- L’Esprit ne fuit pas — il attend le bon moment
- Commencer par l’absence
- Le pouvoir de l’Esprit : pourquoi il faut en être persuadé
- L’Esprit ne t’a pas oublié
- Le désir : creuset de l’âme, antichambre de l’Esprit
- Confiance, consolation et promesse : la fidélité de l’Esprit
- « Il ne t’abandonnera pas »
- « Aucun de ceux qui l’invoquent ne finit privé de sa consolation »
- La confiance comme acte théologal
- Vivre concrètement l’attente de l’Esprit
- Accueillir la sécheresse comme lieu de formation
- Nommer et entretenir le désir
- Réviser sa représentation de l’Esprit Saint
- Soutenir la confiance dans les longues attentes
- ✝ Références bibliques
Il y a des matins où la prière ressemble à une lettre envoyée dans le vide. On s’agenouille, on ouvre les mains, on attend — et rien ne vient. Pas de chaleur, pas de consolation, pas même ce frémissement intérieur qu’on reconnaît parfois comme la présence de l’Esprit. Juste le silence, et cette question qui sourd doucement : est-ce que je prie dans le vide ?
Ce prêtre andalou du XVIe siècle — né d’une famille juive convertie, mort en odeur de sainteté en 1569, canonisé et proclamé Docteur de l’Église en 2012 — a passé sa vie à accompagner des âmes en détresse spirituelle. Il connaissait cette expérience de l’absence. Et il en a fait une école. Pas une école de résignation, mais une école du désir.
Le texte que nous allons méditer ensemble est une de ses lettres spirituelles, traduite en français par Max de Longchamp pour Magnificat. En quelques paragraphes denses, Jean d’Avila déploie une théologie complète de l’attente de l’Esprit. C’est court, mais c’est profond comme un puits. Allons-y ensemble.
L’Esprit ne fuit pas — il attend le bon moment
Commencer par l’absence
La première phrase de Jean d’Avila est une gifle douce : « Pour que l’Esprit Saint vienne en nos âmes, il convient d’abord que nous ressentions grandement son absence. »
Voilà qui renverse notre réflexe habituel. Spontanément, nous pensons que la voie vers l’Esprit, c’est d’accumuler les bonnes conditions : prier davantage, se confesser, lire l’Évangile, faire la retraite qu’on reporte depuis trois ans. Tout cela n’est pas mauvais. Mais Jean d’Avila pointe vers quelque chose de plus fondamental : ressentir l’absence. Ce n’est pas une étape à contourner — c’est le point de départ.
Pourquoi ? Parce que celui qui ne ressent pas l’absence de l’Esprit ne le cherchera pas vraiment. Il vivra dans une religiosité confortable, une pratique de surface, satisfaite d’elle-même. Il accomplira ses obligations sans jamais brûler. Jean d’Avila, lui, parle à des âmes qui souffrent de ne pas sentir Dieu. Et il leur dit : cette souffrance, c’est déjà une grâce.
Il y a ici un paradoxe lumineux que la tradition mystique a souvent exploré. Bernard de Clairvaux, dont Jean d’Avila était un lecteur assidu, écrivait que l’âme ne peut désirer ce qu’elle n’a jamais eu, ou ce dont elle n’a jamais eu le goût. Si tu ressens l’absence de l’Esprit, c’est que tu as, d’une manière ou d’une autre, déjà goûté à sa présence. L’absence supposé préalablement une présence connue. Le manque révèle le désir. Et le désir révèle la mémoire.
Il faudrait méditer longuement là-dessus. Quand un croyant dit « je ne sens plus Dieu », ce n’est pas la même chose qu’un athée qui dit « Dieu n’existe pas. » Le croyant souffre d’un manque. Il sait ce qui lui manque. Et cette connaissance douloureuse est précieuse — elle est la preuve d’une relation qui a existé, et qui peut recommencer.
Le pouvoir de l’Esprit : pourquoi il faut en être persuadé
Jean d’Avila ne s’arrête pas là. Il ajoute une deuxième condition : « nous soyons persuadés de son grand pouvoir. » C’est une précision capitale. On peut ressentir le manque de l’Esprit et pourtant douter qu’il soit capable de remplir ce manque. On peut désirer une présence tout en doutant qu’elle soit réelle, transformante, efficace.
