Quand l’Église redevient pont entre les tranchées : la diplomatie du cœur à l’épreuve de Moscou

Ouchakov confirme la rencontre Zuppi-Kremlin fin septembre : quand l'Église bâtit des ponts entre enfants séparés et paix espérée.

Équipe Via Bible
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Le 2 septembre, Iouri Ouchakov, conseiller diplomatique de Vladimir Poutine, a confirmé devant les caméras de la télévision d’État russe qu’il recevrait le cardinal Matteo Zuppi, archevêque de Bologne, à la fin du mois de septembre. « Je le recevrai à la fin du mois et nous parlerons spécifiquement des questions ukrainiennes », a-t-il déclaré, précisant aussitôt que l’aspect politique ne pourrait être ignoré. Cette phrase, en apparence protocolaire, dessine en réalité les contours d’une diplomatie ecclésiale à deux visages, patiente et déterminée, qui s’avance là où les chancelleries reculent. Car ce que confirme Ouchakov n’est pas une simple visite de courtoisie : c’est la reprise d’un canal humanitaire vieux de trois ans, celui par lequel des centaines d’enfants ukrainiens déportés ont pu, peu à peu, retrouver leurs familles.

Cette annonce survient à peine quelques jours après le retour de Rome de Mgr Paul Richard Gallagher, secrétaire pour les Relations avec les États et les Organisations internationales, qui a passé cinq jours à Moscou du 24 au 28 août, rencontrant Sergueï Lavrov, le métropolite Antonij de Volokolamsk et, déjà, Iouri Ouchakov lui-même. Deux voyages, deux missions, deux logiques : celle du ministre des Affaires étrangères du Saint-Siège, qui parle d’État à État, et celle du cardinal envoyé du pape, qui parle de mère à mère, d’enfant perdu à enfant retrouvé. Ce doublement du canal diplomatique vatican n’est pas un hasard de calendrier. Il révèle une théologie de la présence qui mérite d’être creusée en profondeur, car elle touche au cœur même de ce que l’Église entend par charité politique.

Deux voix, une seule Église : la grammaire de la diplomatie pontificale

La distinction entre la mission de Mgr Gallagher et celle du cardinal Zuppi n’est pas cosmétique. Elle correspond à deux registres d’action que l’Église a toujours su tenir ensemble sans les confondre. Mgr Gallagher incarne la diplomatie classique, celle des chancelleries, des communiqués officiels et des rencontres bilatérales avec Sergueï Lavrov ; il porte la voix du Saint-Siège en tant que sujet de droit international, reconnu, accrédité, parlant au nom d’un État parmi les États. Le cardinal Zuppi, lui, ne négocie pas de traité : il porte la sollicitude concrète d’un pasteur envoyé auprès des blessés de la guerre, qu’ils soient prisonniers, enfants déplacés ou familles séparées. Cette dualité n’affaiblit pas la parole vaticane, elle la rend au contraire plus crédible, car elle montre que l’Église ne réduit jamais la paix à un accord de façade.

Il faut se souvenir de ce que fut, concrètement, l’action du cardinal Zuppi depuis sa nomination par le pape François en mai 2023. Trois voyages à Moscou déjà — juin 2023, octobre 2024, et désormais fin septembre 2026 — ponctuent une mission dont l’objet demeure inchangé : faciliter le regroupement familial des enfants ukrainiens transférés de force et l’échange de prisonniers de guerre. Selon les chiffres rapportés par les autorités de Kiev, plus de dix-neuf mille mineurs ukrainiens auraient été déplacés vers la Russie ou les territoires occupés depuis le début de l’invasion ; parmi eux, plusieurs centaines ont pu rentrer chez eux grâce, en partie, à la médiation ouverte par le cardinal. Ce chiffre, modeste au regard de l’ampleur du drame, porte pourtant en lui une vérité essentielle : la charité qui ne guérit pas tout n’est pas pour autant vaine.

1 Corinthiens 3, 13

13l’ouvrage de chacun sera manifesté, car le jour du Seigneur le fera connaître, parce qu’il va se révéler dans le feu et le feu même éprouvera ce qu’est l’ouvrage de chacun.

