeur suprême, qui lui sacrifie la justice, la vérité, la fraternité, et qui finit par déshumaniser l’autre — l’étranger, le réfugié, le voisin de l’Est ou du Sud — au nom de la pureté du groupe.
Benoît XVI avait déjà mis en garde, dans son encyclique Caritas in veritate (2009), contre les « nationalismes fermés » qui constituent une menace pour la construction d’un ordre mondial fondé sur la solidarité. Jean-Paul II, lui, s’exprimant en 1980 devant le Parlement européen, avait exhorté les nations à ne pas tomber dans le piège d’un repli sur soi qui serait « une trahison de leur propre histoire ». Ces mises en garde ne datent pas d’hier. Mais elles résonnent aujourd’hui avec une acuité particulière.
Quand la nation devient une fin en soi
L’histoire du XXe siècle a montré jusqu’où peut mener l’absolutisation de la nation. Les évêques qui signent cet appel appartiennent à quatre pays qui ont tous, à des degrés divers, connu les ravages du nationalisme exacerbé : l’Italie fasciste, la France de Vichy, l’Allemagne nazie, la Pologne occupée et meurtrie. Ce n’est pas un hasard si ces quatre conférences épiscopales se retrouvent ensemble pour signer ce texte. C’est précisément parce qu’elles portent en elles la mémoire douloureuse de ce que le nationalisme idolâtrique peut produire qu’elles se sentent investies d’une responsabilité historique et spirituelle.
Le cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, une ville qui est elle-même un carrefour de civilisations et de migrations, comprend mieux que quiconque ce que signifie concrètement la rencontre des peuples. Dans ses interventions publiques, il a souvent insisté sur ce qu’il appelle « l’hospitalité comme vocation chrétienne ». Cette hospitalité n’est pas naïveté politique. Elle est enracinée dans la foi : l’étranger que j’accueille, c’est le Christ que j’accueille — « J’étais étranger, et vous m’avez accueilli » (Mt 25, 35).
Ce verset de l’Évangile de Matthieu n’est pas une métaphore pieuse. C’est une clé herméneutique pour lire la crise européenne. Quand les nations ferment leurs frontières à ceux qui fuient la guerre ou la misère, quand les discours politiques déshumanisent les migrants pour en faire un « problème » à gérer plutôt que des personnes à respecter, l’Église ne peut pas se taire. Elle trahirait son Seigneur.
La tentation du repli et ses conséquences spirituelles
Le théologien Karl Rahner écrivait que le christianisme est par nature une foi universelle, ou il n’est pas. Il n’existe pas de « christianisme national » authentique, pas de Christ qui serait d’abord français, allemand ou polonais avant d’être Seigneur de tous les hommes. Cette universalité de la foi est l’antidote naturel au nationalisme fermé. Lorsqu’une communauté chrétienne se laisse absorber par un projet national exclusif, elle cesse d’être pleinement catholique au sens étymologique du terme — katholikos, c’est-à-dire universel.
Le cardinal Robert Sarah, bien qu’il ne soit pas signataire de ce texte, a souvent rappelé que l’Église ne doit pas se laisser instrumentaliser par les idéologies politiques, quelles qu’elles soient. Cette mise en garde vaut dans les deux sens : contre l’instrumentalisation par les idéologies progressistes, certes, mais aussi contre l’instrumentalisation par les mouvements nationalistes qui voudraient faire du christianisme le ciment d’une identité ethnique ou culturelle exclusive.
L’appel des quatre conférences épiscopales s’inscrit précisément dans cette ligne : refuser que la foi soit réduite à un marqueur identitaire, et réaffirmer sa dimension prophétique, universelle et libératrice.