Cette persuasion dont parle Jean d’Avila, c’est ce que le Nouveau Testament appelle foi. Pas la foi comme sentiment, mais comme conviction ancrée. Jésus lui-même, parlant de l’Esprit à ses disciples, dit : « Si vous donc, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui l’en prient ! » (Lc 11,13). La logique est simple : Dieu veut donner l’Esprit davantage que nous ne voulons le recevoir.
Jean d’Avila y revient avec insistance : l’Esprit ne vient pas parce que nous le méritons, il vient parce qu’il le veut. Mais pour que sa venue soit fructueuse, il faut que nous ayons au moins cette conviction minimale : il peut tout. Ce n’est pas de la présomption — c’est de la théologie correcte. L’Esprit est dynamis, puissance. Il est celui qui, au commencement, planait sur les eaux du chaos et en fit la création (Gn 1,2). Il est celui qui fit entrer Jésus ressuscité dans la chambre aux portes closes. Il n’est pas contenu par nos pauvretés.
Cette double ouverture — ressentir l’absence, croire au pouvoir — crée un espace intérieur. Pas encore la présence, mais l’espace où la présence peut advenir. C’est déjà beaucoup.
L’Esprit ne t’a pas oublié
Au cœur de sa lettre, Jean d’Avila prononce une phrase qu’on devrait copier et afficher sur son bureau : « S’il ne vient pas, ce n’est pas parce qu’il ne voudrait pas venir, ni parce qu’il t’aurait oublié. »
Voilà le cœur du problème pour beaucoup d’entre nous. Dans le silence de la prière, dans la sécheresse spirituelle, une pensée insidieuse finit par s’installer : et si j’étais l’exception ? Et si, pour moi, l’Esprit ne venait pas ? Et si j’étais trop abîmé, trop tiède, trop indigne ? Ce n’est pas de l’humilité — c’est du désespoir déguisé en humilité. Jean d’Avila le voit très bien.
Sa réponse est ferme et tendre à la fois. Il nie catégoriquement que l’Esprit puisse oublier. Ce n’est pas dans sa nature. Il est le Paraclet, l’Avocat, Celui qui est appelé auprès de nous. Il y a dans ce mot grec une image d’urgence et de proximité : le Paraclet ne s’éloigne pas, il s’approche. Il n’oublie pas — il attend le bon moment.
Et c’est là que la théologie d’Avila devient fascinante : « il viendra quand lui verra que c’est le moment de te combler. » Il y a ici une affirmation de la souveraineté de l’Esprit qui pourrait choquer nos mentalités modernes, habituées à contrôler l’agenda. L’Esprit vient selon son propre calendrier. Pas le nôtre. Il voit des choses que nous ne voyons pas — il voit si notre cœur est vraiment prêt, si notre désir est suffisamment profond, si l’heure est venue.
C’est exactement ce que vivent les apôtres au soir de l’Ascension. Jésus est remonté au Père. L’Esprit n’est pas encore venu. Que font-ils ? « Tous d’un même cœur étaient assidus à la prière » (Ac 1,14). Dix jours. Dix jours d’attente dans la prière, entre l’Ascension et la Pentecôte. Jean d’Avila connaissait ce passage par cœur. L’Esprit ne vint pas le lendemain de l’Ascension. Il vint quand ce fut son heure.
Le désir : creuset de l’âme, antichambre de l’Esprit
Le désir comme préparation active
Nous touchons maintenant au cœur de la spiritualité avilienne. Jean d’Avila écrit : « L’Esprit Saint ne viendra pas en toi si tu n’as pas faim de lui, si tu ne le désires pas. » Et plus loin : « les désirs de Dieu qui sont en toi préparent sa venue et sont le signe qu’il va bientôt arriver. »
Deux propositions qui méritent qu’on s’y arrête longuement.
La première est une exigence : sans désir, pas de venue. Ce n’est pas que l’Esprit soit capricieux. C’est que le désir crée la capacité de recevoir. Un récipient fermé ne peut pas être rempli. Un cœur qui ne désire pas l’Esprit n’est pas prêt à le recevoir, même si l’Esprit frappait à sa porte. Jean d’Avila ne dit pas que Dieu retient sa grâce par punition — il dit que l’absence de désir est une forme d’imperméabilité spirituelle.