Cette lenteur, cette modestie des résultats, ne doit pas décourager le regard croyant. L’apôtre Paul, écrivant aux Corinthiens sur les fondations de l’œuvre commune, rappelle que « chacun verra son ouvrage, quel qu’il soit ; le jour le fera connaître, parce qu’il se révèle dans le feu, et le feu éprouvera ce qu’est l’ouvrage de chacun » (1 Co 3, 13). Le cardinal Zuppi ne bâtit pas un édifice diplomatique spectaculaire ; il pose, pierre après pierre, des retrouvailles familiales que nulle négociation d’État ne saurait garantir à elle seule. C’est un ouvrage de patience, invisible aux yeux pressés de la géopolitique, mais dont le feu du jugement dernier révélera peut-être la vraie valeur.

Le précédent d’octobre 2024 : ce que l’histoire récente enseigne

Pour comprendre la portée de la rencontre annoncée pour fin septembre, il faut revenir sur la précédente visite du cardinal à Moscou, en octobre 2024. Il y avait alors rencontré Maria Lvova-Belova, commissaire russe aux droits de l’enfant, ainsi que le métropolite Antonij, pour évaluer, selon les termes mêmes du communiqué du Saint-Siège, « les nouveaux efforts visant à faciliter le regroupement familial des enfants ukrainiens et l’échange de prisonniers, en vue de parvenir à la paix tant espérée ». Cette rencontre avait débouché sur un constat lucide : le travail continue, mais il continue lentement, dans un climat où la confiance mutuelle reste largement à construire.

Ce qui change, deux ans plus tard, c’est le contexte. Le pape Léon XIV, élu en mai 2025, a fait de la paix en Ukraine l’une des priorités constantes de son magistère naissant. Dès sa première prière dominicale, il affirmait porter « dans son cœur les souffrances du peuple ukrainien bien-aimé », plaidant pour que « tous les prisonniers soient libérés et que les enfants puissent retourner auprès de leurs familles ». En juin 2025, il s’est entretenu par téléphone avec Vladimir Poutine lui-même, geste rare qui a ouvert une nouvelle phase du dialogue russo-vatican. Plus récemment encore, en avril dernier, lors de son voyage en Angola, il renouvelait cet appel : « faire taire les armes et poursuivre la voie du dialogue ». La rencontre de fin septembre entre Ouchakov et Zuppi s’inscrit donc dans la continuité d’une ligne pontificale constante, mais elle en marque aussi l’intensification, puisque désormais deux missions distinctes convergent vers Moscou en l’espace d’un mois.

Il est significatif que ce soit l’ambassadeur russe près le Saint-Siège, Ivan Soltanovsky, qui ait le premier laissé entendre, dès la fin de l’été, que Moscou préparait une nouvelle invitation pour le cardinal Zuppi, avant même la confirmation officielle d’Ouchakov. Ce jeu d’annonces croisées, où chaque partie précise le calendrier par bribes successives, dessine une diplomatie de la lenteur assumée, où chaque geste compte parce qu’aucun geste n’est anodin dans un conflit qui a déjà coûté tant de vies. L’Église, en acceptant ce rythme, ne cède rien de son exigence de vérité ; elle accepte simplement que la paix véritable, contrairement à la paix des communiqués, se construit à l’échelle du temps humain, celui des familles qui attendent, pas celle des sommets qui se filment.

L’humanitaire comme porte d’entrée vers le politique : une théologie de la médiation

La déclaration d’Ouchakov comporte une nuance capitale, souvent glissée sans qu’on en mesure le poids : « Naturellement, l’aspect politique est aussi concerné. On ne peut l’ignorer. » Cette phrase, prononcée par le plus proche conseiller diplomatique de Vladimir Poutine, révèle que le canal humanitaire ouvert par le cardinal Zuppi n’est jamais totalement étanche vis-à-vis des enjeux de la guerre elle-même. C’est précisément là que se noue le génie de la médiation vaticane : elle commence toujours par le plus vulnérable — l’enfant séparé de sa mère, le prisonnier oublié — pour, de proche en proche, ouvrir un espace où la parole politique elle-même redevient possible.

