33Si un étranger vient séjourner avec vous dans votre pays, vous ne l’opprimerez pas. 34Vous traiterez l’étranger en séjour parmi vous comme un israélite de souche, tu l’aimeras comme toi même, car vous avez été étrangers dans le pays d’Égypte. Je suis le Seigneur, votre Dieu.
9Le Seigneur garde les étrangers, il soutient l’orphelin et la veuve, mais il rend tortueuse la voie des méchants.
27Il leur dit encore : « Le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat, 28c’est pourquoi le Fils de l’homme est maître même du sabbat. »
Le seuil de l’église est devenu une frontière
Une lettre, un massacre, un délai
Il arrive qu’une lettre d’évêque dise plus par son destinataire que par son contenu. Le 8 septembre, Mgr Paul Coakley, archevêque d’Oklahoma City et président de la conférence épiscopale des États-Unis, a écrit directement à Donald Trump. Il ne parle pas en politicien. Il écrit, dit-il, avec une « profonde préoccupation pastorale ». Il demande que cessent les expulsions massives vers Haïti. Il demande aussi un report forcé de départ, c’est-à-dire un délai accordé aux Haïtiens qui vivent paisiblement sur le sol américain.
La raison qu’il donne est un deuil. À Kenscoff, sur les hauteurs de Port-au-Prince, quarante-sept personnes ont été massacrées, dont des enfants et des civils venus chercher refuge dans une église. Un lieu de prière, dernier abri d’un quartier, est devenu un lieu de mort. L’archevêque demande au président de ne pas exposer de nouvelles vies innocentes en renvoyant de grands groupes vers un pays sans dispositif sérieux d’accueil ni de réinsertion.
Le contexte juridique donne à cette demande son poids. Depuis la fin du statut de protection temporaire, effective le 27 juillet, environ 350 000 Haïtiens sont exposés à la détention ou à l’expulsion. Ce chiffre dépasse la population de bien des villes. Ce sont des travailleurs, des aides-soignantes, des paroissiens, des parents d’enfants nés américains. Mgr Coakley précise que sa demande vise les personnes qui résident pacifiquement dans le pays. Il admet que chaque cas puisse être examiné séparément, de sorte que l’État garde sa capacité de protéger la sécurité publique.
Le ton compte autant que la demande. Il ne s’agit ni d’une dénonciation ni d’un slogan. L’évêque reconnaît à l’autorité civile son rôle légitime et lui demande d’exercer son pouvoir avec discernement. C’est une parole de pasteur qui s’adresse à un homme de pouvoir en lui rappelant qu’il peut encore choisir la clémence.
Sept diocèses, un même geste
L’affaire ne reste pas dans les chancelleries. Le fait nouveau, c’est ce qui se passe sur le terrain, dans les paroisses, aux portes des sacristies. L’archidiocèse d’Indianapolis est devenu le septième diocèse du pays à dispenser de la messe dominicale les fidèles migrants qui craignent d’être arrêtés. Son archevêque, Mgr Charles Thompson, a signé le décret le 4 septembre. Il couvre ceux qui ont des raisons sérieuses de craindre d’être détenus, séparés de leur famille ou intimidés par le durcissement des contrôles. Il s’applique même à ceux dont les papiers sont en règle. La dispense était prévue jusqu’au 30 septembre, sauf prorogation. Ce terme vient d’être atteint, et il appartiendra à l’archevêque de dire si la mesure se prolonge.
Ce détail est peu banal. Une dispense de la messe du dimanche n’est pas un geste administratif ordinaire, car l’Église tient ce rendez-vous pour le cœur de la semaine chrétienne. Que sept évêques aient jugé nécessaire de s’en détacher pour un temps dit la gravité de la peur. Cette peur est assez forte pour qu’on la reconnaisse comme une cause légitime d’absence, sans que l’absence ressemble à une désertion.
