Abraham
Abraham entre dans l'histoire sacrée par une parole : « Pars de ton pays, de ta parenté, de la maison de ton père, vers le pays que je t'indiquerai. » Tout est là dès le début — l'appel, le dépouillement, la promesse, le mouvement. Dieu ne donne pas d'explication, pas de carte, pas de garantie visible. Il dit : pars, et tu verras. Abraham part. Ce départ d'Ur des Chaldéens est le geste fondateur de la foi biblique : non pas une doctrine abstraite, mais un pas concret dans l'inconnu, sur la seule parole de Dieu.
La vie d'Abram — tel est son nom primitif — est une succession d'épreuves et de promesses renouvelées. Dieu lui promet une descendance innombrable alors qu'il est vieux et que Sara est stérile. Il lui promet une terre alors qu'il y vit comme un étranger. Ces promesses semblent défier toute logique humaine. Et pourtant, Abraham croit. Paul dira plus tard que cette foi elle-même lui a été comptée comme justice : avant la Loi, avant la circoncision, la foi seule a justifié Abraham.
L'alliance est scellée dans un rituel nocturne bouleversant : Dieu seul passe entre les animaux coupés en deux. Normalement, les deux parties d'une alliance passent ensemble entre les victimes, s'obligeant mutuellement. Ici, seul Dieu passe. C'est lui qui prend l'engagement unilatéral. Abraham ne fait que recevoir. Cette asymétrie est au cœur de la théologie de l'alliance : Dieu promet librement, non contraint.
Le sommet de l'histoire d'Abraham est le sacrifice d'Isaac — l'Aqéda. Dieu demande à Abraham d'offrir son fils unique, celui par qui toutes les promesses devaient s'accomplir. Abraham part sans s'effondrer, sans discussion. Sur le mont Moriah, au moment où il lève le couteau, l'ange arrête son geste. Un bélier est substitué à Isaac. Dieu n'a jamais voulu la mort de l'enfant : il voulait savoir si Abraham placerait Dieu au-dessus même de ses espérances les plus précieuses. La réponse est oui.
Abraham mourra à un âge très avancé, ayant vu Isaac marié et ses premiers petits-fils naître. Il n'aura pas vu l'accomplissement de la promesse — la grande nation, la bénédiction sur tous les peuples. Mais il mourra dans la paix, « rassasié de jours », comme dit le texte. La tradition catholique le salue comme père de tous les croyants, ancêtre spirituel des trois grandes religions monothéistes, et modèle inépuisable de la foi qui marche sans voir.
Abraham est la figure paradigmatique de la foi dans la tradition catholique. Paul, dans l'Épître aux Romains, le présente comme le père de tous les croyants, juifs et gentils confondus : il a cru avant d'être circoncis, donc sa foi est antérieure à toute appartenance ethnique ou rituelle. Il incarne la justification par la foi, reçue comme don et non gagnée par les œuvres.
La typologique abrahamique est l'une des plus riches de toute la patristique. Le sacrifice d'Isaac préfigure la Passion du Christ : un père qui offre son fils unique, un fils qui porte le bois de sa propre immolation, une substitution vicaire à la dernière minute. Origène, dans son Homélie sur la Genèse, développe ce parallèle avec une profondeur exceptionnelle. Augustin lit en Abraham la figure de l'obéissance parfaite qui sera accomplie par le Christ, Fils obéissant jusqu'à la mort.
Lire Gn 12,1-9 →1Le Seigneur dit à Abram : Va-t-en de ton pays, de ta famille et de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai. 2Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai et je rendrai grand ton nom. Tu seras une bénédiction : 3Je bénirai ceux qui te béniront, et celui qui te maudira, je le maudirai, et toutes les familles de la terre seront bénies en toi.
Lire Gn 15,1-21 →1Après ces événements, la parole du Seigneur fut adressée à Abram en vision : Ne crains pas, Abram, je suis ton bouclier, ta récompense sera très grande. 2Abram répondit : Seigneur Dieu, que me donnerez-vous ? Je m’en vais sans enfants, et l’héritier de ma maison, c’est Éliézer de Damas. 3Et Abram dit : Voici, vous ne m’avez pas donné de postérité, et un homme attaché à ma maison sera mon héritier.
Lire Gn 17,1-27 →1Lorsque Abram fut arrivé à l’âge de quatre-vingt-dix-neuf ans, le Seigneur lui apparut et lui dit : Je suis le Dieu tout-puissant, marche devant moi et sois irréprochable : 2j’établirai mon alliance entre moi et toi, et je te multiplierai à l’infini. 3Abram tomba le visage contre terre, et Dieu lui parla ainsi :
Lire Gn 22,1-18 →1Après cela, Dieu mit Abraham à l’épreuve et lui dit : Abraham Il répondit : Me voici. 2Et Dieu dit : Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac, et va-t’en au pays de Moria, et là offre-le en holocauste sur l’une des montagnes que je t’indiquerai. 3Abraham se leva de bon matin et, ayant sellé son âne, il prit avec lui deux de ses serviteurs et son fils Isaac, il fendit le bois de l’holocauste et partit pour aller au lieu que Dieu lui avait dit.
Lire Rm 4,1-25 →1Quel avantage dirons-nous donc qu’Abraham, notre père, ait obtenu selon la chair ? 2Si Abraham a été justifié par les œuvres, il a sujet de se glorifier. Mais il n’en a pas sujet devant Dieu. 3 En effet, que dit l’Écriture ? « Abraham crut à Dieu et cela lui fut imputé à justice. »
Lire He 11,8-19 →8C’est par la foi qu’Abraham, obéissant à l’appel de Dieu, partit pour un pays qu’il devait recevoir en héritage et se mit en chemin sans savoir où il allait. 9C’est par la foi qu’il séjourna dans la terre promise, comme dans une terre étrangère, habitant sous des tentes, ainsi qu’Isaac et Jacob, héritiers comme lui de la même promesse. 10Car il attendait la cité aux solides fondements, dont Dieu est l’architecte et le constructeur.
Lire Ga 3,6-9 →6comme il est écrit : « Abraham crut à Dieu et cela lui fut imputé à justice. » 7Reconnaissez donc que ceux-là sont fils d’Abraham, qui sont de la foi. 8Aussi l’Écriture, prévoyant que Dieu justifierait les nations par la foi, annonça d’avance à Abraham cette bonne nouvelle : « Toutes les nations seront bénies en toi. »
1P 1 ch.
Ep 1 ch.
Ez 1 ch.
Is 1 ch.
Jc 1 ch.
Mc 1 ch.
Mi 1 ch.
Né 1 ch.
Sg 1 ch.
Si 1 ch.