Nicodème
Nicodème est présenté dans l'Évangile de Jean comme un Pharisien et un notable parmi les Juifs, membre du Sanhédrin — le conseil suprême de Jérusalem. Son nom grec ('vainqueur du peuple') est révélateur d'une position sociale élevée et d'une culture hellénisée. Il est l'un de ces hommes puissants, respectables et savants, auxquels le message de Jésus pose un défi existentiel profond : il faut naître à nouveau.
Il vient trouver Jésus de nuit — détail johannique lourd de sens. La nuit chez Jean n'est pas seulement chronologique : elle signifie l'état d'une âme qui cherche la lumière sans encore la posséder pleinement. Nicodème commence pourtant bien : il reconnaît que nul ne peut faire les signes que Jésus accomplit 'si Dieu n'est pas avec lui'. C'est une ouverture réelle, mais encore intellectuelle. La réponse de Jésus le dépasse immédiatement : 'Nul ne peut voir le Royaume de Dieu s'il ne naît d'en haut.'
Le dialogue qui s'ensuit est l'un des plus denses du quatrième évangile. Nicodème comprend littéralement là où il faut comprendre spirituellement — 'Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ?' — et cette incompréhension est pédagogique : elle arrache à Jésus le grand discours sur la naissance par l'eau et l'Esprit, puis sur le don de l'Amour du Père pour le monde. La célèbre formule de Jean 3,16 surgit dans ce contexte.
Nicodème réapparaît deux fois. Dans le débat du Sanhédrin, il défend discrètement la légalité du procès contre Jésus — intervention prudente, peut-être insuffisante, mais courageuse pour qui risque son rang. Enfin, après la mort de Jésus, il arrive avec Joseph d'Arimathée pour embaumer le corps, apportant une quantité considérable de myrrhe et d'aloès — geste royal, royal excès d'amour d'un homme qui semble avoir achevé son chemin vers la lumière au pied de la croix.
Nicodème représente la figure du chercheur de bonne foi : instruit, religieux, sincère, mais enfermé dans une compréhension naturelle et raisonnée de Dieu, que Jésus invite à franchir vers une naissance surnaturelle. Son itinéraire illustre la thèse johannique centrale que la foi est passage des ténèbres à la lumière, de la chair à l'Esprit.
Augustin, dans ses Homélies sur Jean, voit en lui le type de ces hommes qui 'croient mais n'osent pas confesser', retenus par la peur du jugement humain — ce qui fait de lui une figure intemporelle de la foi timide en chemin vers la confession publique. Sa venue finale à la croix est lue par les Pères comme l'achèvement d'une conversion progressive, type de tout catéchumène qui passe par étapes de l'obscurité à la pleine lumière pascale.