Élie
Élie le Tishbite surgit dans le premier Livre des Rois comme une apparition fulgurante, sans généalogie développée, sans introduction progressive : il est simplement là, debout devant Achab, portant la parole de Dieu comme un feu. Son nom résume son être entier — 'Mon Dieu, c'est le Seigneur' — et cette affirmation devient le programme d'une vie entièrement tendue vers la gloire du Dieu unique contre les séductions des Baals.
Son ministère s'inscrit dans une période de crise religieuse profonde. Le roi Achab et la reine Jézabel ont instauré le culte de Baal en Israël, corrompant le peuple jusqu'aux racines. Élie proclame une sécheresse, se cache au torrent de Kerith, est nourri par les corbeaux, puis par une veuve de Sarepta dont il ressuscite le fils. Ces épisodes ne sont pas de simples miracles : ils révèlent que la Providence divine sustente le prophète même dans l'exil, et que la miséricorde de Dieu déborde les frontières d'Israël.
Le sommet de son ministère est le défi du Carmel. Face à quatre cent cinquante prophètes de Baal, seul, Élie convoque le peuple à choisir : 'Jusqu'à quand boiterez-vous des deux côtés ?' L'épreuve du feu tranche — le Dieu d'Israël répond, Baal reste muet. Mais la victoire est suivie d'un effondrement : Jézabel menace de mort le prophète, et Élie fuit dans le désert, épuisé, demandant à mourir. Dieu ne le réprimande pas : il lui envoie une nourriture miraculeuse et le laisse cheminer quarante jours jusqu'à l'Horeb, la montagne de Dieu.
Au creux de la grotte de l'Horeb, Élie entend la voix divine non dans le vent violent, ni le tremblement de terre, ni le feu, mais dans un murmure ténu, un silence sonore. Cette théophanie renverse les représentations de Dieu et introduit une mystique de la présence douce. Sa vie s'achève dans l'apothéose : il est enlevé au ciel dans un tourbillon de feu, sans connaître la mort, laissant son manteau à Élisée. L'Église le tient pour un des plus grands prophètes, et le Nouveau Testament le voit apparaître lors de la Transfiguration, aux côtés de Moïse et du Christ.
Élie est théologiquement la figure du prophète intégral : il incarne la défense jalouse de la souveraineté de Dieu contre toute idolâtrie. Les Pères, notamment Origène et Jean Chrysostome, voient en lui un modèle de vie contemplative et de combat spirituel. Son séjour au désert, sa nourriture miraculeuse et son chemin vers l'Horeb sont lus comme une préfiguration du chemin baptismal et de l'itinéraire mystique de l'âme vers Dieu. Sa solitude héroïque annonce la tradition monastique.
Dans la typologie néotestamentaire, Élie est explicitement associé à Jean-Baptiste, que Jésus désigne comme 'l'Élie qui devait venir' (Mt 11,14). La Transfiguration confirme ce statut éminent : Élie représente les Prophètes aux côtés de Moïse représentant la Loi, tous deux témoins de la gloire du Christ. Son enlèvement au ciel préfigure, selon plusieurs Pères, l'Ascension du Seigneur.
1Moab se révolta contre Israël, après la mort d’Achab.
1Lorsque le Seigneur fit monter Élie au ciel dans un tourbillon, Élie s’en allait de Galgala avec Élisée.
1Joram, fils d’Achab, devint roi d’Israël à Samarie la dix-huitième année de Josaphat, roi de Juda et il régna douze ans.
1A leurs frères, aux Juifs qui sont en Égypte : salut. Les Juifs, leurs frères, qui sont à Jérusalem et dans le pays de Juda souhaitent une heureuse paix.