Les racines chrétiennes de l’Europe : mémoire et projet
L’Europe n’est pas née du vide
Pour comprendre l’urgence de cet appel, il faut rappeler ce que fut la genèse du projet européen. L’Union européenne n’est pas née d’un calcul purement économique. Elle est née dans les décombres de la Seconde Guerre mondiale, portée par des hommes profondément chrétiens : Robert Schuman, Konrad Adenauer, Alcide De Gasperi. Ces trois pères fondateurs étaient tous des catholiques convaincus, dont la vision politique était explicitement nourrie par la doctrine sociale de l’Église, par le personnalisme chrétien d’Emmanuel Mounier et Jacques Maritain, par la conviction que la dignité humaine est inviolable parce qu’elle est d’origine divine.
Robert Schuman, dont la cause de béatification est ouverte, écrivait : « La démocratie sera chrétienne ou ne sera pas. » Ce n’était pas une déclaration intégriste. C’était la reconnaissance que sans un fondement éthique enraciné dans la transcendance, les institutions humaines finissent par se dévorer elles-mêmes. L’histoire lui a donné raison : les régimes totalitaires du XXe siècle ont tous commencé par vouloir construire l’homme sans Dieu, et ont fini par construire l’enfer sur terre.
Ce que l’Europe a oublié — et ce qu’elle peut retrouver
Depuis plusieurs décennies, l’Union européenne s’est construite en mettant entre parenthèses ses racines chrétiennes. La question des « racines chrétiennes de l’Europe » dans le préambule de la Constitution européenne avait cristallisé, au début des années 2000, un débat révélateur. Jean-Paul II s’était engagé personnellement pour que cette mention soit incluse, écrivant avec une vigueur prophétique : « Une communauté qui se construit en renvoyant Dieu dans la sphère du privé construit sur du sable. »
Le pape François, dans son discours prononcé lors de la réception du Prix Charlemagne en 2016, avait formulé une vision saisissante : celle d’une Europe « grand-mère » devenue stérile, qui a perdu sa capacité d’engendrement, son élan vital, son courage de rêver. Il appelait à une Europe « mère », capable de donner la vie, d’accueillir, de protéger, de projeter vers l’avenir. Cette image n’est pas accessoire : elle dit quelque chose de profond sur la vocation du continent, sur ce que les chrétiens sont appelés à y construire.
L’appel Chrétiens pour l’Europe s’inscrit dans la droite ligne de ce discours pontifical. Il ne s’agit pas de restaurer une chrétienté médiévale ni d’imposer des valeurs religieuses à des sociétés pluralistes. Il s’agit de rappeler que l’Europe a une âme, et que cette âme a des contours spirituels et humanistes sans lesquels le projet européen se vide de son sens.
La paix comme fruit de l’Évangile
Au cœur de l’appel des évêques se trouve une conviction fondamentale : la paix n’est pas seulement l’absence de guerre. La paix, dans la tradition biblique et chrétienne, c’est le shalom hébreu — une plénitude de vie, de justice, de communion entre les personnes et les peuples. C’est dans cette perspective que l’on comprend pourquoi l’Europe, berceau de tant de conflits fratricides, peut et doit être le lieu d’une civilisation de la paix.
L’apôtre Paul, dans sa lettre aux Éphésiens, écrit : « Il est notre paix, lui qui des deux peuples n’en a fait qu’un, détruisant le mur de séparation, l’hostilité » (Ep 2, 14). Cette parole, adressée à des communautés qui vivaient la fracture entre Juifs et non-Juifs, résonne d’une étrange actualité dans un continent où les murs — physiques et symboliques — se multiplient à nouveau. Le Christ, dit Paul, est celui qui abat les murs. L’Église, en tant que corps du Christ, est donc structurellement une communauté qui s’oppose aux murs, non par idéologie, mais par fidélité à son Seigneur.
Mgr Mariano Crociata, président de la COMECE (Commission des épiscopats de l’Union européenne), a parfaitement saisi cela lorsqu’il a salué l’initiative des quatre conférences épiscopales comme « un signe que l’Esprit appelle l’Église en Europe à offrir un message de paix à un moment crucial ». L’Esprit Saint, dans la tradition catholique, est précisément la force qui unit, qui réconcilie, qui rassemble ce qui est dispersé — Spiritus qui unit in unum.