Pensons à un exemple simple. On peut mettre une éponge sèche sous un robinet ouvert, et l’eau s’écoulera sans que l’éponge retienne quoi que ce soit — si elle est durcie, si elle est saturée d’autre chose. Le désir de l’Esprit, c’est ce qui rend l’éponge poreuse. C’est ce qui la dispose à absorber. Le désir n’est pas la condition que Dieu poserait pour mériter sa grâce ; c’est la structure intérieure qui permet de la recevoir.
La deuxième proposition est plus audacieuse encore : les désirs de Dieu en toi sont le signe qu’il va bientôt arriver. Autrement dit, le désir que tu as de l’Esprit n’est pas ton désir propre — c’est déjà l’Esprit qui travaille en toi. C’est une intuition profondément paulinienne. Paul écrit aux Romains : « l’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables » (Rm 8,26). L’Esprit prie en nous, avec nous, avant même que nous sachions comment prier. Le désir de Dieu qui monte en toi est déjà une présence discrète de Celui que tu désires.
Jean d’Avila renverse ainsi la logique de l’absence. Tu penses que tu cherches l’Esprit et qu’il est absent. En réalité, l’Esprit est déjà là — il est dans le désir même que tu as de lui. Ta soif est son empreinte. Ta faim est sa trace.
Persévérer quand l’attente semble stérile
Mais Jean d’Avila est trop bon pédagogue pour s’arrêter à cette consolation théologique. Il sait que dans la pratique concrète, le désir se décourage. Il écrit avec une lucidité remarquable : « Ne te lasse pas de le désirer, et même s’il te semble que ton attente ne le fait pas venir, que tu l’appelles et qu’il ne te répond pas, persévère en ton désir. »
Il y a une beauté dans la franchise de ce conseil. Jean d’Avila ne promet pas que le désir sera immédiatement récompensé par une expérience sensible. Il ne dit pas : désire et tu seras consolé dans l’heure. Il dit : persévère, même si cela semble stérile. C’est une spiritualité adulte, faite pour les longues distances, pas pour les sprints.
Cette persévérance dans le désir, c’est ce que les spirituels appellent l’oraison de simple regard ou la foi nue. On ne ressent rien, on ne voit rien, on n’entend rien — mais on reste là, en désir, en attente, comme une vigie. Jean de la Croix appellera cela la nuit des sens et la nuit de l’esprit. Jean d’Avila, qui est son contemporain et son compatriote (tous deux sont andalous, tous deux ont vécu dans le même milieu de réforme ecclésiale), parle le même langage avec des mots différents.
Il y a ici quelque chose de très concret pour la vie de prière quotidienne. Combien de fois avons-nous abandonné une habitude de prière parce que nous ne sentions rien ? La sécheresse intérieure est une des principales causes d’abandon de la vie spirituelle. Jean d’Avila le sait. Et sa réponse est ferme : la stérilité apparente n’est pas un signe d’échec — c’est une invitation à approfondir le désir.
Le cœur qui s’élargit
Jean d’Avila introduit alors une image magnifique, qui constitue peut-être la plus belle formule de sa lettre : « ton cœur doit s’élargir. » Il écrit que si l’Esprit ne vient pas immédiatement, c’est « pour que tu persévères en ton désir, et en persévérant, que tu deviennes capable de le recevoir. »
L’attente, dans cette perspective, n’est pas un temps mort. C’est un temps de dilatation. Le cœur s’agrandit dans l’attente, comme une poche qu’on étire doucement pour lui permettre de contenir davantage. On trouve ici un écho de la théologie augustinienne : « Notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il trouve son repos en Toi », dit Augustin en ouverture de ses Confessions. Pour Augustin comme pour Avila, la capacité de recevoir Dieu est proportionnelle à l’intensité du désir et à la durée de l’attente.
Autrement dit, l’Esprit que tu recevras après dix ans de désir ardent sera davantage qu’il ne le serait si tu l’avais reçu à la première demande. Non pas que l’Esprit soit plus — il est toujours le même Esprit infini — mais parce que tu seras davantage en mesure de le recevoir. La coupe aura été agrandie.
C’est une intuition pédagogique remarquable. Jean d’Avila est directeur spirituel avant d’être théologien. Il parle à des personnes réelles, avec des vies réelles et des prières souvent décevantes. Et il leur dit : tout ce temps qui vous semble perdu à attendre, ce n’est pas du temps perdu. C’est du temps de formation. C’est Dieu qui vous façonne de l’intérieur pour que vous puissiez un jour contenir ce qu’il veut vous donner.