Isaïe 42, 3

3Il ne brisera pas le roseau froissé et n’éteindra pas la mèche prête à mourir. Il annoncera la justice en vérité,

Ce mouvement n’est pas une simple habileté diplomatique. Il correspond à une intuition théologique profonde, celle que le prophète Isaïe formule lorsqu’il annonce que le Serviteur souffrant « ne brisera pas le roseau froissé, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit encore » (Is 42, 3). L’Église, dans sa médiation, ne prétend pas éteindre d’un coup les foyers de la guerre ; elle s’attache d’abord à ne pas briser ce qui reste fragile — une famille dispersée, une espérance vacillante — avant même de songer à traiter les grandes questions territoriales ou stratégiques. C’est un choix pastoral qui devient, presque malgré lui, un levier géopolitique : car en soulageant les souffrances concrètes, on restaure ce minimum de confiance sans lequel aucune négociation de fond n’est même envisageable, comme le rappelait justement Mgr Gallagher à l’issue de sa propre mission fin août.

Ce dernier avait d’ailleurs été explicite sur ce point lors de son entretien avec les médias vaticans après son retour de Moscou : « Tout résultat concret dans le domaine humanitaire contribuera à soulager les souffrances et permettra de rétablir un minimum de confiance entre les parties en conflit ». Cette phrase, en apparence technique, condense en réalité toute une doctrine de l’action de l’Église dans les conflits contemporains. Elle rejoint ce que le concile Vatican II affirmait dans la constitution pastorale Gaudium et Spes sur l’Église dans le monde de ce temps, lorsqu’il insistait sur le devoir des chrétiens de travailler sans relâche à instaurer une paix fondée non sur l’équilibre des puissances, mais sur la justice et l’amour. Le cardinal Zuppi, en portant cette parole jusque dans les bureaux du Kremlin, ne fait qu’incarner concrètement cette doctrine.

Romains 12, 18

18S’il est possible, autant qu’il dépend de vous, soyez en paix avec tous.

Il faut aussi mesurer ce que représente, pour un homme d’Église, le fait de s’asseoir face à un conseiller aussi endurci que Iouri Ouchakov — diplomate de carrière, ancien ambassadeur de Russie aux États-Unis, conseiller présidentiel pour les affaires internationales depuis 2012. Cette rencontre n’a rien d’un geste naïf. Elle suppose, de la part du cardinal, une capacité à tenir ensemble la fermeté évangélique et la patience diplomatique, refusant tout autant la complaisance envers l’agresseur que la posture de rupture stérile. C’est en ce sens que l’épître aux Romains prend ici une résonance particulière : « Si possible, autant qu’il dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes » (Rm 12, 18). Cette formule, souvent citée de façon abstraite, retrouve dans ce contexte toute sa charge concrète : elle ne promet pas une paix garantie, elle appelle seulement à faire, de son côté, tout ce qui dépend de soi — ce que le cardinal Zuppi s’efforce précisément d’accomplir, voyage après voyage, malgré l’absence de résultats spectaculaires.

Gallagher à Moscou : la parole politique qui prépare le terrain humanitaire

Le déplacement de Mgr Gallagher fin août mérite d’être relu comme la préparation directe de la rencontre annoncée par Ouchakov. Pendant quatre jours, l’archevêque britannique a multiplié les entretiens de haut niveau : plus d’une heure avec Sergueï Lavrov le 25 août, en présence du nonce apostolique Mgr Giovanni d’Aniello, première rencontre de ce niveau depuis cinq ans ; un échange avec le métropolite Antonij de Volokolamsk, responsable des relations extérieures du Patriarcat de Moscou ; et, le lendemain, un tête-à-tête avec Iouri Ouchakov lui-même, consacré aux « questions actuelles de l’agenda international ». Devant Lavrov, Mgr Gallagher n’a pas mâché ses mots : « Cette guerre doit prendre fin », a-t-il affirmé sans détour, ajoutant que le conflit ne trouverait aucune résolution par les armes et appelant à l’ouverture de véritables négociations soutenues par la communauté internationale.

Ce langage direct, prononcé au cœur même du ministère russe des Affaires étrangères, tranche avec l’image d’une diplomatie vaticane feutrée et prudente. Il montre que le Saint-Siège n’entend pas seulement jouer un rôle de facilitateur technique, mais rappeler, avec une autorité morale assumée, l’exigence de justice qui doit présider à toute paix véritable. Cette fermeté n’est en rien contradictoire avec la douceur pastorale du cardinal Zuppi : elle en est le pendant nécessaire, la voix qui rappelle aux puissants leurs responsabilités pendant que l’autre voix s’occupe des enfants et des prisonniers. Mgr Gallagher a d’ailleurs conclu sa mission par une messe solennelle dans la cathédrale de l’Immaculée-Conception de Moscou, entouré des évêques catholiques du pays, rappelant que l’Église en Russie, minoritaire mais fidèle, doit demeurer « bâtisseuse de ponts ».