Les fidèles dispensés ne sont pas abandonnés. L’archevêque les invite à suivre la messe à distance, à méditer les lectures du jour et à prier le chapelet. Il demande aux curés de veiller à la charge sacramentelle, y compris par la communion portée à domicile pour ceux qui ne peuvent se déplacer. La dispense n’ouvre donc pas un vide. Elle déplace la prière de l’église vers la maison, sans la réduire. On peut y voir l’Église domestique des premiers siècles qui renaît, dans un salon de Floride ou un appartement de l’Indiana, autour d’un écran et d’un chapelet.
Ce que dit réellement la loi de l’Église
Le canon 1245 et la justice de la dispense
Une dispense est la décision d’un pasteur qui constate qu’une règle, juste en elle-même, produirait un tort dans une situation précise. L’Église ne la traite pas comme une faiblesse, mais comme un instrument de justice. Le droit canonique permet à l’évêque diocésain et au curé d’accorder, pour une juste cause, une dispense de l’obligation de participer à la messe. La juste cause est ici facile à nommer. Aller à la messe suppose de sortir, de prendre la route, de se garer et de se tenir dans un lieu public à heure fixe, et ce trajet peut devenir le moment d’une arrestation.
On objectera que la messe est l’essentiel et qu’aucune peur ne devrait en détourner. Cette objection oublie que l’obligation dominicale protège le fidèle contre l’indifférence, non contre le danger réel. Personne ne reproche à un malade contagieux de rester chez lui ni à une mère de ne pas laisser son enfant fiévreux sortir par grand froid. L’Église connaît depuis toujours des situations où le précepte cède devant la vie. Il y a eu des persécutions, des guerres, des épidémies, et il y a maintenant la menace d’une rafle devant la porte d’une paroisse.
Il faut aussi relever que les évêques n’ont pas pris ce parti à la légère. Ils ont écrit dans une langue juridique sobre et fidèle au droit. Ils n’accusent personne dans le décret et se contentent de reconnaître une peur qui existe. Cette retenue donne à leur geste sa force : ils ne disent pas qui a tort, ils disent qui souffre.
Le sabbat fait pour l’homme
Le Christ a posé le principe de toute dispense juste en répondant aux pharisiens qui lui reprochaient de laisser ses disciples cueillir des épis le jour du sabbat. « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat » (Mc 2, 27). Cette phrase n’abolit pas le sabbat. Elle en rappelle la finalité : le jour de repos existe pour la vie de l’homme, pour sa liberté et sa joie devant Dieu. Quand l’observance se retourne contre l’homme et le met en péril, il faut en revenir à son sens.
Il en va de même du dimanche. Il est le jour du Seigneur, le jour de la Résurrection, et rien ne le remplace. Mais son obligation sert la communion. Elle ne doit pas devenir un piège tendu à ceux qui ont peur. Le Fils de l’homme, dit le texte, est maître même du sabbat. L’Église, qui parle en son nom, a donc autorité pour desserrer la loi quand la loi menace de blesser ceux qu’elle veut rassembler.
On remarquera la douceur de ce raisonnement. Le Christ ne se contente pas de supprimer un interdit. Il rappelle David affamé qui mange les pains d’offrande, puis déclare que l’humain passe avant le rite. La tradition n’en conclut pas à un relâchement. Elle y lit un appel à la responsabilité : une dispense honnête n’est pas un laisser-aller, c’est un acte de charité exercé dans la vérité.Thomas d’Aquin et la nécessité
Thomas d’Aquin donne à cette logique sa clarté. Dans sa réflexion sur la loi, il enseigne que toute loi humaine vise le bien commun et que, lorsqu’elle s’applique à un cas où elle détruirait ce bien, on ne doit pas l’exécuter à la lettre. Il parle d’équité, d’*epikeia*, cette vertu qui juge au-delà de la lettre pour rester fidèle à l’intention du législateur. Le législateur ecclésial veut la communion des fidèles. Il ne veut pas leur arrestation sur le parvis.