Confiance, consolation et promesse : la fidélité de l’Esprit
« Il ne t’abandonnera pas »
Le registre de Jean d’Avila change légèrement dans la dernière partie de sa lettre. Il passe de l’exhortation à la promesse. Et c’est une promesse de poids : « il ne t’abandonnera pas. »
Ce mot, abandon, est très fort dans la tradition spirituelle. Il évoque le cri de Jésus sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt 27,46, citant Ps 22,2). Jean d’Avila sait que ses lecteurs peuvent ressentir quelque chose d’analogue dans la sécheresse spirituelle — ce vertige de l’abandon, cette impression terrifiante que Dieu s’est retiré définitivement. Et il coupe court à cette tentation avec une affirmation sans ambiguïté : non, il ne t’abandonnera pas.
Sur quoi repose cette assurance ? Pas sur un sentiment, pas sur une expérience personnelle d’Avila — mais sur la fidélité constitutive de l’Esprit. L’Esprit est le donum Dei, le don de Dieu par excellence. Et les dons de Dieu, Paul l’affirme, sont sans repentir (Rm 11,29). Dieu ne reprend pas ce qu’il a donné. L’Esprit qu’il a mis en toi lors de ton baptême n’est pas un invité capricieux qui partirait si tu ne le divertis pas suffisamment. Il est demeurant. Il est habitation.
Jean d’Avila insiste sur cela avec une douceur fraternelle. Il interpelle son lecteur avec le mot frère — « oui, frère, aie confiance en lui. » Ce n’est pas le ton du théologien qui corrige l’erreur dogmatique. C’est le ton du compagnon de route qui marche à côté de toi et te dit : courage, j’ai vu d’autres passer par là, et ils en sont sortis.
« Aucun de ceux qui l’invoquent ne finit privé de sa consolation »
La dernière phrase de la lettre est une promesse universelle, et c’est la plus audacieuse de tout le texte : « je t’assure que pour ce qui est de lui, aucun de ceux qui l’invoquent ne finit privé de sa consolation. »
Le mot clé ici est finit. Jean d’Avila ne dit pas « aucun ne sera jamais sans consolation. » Il dit « aucun ne finit privé. » La consolation viendra. Pas nécessairement quand tu l’espères, pas nécessairement sous la forme que tu attends — mais elle viendra. Ce n’est pas une promesse vague. C’est une garantie théologique.
Elle repose sur la nature même de l’Esprit comme Consolateur — Paracletos en grec, terme que l’on peut traduire aussi par Avocat, Défenseur, Celui qui est appelé à notre secours. Jésus lui-même, la nuit du jeudi saint, dit à ses disciples qui s’inquiètent de son départ : « Je vous enverrai le Paraclet » (Jn 16,7). Ce n’est pas une métaphore — c’est une promesse contractuelle. L’Esprit est envoyé pour consoler. Sa mission est la consolation des âmes. Il ne peut pas faillir à sa mission sans que le Christ lui-même soit mis en défaut.
Jean d’Avila a accompagné des centaines d’âmes tout au long de sa vie pastorale. Il a dirigé des esprits brillants — Thérèse d’Avila lui a soumis le récit de ses expériences mystiques pour discernement, François de Sales l’a lu et s’en est nourri. Il parle ici avec l’autorité de quelqu’un qui a vu cette promesse se vérifier dans les vies concrètes. Il n’est pas en train de faire de la théologie abstraite. Il témoigne.
La confiance comme acte théologal
Il y a dans cette lettre une insistance remarquable sur la confiance. Jean d’Avila l’exhorte plusieurs fois : « aie confiance en lui. » Dans la spiritualité avilienne, la confiance n’est pas un sentiment agréable qu’on cultive pour aller mieux. C’est un acte théologal, au même titre que la foi, l’espérance et la charité. C’est une posture de l’âme entière vers Dieu.
Cette confiance est d’ailleurs liée chez lui à la connaissance du cœur de Dieu. On ne peut faire confiance qu’à quelqu’un dont on connaît la bienveillance. Et la bienveillance de l’Esprit à l’égard de l’âme humaine, Avila ne se lasse pas de l’affirmer. L’Esprit veut venir. Il cherche des âmes ouvertes avec plus d’ardeur que ces âmes ne le cherchent elles-mêmes.