Cette image du pont mérite qu’on s’y arrête, car elle éclaire d’un jour particulier la double mission vaticane. Le mot latin pontifex, qui désigne le souverain pontife, signifie littéralement celui qui bâtit des ponts. Or voici que cette étymologie ancienne retrouve, en cette fin d’été 2026, une actualité saisissante : deux émissaires distincts du même pape, l’un ministre, l’autre pasteur, bâtissent ensemble, à quelques semaines d’intervalle, les arches d’un même pont suspendu au-dessus d’un fleuve de sang et de larmes. Ni l’un ni l’autre ne prétend achever seul l’ouvrage ; mais leur complémentarité dessine une méthode que l’on pourrait qualifier de synodale jusque dans l’exercice diplomatique lui-même, où plusieurs voix, dûment articulées, servent une seule et même charité.

L’attente ukrainienne : entre espérance et lassitude

Il serait toutefois incomplet de ne considérer cette diplomatie que sous l’angle romain et moscovite. Car cette médiation ne prend tout son sens que rapportée à ceux qu’elle est censée servir : les familles ukrainiennes qui, depuis plus de quatre ans, attendent le retour d’un enfant, d’un mari, d’un frère. Le cardinal Zuppi s’était rendu à Kiev début juillet 2026, précédant de quelques jours Mgr Gallagher, pour transmettre un message de solidarité du pape et rencontrer des prisonniers russes détenus par l’Ukraine — geste significatif, car il montre que la médiation vaticane ne s’adresse pas à sens unique vers Moscou, mais cherche l’équilibre en visitant aussi les victimes du camp adverse. Mgr Gallagher, de son côté, avait passé six jours en Ukraine en juillet, rencontrant le président Volodymyr Zelensky et son ministre des Affaires étrangères Andrii Sybiha.

Jérémie 31, 15

15Ainsi parle le Seigneur : Une voix a été entendue à Rama, des lamentations et des pleurs amers : Rachel pleurant ses enfants, elle refuse d’être consolée, sur ses enfants, parce qu’ils ne sont plus.

Le président ukrainien lui-même avait, dès l’élection de Léon XIV, appelé le nouveau pape pour lui demander explicitement son aide dans le rapatriement des enfants enlevés. Cette continuité entre les pontificats de François et de Léon XIV, sur ce dossier précis, souligne combien la question des enfants déportés dépasse les sensibilités personnelles des papes pour s’ancrer dans une conviction stable du Saint-Siège : aucune paix ne saurait être juste si elle laisse irrésolue la blessure la plus intime infligée à un peuple, celle de la séparation forcée des familles. C’est un thème que l’on retrouve, transposé, dans les lamentations du prophète Jérémie, lorsqu’il évoque Rachel pleurant ses enfants « et refusant d’être consolée, parce qu’ils ne sont plus » (Jr 31, 15) — texte que la tradition chrétienne applique traditionnellement au massacre des Innocents, mais qui résonne aujourd’hui avec une actualité troublante face aux dizaines de milliers d’enfants ukrainiens éloignés de leur terre natale.

Certains observateurs, notamment dans les analyses parues au début de l’année, ont souligné que cette diplomatie humanitaire recouvrait aussi une dimension géopolitique plus large : en se posant comme médiateur crédible sur un dossier aussi sensible que celui des enfants déportés, le Saint-Siège construit patiemment une légitimité qui pourrait, le moment venu, faire de lui un acteur incontournable de négociations de paix plus globales. Cette lecture n’est pas incompatible avec la lecture spirituelle qu’on vient de développer ; elle en est, en un sens, la traduction dans le registre des relations internationales. L’Église ne cherche pas le pouvoir pour lui-même, mais elle sait que la crédibilité acquise par le service désintéressé des plus faibles devient, presque à son insu, une autorité morale reconnue même par ceux qui ne partagent pas sa foi.