Cette vertu est précieuse aujourd’hui. Elle empêche deux fautes symétriques. La première est la rigidité de ceux qui exigent la présence dominicale en toute circonstance, au mépris de la peur réelle. La seconde est le laxisme de ceux qui oublient que la messe reste une nécessité vitale de la vie chrétienne. L’équité thomiste trace une voie étroite : on accorde la dispense pour un temps, avec un motif précis, et on propose des substituts concrets de prière. C’est exactement ce que fait le décret d’Indianapolis.

L’étranger, mémoire d’Israël et visage du Christ
Une loi qui commence par un souvenir
La Bible ne traite pas l’étranger comme un cas de conscience facultatif. Elle en fait un commandement. « Quand un étranger résidera avec vous dans votre pays, vous ne l’molesterez pas. Vous traiterez l’étranger en résidence parmi vous comme un compatriote, et tu l’aimeras comme toi-même, car vous avez été étrangers au pays d’Égypte » (Lv 19, 33-34). La loi ne repose pas d’abord sur un principe abstrait. Elle repose sur une mémoire : Israël sait ce que c’est que d’être un peuple sans papiers, tributaire de la bonne volonté du pharaon.
Cette mémoire est précieuse pour l’Amérique, qui s’est bâtie en grande partie par l’immigration, y compris catholique. Les paroisses irlandaises, italiennes, polonaises ou allemandes du siècle dernier ont connu elles aussi la méfiance, les soupçons de loyauté, la peur de l’expulsion. Les évêques d’aujourd’hui leur doivent leur propre existence. Quand ils prennent la défense des Haïtiens, ils ne sortent pas de leur rôle. Ils rappellent à leur pays d’où il vient.
Cette loi est aussi un acte de foi. Dieu est celui qui a fait sortir son peuple d’Égypte, et il veut que ce souvenir devienne une manière d’agir. Celui qui accueille l’étranger ne fait pas de la politique, il imite Dieu. C’est pourquoi la lettre de Mgr Coakley, malgré son vocabulaire juridique, est d’abord une lecture de l’Écriture appliquée à un cas précis.
Haïti, pays blessé et peuple de l’Église
Le psaume le dit sans détour : « Le Seigneur protège l’étranger, il soutient la veuve et l’orphelin » (Ps 146, 9). Les trois figures sont celles de l’homme sans appui. L’étranger n’a pas de patrie qui le défende, la veuve pas d’époux, l’orphelin pas de père. Le psalmiste les nomme ensemble parce qu’ils partagent la même vulnérabilité, et le Seigneur se fait leur défenseur.
Les Haïtiens renvoyés dans leur pays les cumuleraient presque tous. Beaucoup y ont perdu des proches. Beaucoup n’y ont plus de maison, plus de réseau, plus de sécurité. Kenscoff le montre : l’église, qui devait être l’asile, a été le lieu du massacre. Renvoyer des gens vers un tel pays sans garantie d’accueil revient à les remettre à la merci de la violence, et l’Église ne peut pas l’ignorer. L’archevêque le dit avec la simplicité d’un pasteur : il n’existe pas de dispositif adéquat pour recevoir ces personnes.
Le pape Léon XIV, comme le pape François avant lui, n’a cessé de rappeler que les migrants ne sont pas des chiffres, mais des visages. Les évêques américains s’inscrivent dans cette ligne. Ils en tirent des conséquences très concrètes, et la dispense de la messe en fait partie. Elle dit aux familles haïtiennes, guatémaltèques ou mexicaines, selon les diocèses, que l’Église ne leur fait pas porter le poids de leur peur.📁 Dossier spécial
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Léon XIV, premier pape américain, face à l’IA et au numérique : profil, héritage social de Léon XIII et enjeux…
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Que faire, concrètement, quand on est catholique, loin de ces diocèses, et que l’on mesure l’enjeu ? D’abord prier, en pensant précisément à Kenscoff et à ces paroissiens qui n’osent plus sortir. Ensuite s’informer sans préjugé : comprendre ce que signifie la fin d’un statut de protection, la différence entre un report forcé de départ et une amnistie, et ce que demande vraiment l’évêque. Il ne réclame pas un laissez-passer général. Il demande du discernement et un délai.