Il y a une inversion totale des rôles qui se produit ici. Dans notre représentation spontanée, c’est nous qui cherchons Dieu, et Dieu qui attend patiemment dans son éternité sereine. Jean d’Avila renverse cela : c’est l’Esprit qui cherche, c’est l’Esprit qui attend le bon moment, c’est l’Esprit qui guette l’ouverture. Nous ne sommes pas les seuls cherchants dans cette relation — nous sommes cherchés.

Vivre concrètement l’attente de l’Esprit
Les intuitions de Jean d’Avila ne sont pas faites pour rester dans les bibliothèques. Elles sont d’une modernité saisissante, applicables aujourd’hui, dans nos vies bousculées et nos prières souvent distraites. Voici comment les incarner concrètement.
Accueillir la sécheresse comme lieu de formation
La première application, c’est de changer de regard sur la sécheresse spirituelle. Au lieu de la vivre comme un échec ou un abandon divin, apprends à la voir comme Jean d’Avila l’enseigne : un temps de dilatation, un travail intérieur invisible. Quand tu pries et que tu ne ressens rien, dis-toi : mon cœur s’élargit en ce moment. Je suis en train de devenir capable de plus.
Ce changement de regard n’est pas une technique de développement personnel. C’est une conversion théologique. C’est passer d’une spiritualité de l’efficacité immédiate à une spiritualité de la confiance patiente. Concrètement, cela peut vouloir dire tenir un journal spirituel où tu notes non pas tes consolations, mais tes désirs — même les plus pauvres, même les plus hésitants. Ce soir, je n’ai rien senti en priant, mais j’avais quand même envie de prier. C’est déjà énorme. C’est un désir d’Avila.
Nommer et entretenir le désir
La deuxième application, c’est de travailler activement le désir. Jean d’Avila dit : « ne te lasse pas de le désirer. » Cela suppose que le désir demande un effort, une attention, une alimentation. Le désir de l’Esprit ne se maintient pas tout seul dans un monde saturé de stimuli.
Comment entretenir ce désir ? Par une pratique régulière qui crée de l’espace : un temps de silence quotidien, même court (dix minutes suffisent), où tu exprimes explicitement ton désir de l’Esprit. Pas forcément avec des mots élaborés. Parfois juste : « Viens, Esprit Saint. » La liturgie de Pentecôte commence exactement ainsi — Veni, Sancte Spiritus. C’est la prière la plus courte et la plus efficace pour entretenir le désir.
On peut aussi nourrir le désir par la lecture de témoignages de ceux qui ont vécu la venue de l’Esprit : les Actes des Apôtres, les mystiques (Jean d’Avila lui-même, Thérèse d’Avila, François de Sales), les conversions contemporaines. Ces récits agissent comme des braises sur les cendres — ils raniment ce qui couvait sans flamme.
Réviser sa représentation de l’Esprit Saint
La troisième application touche à quelque chose de plus fondamental : être persuadé du grand pouvoir de l’Esprit. Jean d’Avila fait de cela une condition sine qua non. Et force est de reconnaître que notre représentation de l’Esprit Saint est souvent la plus pauvre de notre représentation de la Trinité. On se représente le Père, on se représente le Fils incarné — mais l’Esprit reste souvent vague, réduit à une colombe ou à des flammes symboliques.
Il est utile de relire les passages du Nouveau Testament qui parlent de l’action concrète de l’Esprit : il inspire les prophètes, il guide les décisions de l’Église naissante, il donne le courage aux martyrs, il prie en nous « par des gémissements inexprimables » (Rm 8,26). L’Esprit n’est pas une force abstraite — il est une Personne divine avec une intention, une direction, une puissance d’agir.
Cette redécouverte de l’Esprit comme puissance vivante et personnelle est probablement le travail spirituel le plus urgent pour beaucoup de chrétiens pratiquants. Jean d’Avila en a fait l’axe central de sa pédagogie.
Soutenir la confiance dans les longues attentes
Enfin, la quatrième application concerne la durée. Jean d’Avila écrit pour des gens qui attendent depuis longtemps. Peut-être que tu es dans cette situation. Tu pries depuis des années, tu désires l’Esprit depuis des années, et la grande consolation dont parlent les mystiques semble toujours repoussée.