Il faut néanmoins se garder d’un optimisme trop rapide. La guerre, au moment où ces lignes s’écrivent, demeure « obstinément irrésolue ». Les avancées obtenues grâce à la médiation vaticane — quelques centaines d’enfants rentrés chez eux sur plus de dix-neuf mille recensés — restent minces au regard de l’ampleur du drame humain. Mais c’est précisément dans cette disproportion entre l’effort et le résultat visible que se loge, pour le croyant, une leçon essentielle sur la nature même de l’espérance chrétienne : elle ne se mesure pas aux statistiques, mais à la fidélité du geste posé, jour après jour, voyage après voyage, sans se lasser devant la lenteur du monde.

La petite Église de Russie, témoin discret de cette médiation

Un aspect trop souvent négligé de cette diplomatie mérite d’être relevé : le rôle de la minorité catholique de Russie elle-même, qui accueille et soutient, dans l’ombre, ces missions successives. Mgr Gallagher a tenu à rencontrer le clergé, les religieux et les religieuses de cette communauté avant de célébrer une messe solennelle dans la cathédrale de l’Immaculée-Conception de Moscou, en présence du nonce apostolique Mgr Giovanni d’Aniello et des évêques catholiques du pays, dont Mgr Joseph Werth, Mgr Nikolaï Doubinine et Mgr Stephan Lipke. Cette Église, minuscule au regard de l’immensité orthodoxe russe, vit depuis des années dans des conditions pastorales difficiles, comme l’a reconnu Mgr Gallagher lui-même, saluant leur fidélité « souvent dans des conditions difficiles ».

Éphésiens 2, 14

14Car c’est lui qui est notre paix, lui qui des deux peuples n’en a fait qu’un : il a renversé le mur de séparation, l’inimitié,

Cette petite communauté n’est pas un simple décor pour les visites diplomatiques romaines ; elle en est, au contraire, l’un des fondements les plus solides, car c’est elle qui, au quotidien, incarne la présence catholique en terre russe et rend possible, par sa seule existence priante, la poursuite du dialogue institutionnel. L’épître aux Éphésiens rappelle que le Christ « est notre paix, lui qui des deux peuples n’en a fait qu’un, détruisant le mur de séparation, l’inimitié » (Ep 2, 14) — image saisissante lorsqu’on songe à ce mur, bien réel celui-là, qui sépare aujourd’hui la Russie et l’Ukraine, deux nations profondément marquées par une même tradition chrétienne orientale et pourtant déchirées par une guerre fratricide. La médiation vaticane, en ce sens, ne fait rien d’autre que travailler, humblement et sans certitude de succès, à l’effritement de ce mur d’inimitié.

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Lectio divina

📜
Lectio — Lire

« Si possible, autant qu'il dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes » Rm 12, 18.

🧠
Meditatio — Méditer

Toi qui portes peut-être une blessure jamais refermée, une famille séparée, une réconciliation que tu crois impossible, qu'est-ce qui t'empêche de faire, de ton côté, tout ce qui dépend de toi pour la paix ? Tu regardes peut-être ce conflit lointain comme une affaire d'États et de puissants, mais la même question te rejoint dans ton silence, dans ta maison, dans ton cœur endurci. Le cardinal traverse des frontières hostiles pour un seul enfant retrouvé ; toi, quelle frontière refuses-tu encore de traverser ? La paix commence-t-elle ailleurs qu'au creux de ton propre renoncement ?

🙏
Oratio — Prier

Seigneur, toi qui bâtis des ponts là où nous dressons des murs, apprends-moi la patience du cardinal qui frappe encore à la même porte. Tu ne brises pas le roseau froissé, alors ne laisse pas mon espérance se briser devant la lenteur du monde. Donne-moi de faire, moi aussi, tout ce qui dépend de moi pour la paix, sans attendre que l'autre fasse le premier pas. Que mon cœur devienne un canal humanitaire pour ceux que je côtoie. Garde vivante en moi la mèche qui faiblit encore.

Contemplatio — Contempler

Un enfant descend d'un train, à la frontière, et court vers des bras qui l'attendaient depuis quatre ans.

✝ Références bibliques

5 passages · 5 livres
1 Corinthiens
📖 Codex — Livre biblique

Paul de Tarse · 54–55 ap. J.-C. · 437 versets

Si je n'ai pas la charité, je ne suis rien. (1Co 13,2)

Unité de l'Église, problèmes éthiques et hymne à la charité pour la communauté de Corinthe.

→ Explorer le Codex 1 Corinthiens

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