La force de l’espérance : ce que l’Église offre à l’Europe d’aujourd’hui
L’espérance n’est pas l’optimisme
Le titre de l’appel épiscopal — La force de l’espérance — mérite qu’on s’y arrête. Il ne s’agit pas d’espoir au sens courant du terme, cet espoir fragile qui dépend des circonstances et s’effondre quand elles deviennent adverses. Il s’agit de l’espérance théologale, cette vertu que le Catéchisme de l’Église catholique définit comme « la vertu théologale par laquelle nous désirons le Royaume des cieux et la vie éternelle comme notre bonheur, en mettant notre confiance dans les promesses du Christ et en nous appuyant sur le secours de la grâce du Saint-Esprit ».
Cette distinction est capitale pour comprendre l’apport spécifique que l’Église peut offrir à l’Europe. L’Église n’est pas un think tank politique, ni une ONG humanitaire, ni un parti de valeurs. Elle est la gardienne d’une espérance qui transcende les conjonctures historiques. C’est précisément parce que son espérance ne dépend pas des sondages ou des résultats électoraux qu’elle peut continuer à croire en la fraternité des peuples même quand toutes les tendances semblent aller dans le sens inverse.
Le théologien allemand Jürgen Moltmann, dans sa célèbre Théologie de l’espérance, a montré que le christianisme est fondamentalement une religion de l’avenir, de la promesse, du encore-pas qui oriente déjà le présent. Cette orientation eschatologique n’est pas une fuite du réel : elle est au contraire ce qui permet d’agir dans le présent sans désespérer des résistances et des échecs.
L’Église comme espace de fraternité concrète
Au-delà des déclarations, l’Église en Europe est une réalité concrète qui produit déjà, silencieusement, ce qu’elle prêche. Des millions de catholiques européens vivent chaque jour dans des paroisses, des associations, des mouvements qui tissent des liens par-delà les frontières nationales. Le pèlerinage de Taizé, les JMJ, les rencontres internationales des mouvements ecclésiaux comme la Communauté de Sant’Egidio ou le Renouveau charismatique : autant d’espaces où des jeunes Polonais, Français, Italiens, Allemands se retrouvent frères et sœurs avant d’être concitoyens de nations différentes.
La Communauté de Sant’Egidio mérite une mention particulière. Fondée à Rome, elle est présente dans des dizaines de pays européens et développe depuis des décennies une diplomatie de paix fondée sur la prière et le dialogue. Le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège, a souvent souligné que l’Église dispose d’une « diplomatie de l’amour » irremplaçable, capable d’ouvrir des portes que les chancelleries officielles ne peuvent pas franchir.
C’est là la contribution unique que l’Église peut apporter à la construction européenne : non pas un programme politique clé en main, mais un art de vivre ensemble, une culture du dialogue et de la réconciliation qui a fait ses preuves dans les pires heures de l’histoire du continent.
Une Europe solidaire : le défi social au cœur de la foi
L’appel des quatre conférences épiscopales insiste sur la solidarité comme dimension essentielle du projet européen chrétien. Ce n’est pas un hasard. La doctrine sociale de l’Église, depuis Rerum novarum de Léon XIII jusqu’aux encycliques du pape François — Laudato si’ et Laudate Deum — a constamment rappelé que la foi chrétienne a des implications économiques et sociales qui ne peuvent être réduites à la sphère privée.
Une Europe qui se contente d’être un marché unique sans solidarité réelle entre ses membres riches et ses membres pauvres trahit ses propres valeurs fondatrices. Le cardinal Reinhard Marx, archevêque de Munich et figure majeure de la réflexion sociale catholique en Allemagne, a souvent développé cette ligne : le marché a ses vertus, mais il a aussi ses limites, et sans une politique de solidarité active, il génère des inégalités qui deviennent des bombes à retardement pour la démocratie elle-même.
L’Évangile est sans ambiguïté sur ce point : « Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent » (Mt 6, 24). Cette parole de Jésus n’est pas une condamnation de l’économie en tant que telle. C’est un avertissement contre l’absolutisation des logiques économiques, contre la réduction de l’être humain à sa valeur productive. Une Europe chrétienne est une Europe qui met l’homme avant les marchés, qui mesure sa réussite non seulement à son PIB mais à la dignité de vie offerte à ses membres les plus vulnérables.