On peut aussi regarder de plus près sa propre paroisse. Qui, parmi nous, n’ose plus venir à la messe ? Quelle famille s’est éloignée sans bruit ? La charité commence par l’attention aux absents. Un coup de téléphone, un repas partagé, un accompagnement jusqu’à la porte de l’église peuvent changer beaucoup de choses. Dans un monde où la peur isole, l’Église est le lieu où l’on se retrouve, même si l’on se retrouve autrement.
Enfin, il faut garder une parole juste. Les évêques ne demandent pas de haïr ceux qui appliquent les lois, ni de déclarer l’État ennemi. Ils demandent que la loi serve le bien des personnes. Cette exigence est une discipline spirituelle : défendre le faible sans mépriser le fort, et croire que la conscience du pouvoir reste ouverte à la miséricorde.
Le seuil de l’église n’est pas un refuge magique et il ne peut pas se substituer à la décision politique. Mais il garde un sens. Tant que des fidèles hésitent à le franchir de peur d’être arrachés aux leurs, l’Église ne peut pas se dire en paix. Elle doit parler, et parler, comme le fait Mgr Coakley, avec fermeté, courtoisie et espérance. La parole des évêques américains ne règle pas tout, mais elle rappelle que le dimanche est fait pour l’homme, et que l’homme, avant d’être une affaire de papiers, est un visage que Dieu connaît par son nom.
Lectio divina
« Le sabbat a été fait pour l'homme, et non l'homme pour le sabbat ; ainsi, le Fils de l'homme est maître même du sabbat » Mc 2, 27-28
Quand une règle t'éloigne de ceux qu'elle devait réunir, qu'en fais-tu ? Qui, près de toi, n'ose plus franchir la porte, et qu'as-tu fait pour qu'elle reste ouverte ? Te souviens-tu d'un jour où l'on t'a ouvert quand tu avais peur ? Et si le Maître du sabbat t'attendait justement là où la loi te semble trop lourde ?
Seigneur, tu es le maître du sabbat et tu connais chaque visage. Regarde les mères qui n'osent plus sortir et les enfants qui guettent le bruit d'un moteur. Regarde Kenscoff, ses murs troués, son église devenue tombeau. Toi qui as marché sur les épis un jour de repos, desserre ce qui blesse. Fais de nos maisons des chapelles et de nos tables des autels. Garde ceux qui ont peur, et rends-nous attentifs à leur absence.
Un chapelet glisse entre des doigts fatigués, dans une cuisine silencieuse où l'écran vacille et où le pain attend d'être rompu.
✝ Références bibliques
3 passages · 3 livres
Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint. (Lv 19,2)
Code de sainteté, lois liturgiques et rituels de purification du peuple d'Israël.
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Le Fils de l'homme est venu pour servir et donner sa vie en rançon. (Mc 10,45)
L'Évangile de l'action : Jésus serviteur puissant, révélé comme Fils de Dieu sur la croix.
→ Explorer le Codex Marc- Suis-moi. L’homme se leva et le suivit (Mt 9, 9-13)
- Le sabbat a été fait pour l’homme, et non pas l’homme pour le sabbat (Mc 2, 23-28)
- L’Époux est avec eux (Mc 2, 18-22)
- Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs (Mc 2, 13-17)
- Le Fils de l’homme a autorité pour pardonner les péchés sur la terre (Mc 2, 1-12)
- Le sabbat n’était pas fait pour nous enchaîner, mais pour nous rendre à la vie
- Ce que Jean Cassien voit dans le jeûne que nous ne voyons plus
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Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien. (Ps 23,1)
150 poèmes et chants de la prière d'Israël : louange, lamentation, action de grâce.
→ Explorer le Codex Psaumes🌍 2 pays concernés
Avec une majorité de baptisés catholiques, Haïti est aussi un pays où le catholicisme populaire se mêle profondément au vodou, créant une religiosité syncrétique unique. L'évangélisation de l'île commença dès le XVIe siècle a…
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