La réponse d’Avila à cette situation n’est ni une promesse d’imminence magique, ni une invitation à relativiser ton attente. C’est une affirmation : « aucun de ceux qui l’invoquent ne finit privé de sa consolation. » La consolation viendra. Garde ta confiance non pas comme une naïveté, mais comme une certitude théologique fondée sur la fidélité de Dieu.
Il peut être utile, dans ces périodes longues, de relire les psaumes d’attente — le Psaume 22, le Psaume 63, le Psaume 130. Ces textes ont été priés par des générations de croyants qui attendaient dans la nuit. Ils témoignent que l’attente longue n’est pas une anomalie de la vie spirituelle — c’est une de ses formes les plus authentiques.
Jean d’Avila a écrit ce texte pour un destinataire précis, dans un contexte précis — l’Espagne du Concile de Trente, où la réforme de l’Église demandait des âmes solides, capables d’intériorité et de persévérance. Mais ses mots ont une portée qui dépasse largement ce contexte. Ils parlent à quiconque a jamais prié dans le silence et attendu une réponse qui tardait à venir.
Ce que Jean d’Avila nous offre, finalement, ce n’est pas une recette pour forcer la venue de l’Esprit. C’est une pédagogie de la confiance. Il nous apprend à habiter l’attente — non comme un couloir sans intérêt où l’on piétine, mais comme un lieu de formation, de dilatation, de préparation à quelque chose de plus grand que ce que nous pourrions imaginer.
L’Esprit vient. Il ne t’a pas oublié. Et le désir que tu as de lui est déjà sa trace en toi.
Jean d’Avila, Lettre spirituelle sur l’attente de l’Esprit Saint.
✝ Références bibliques
5 passages · 5 livres
Vous recevrez une force, celle du Saint-Esprit… vous serez mes témoins. (Ac 1,8)
La naissance et l'expansion de l'Église de Jérusalem jusqu'à Rome sous l'action de l'Esprit.
→ Explorer le Codex Actes des Apôtres- De Dar-es-Salaam à Tachkent : la géographie missionnaire de Léon XIV
- « Un dans le Christ, unis dans la mission » : les Œuvres pontificales missionnaires à l’heure du courage et de la conversion
- Madrid, porte du monde : Léon XIV, l’Espagne et le refus d’être instrumentalisé
- Le jeudi de l’Ascension n’existe plus en Amérique — et c’est un problème théologique

Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. (Gn 1,1)
Premier livre de la Bible : création du monde, chute, patriarches d'Abraham à Joseph.
→ Explorer le Codex Genèse- Une encyclique sans propriétaire : Magnifica Humanitas et le miroir américain
- Magnifica Humanitas : quand l’Église parle à l’humanité entière, dans sa langue
- Mourir dans la dignité ou mourir par choix : ce que le Sénat a dit à la France
- Écouter la terre et les pauvres : la conversion écologique au cœur de la foi catholique

Le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. (Lc 19,10)
L'Évangile de la miséricorde : Jésus proche des pauvres, des femmes et des pécheurs.
→ Explorer le Codex Luc- Celui qui n’est pas avec moi est contre moi (Lc 11, 14-23)
- À cette génération il ne sera donné que le signe de Jonas le prophète (Lc 11, 29-32)
- Cette génération devra rendre compte du sang de tous les prophètes depuis le sang d’Abel jusqu’au sang de Zacharie (Lc 11, 47-54)
- Quel malheur pour vous, pharisiens ! Vous aussi, les docteurs de la Loi, malheureux êtes-vous ! (Lc 11, 42-46)
- Donnez plutôt en aumône ce que vous avez, et alors tout sera pur pour vous (Lc 11, 37-41)

Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. (Mt 28,20)
L'Évangile du Roi : Jésus, nouveau Moïse, accomplit les Écritures pour Israël et les nations.
→ Explorer le Codex Matthieu
Le juste vivra par la foi. (Rm 1,17)
La grande synthèse théologique de Paul : péché, grâce, justification et vie en Esprit.
→ Explorer le Codex Romains- L’Esprit intercède par des gémissements inexprimables (Rm 8, 22-27)
- Proclamez l’Évangile à toute la création (Mc 16, 15-20)
- L’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus habite en vous (Rm 8, 8-11)
- Aucune créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ (Rm 8, 31b-39)
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