La responsabilité des fidèles laïcs
L’appel Chrétiens pour l’Europe ne s’adresse pas seulement aux gouvernants ni aux institutions. Il interpelle chaque catholique dans sa responsabilité de citoyen. Le Concile Vatican II, dans la constitution pastorale Gaudium et spes, avait clairement établi que les fidèles laïcs ont la mission propre d’animer les réalités temporelles — la politique, l’économie, la culture — à partir des valeurs évangéliques.
Ce n’est pas aux évêques de faire de la politique au sens partisan du terme. Mais c’est aux laïcs chrétiens de s’engager dans la vie démocratique de leur pays et de leur continent en portant une vision de l’homme et du bien commun enracinée dans leur foi. Le cardinal Aveline a rappelé récemment que « l’engagement politique est pour un chrétien une forme de charité », reprenant une formule de saint Paul VI dans Octogesima adveniens (1971).
Cette responsabilité est d’autant plus urgente que l’abstention électorale progresse dans de nombreux pays européens, que les extrémismes prospèrent souvent sur le terreau de la désillusion démocratique, et que les valeurs de solidarité et de fraternité qui devraient structurer le débat public y sont de plus en plus marginalisées. Les chrétiens ne peuvent pas s’absenter de ce débat. Ils y ont une contribution irremplaçable à apporter, non pas comme groupe de pression confessionnel, mais comme porteurs d’une vision de l’homme pleinement humaniste et ouverte à la transcendance.
Vers une Europe de l’esprit : conclusion prophétique
L’initiative des cardinaux Zuppi et Aveline, de l’archevêque Wojda et de Mgr Bätzing n’est pas un événement médiatique de plus. C’est un acte fondateur, un geste prophétique qui rappelle à l’Église elle-même sa vocation européenne et au continent sa vocation spirituelle. Mgr Crociata a raison : c’est bien l’Esprit qui parle ici, à travers des hommes d’Église qui refusent de se taire au moment précis où leur silence serait le plus commode.
L’Europe a été construite sur la conviction que des ennemis héréditaires pouvaient devenir frères. Cette conviction n’était pas naïve : elle était fondée sur une anthropologie chrétienne qui croit que l’homme est capable de conversion, de réconciliation, de dépassement de ses instincts tribaux lorsqu’il accepte d’être habité par une grâce qui le dépasse. C’est cette conviction que les évêques réaffirment aujourd’hui, avec une audace qui force le respect et une fidélité à l’Évangile qui interpelle chacun de nous.
L’Europe de l’âme existe. Elle attend d’être construite — par des hommes et des femmes qui croient que la fraternité n’est pas une utopie, mais une promesse divine.
Sources
- Jean-Paul II, Discours au Parlement européen, Strasbourg, 1988
- Benoît XVI, Caritas in veritate, encyclique, 2009
- Pape François, Discours lors de la remise du Prix Charlemagne, Rome, 2016
- Pape François, Laudato si’, encyclique, 2015
- Concile Vatican II, Gaudium et spes, constitution pastorale, 1965
- Paul VI, Octogesima adveniens, lettre apostolique, 1971
- Léon XIII, Rerum novarum, encyclique, 1891
- Karl Rahner, Traité fondamental de la foi, Centurion, 1983
- Jürgen Moltmann, Théologie de l’espérance, Cerf, 1970
- Jacques Maritain, Humanisme intégral, Aubier, 1936
- Catéchisme de l’Église catholique, Libreria Editrice Vaticana, 1992
- COMECE, déclarations officielles, 2024–2025
✝ Références bibliques
2 passages · 1 livre
Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. (Mt 28,20)
L'Évangile du Roi : Jésus, nouveau Moïse, accomplit les Écritures pour Israël et les nations.
→ Explorer le Codex Matthieu- Apprendre la vertu des animaux : quand Chrysostome fait de la création un miroir
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