- Une parole qui remonte en deçà des confessions
- Le mot « racines » n’est pas un slogan
- Un héritage « apostolique » avant d’être « confessionnel »
- Le mot « ferveur » : une conversion avant une méthode
- Augsbourg 1530 : une unité menacée, non rompue
- Ce que le pape dit du 25 juin 1530
- Quatre pierres déjà posées
- Relire sans naïveté ni soupçon
- La mémoire guérie : de l’accusation à l’aveu
- Des témoins œcuméniques pour un Christ qui ne soit pas une « parole étrangère »
- Le Christ, une « parole étrangère » ?
- Des témoins avant des délégués
- Une unité reçue plutôt que fabriquée
- Le contexte d’une Europe en quête de sens
- Ce que vous pouvez faire dès maintenant
- Lectio divina
- ✝ Références bibliques
13Conserve le souvenir fidèle des saines instructions que tu as reçues de moi sur la foi et la charité qui est en Jésus-Christ. 14Garde le bon dépôt par le Saint-Esprit qui habite en nous.
12Je veux dire que tel d’entre vous dit : « Moi, je suis à Paul tel autre : et moi, à Apollos et moi à Céphas et moi, au Christ » 13Le Christ est-il divisé ? Est-ce Paul qui a été crucifié pour vous ? Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ?
4Il n’y a qu’un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés par votre vocation à une même espérance. 5Il n’y a qu’un Seigneur, une foi, un baptême,
Le 1er octobre 2026, Léon XIV a dit aux représentants de la Fédération luthérienne mondiale quelque chose de plus audacieux qu’une courtoisie diplomatique. Il leur a demandé de revenir « avec une profonde ferveur » à des racines qui précèdent les confessions, c’est-à-dire à la foi de l’Église des origines et des Pères. Il ne s’agit pas de reculer vers un passé idéalisé. Il s’agit de retrouver le sol sur lequel catholiques et luthériens se tenaient encore ensemble, avant que les sigles, les condamnations et les cultures de méfiance ne les séparent.
Cette parole tombe à un moment précis : quatre ans nous séparent de 2030, où l’on fêtera les cinq cents ans de la Confession d’Augsbourg. Pendant des siècles, ce texte a servi de bannière à l’un des camps. Le pape propose d’y voir autre chose, un « potentiel œcuménique préconfessionnel ». Un document longtemps lu comme une frontière deviendrait ainsi un seuil.
Une parole qui remonte en deçà des confessions
Le mot « racines » n’est pas un slogan
Le pape ne dit pas « revenons à Rome » ni « revenons à Wittenberg ». Il dit « nos racines communes ». Une racine ne se discute pas comme une position : elle nourrit l’arbre, et personne ne peut la revendiquer seul. En désignant « la foi de l’Église primitive et des Pères de l’Église », Léon XIV choisit un terrain que les deux traditions reconnaissent. Les luthériens ont toujours voulu fonder leur confession sur l’Écriture et sur la foi de l’Église ancienne. Les catholiques, de leur côté, lisent dans les Pères la preuve que leur doctrine ne s’est pas inventée au fil des siècles.
Ce choix est donc moins neutre qu’il n’y paraît. Il rappelle que les Réformateurs eux-mêmes ne se pensaient pas comme les fondateurs d’une autre Église. Ils se voulaient fidèles à la foi reçue. Revenir aux racines, c’est leur donner raison sur ce point précis, tout en demandant aux catholiques de reconnaître que l’Église d’Occident avait besoin d’être réformée.
Un héritage « apostolique » avant d’être « confessionnel »
L’adjectif « préconfessionnel » mérite qu’on s’y arrête. Une confession de foi naît toujours d’un moment : elle répond à une crise, elle trace une ligne, elle exclut ce qui la menace. Avant ce moment, il existe un dépôt reçu, que Paul recommande à Timothée en ces termes : « Garde le beau dépôt, avec l’aide de l’Esprit Saint qui habite en nous » (2 Tm 1, 13-14). Ce dépôt n’appartient à aucun camp, et c’est vers lui que le pape ramène le regard.
Irénée de Lyon, déjà, opposait à l’esprit de division la « règle de foi » reçue des apôtres et gardée par toutes les Églises, de la même manière à Lyon et à Alexandrie. Augustin d’Hippone, devant les schismes de son temps, supplie les chrétiens de ne pas déchirer la tunique du Christ. Ces voix appartiennent aux catholiques comme aux luthériens, car Luther lui-même citait Augustin avec une constance remarquable. Les Pères ne forment pas un camp mais une maison commune, dont les deux traditions possèdent les clés.Le mot « ferveur » : une conversion avant une méthode
Le pape ajoute un mot qu’on attend peu dans un discours de dialogue : la ferveur. Les commissions théologiques ont besoin de patience, de précision et de textes, et elles ont produit des fruits considérables. Mais aucun accord ne se maintient s’il ne repose pas sur un élan du cœur. Léon XIV rappelle ce que François avait déjà dit : l’œcuménisme n’est pas un exercice de diplomatie ecclésiale mais un chemin de grâce. Il ne dépend pas des négociations humaines, il dépend de la grâce de Dieu.Cette phrase déplace l’attention de ceux qui négocient vers Celui qui rassemble. Elle nous évite aussi une tentation, celle de croire que l’unité sera le résultat d’un bon calendrier ou d’un compromis habile. Si l’unité est une grâce, il faut la demander, et la demander à genoux. L’œcuménisme devient alors une forme de prière avant d’être une forme de travail.
Augsbourg 1530 : une unité menacée, non rompue
Ce que le pape dit du 25 juin 1530
Léon XIV rappelle un détail que l’on oublie volontiers : quand la Confession d’Augsbourg est lue, le 25 juin 1530, devant l’empereur Charles Quint, l’unité de l’Église d’Occident est menacée mais elle n’est pas encore brisée. Le texte rédigé par Philippe Melanchthon, avec l’approbation de Martin Luther, ne se présente pas comme l’acte de naissance d’une Église nouvelle. Il veut montrer que les évangéliques ne s’écartent en rien de la foi catholique, telle que l’Église l’a toujours professée. Dans ses articles sur Dieu, sur le Christ, sur l’Église, la Trinité et l’Incarnation sont affirmées sans réserve.
Le pape ajoute que ce texte n’a été compris que plus tard comme un instrument de « confessionnalisation » divisive. Autrement dit, la division a été tardive, et elle a été en partie construite par les générations suivantes, par les polémiques, les alliances politiques et les guerres de religion. Reconnaître cela n’efface pas les désaccords réels, mais cela change la manière de les regarder : ils ne sont pas inscrits dans le texte comme une fatalité.
Quatre pierres déjà posées
Le pape ne part pas de zéro. Le dialogue officiel entre catholiques et luthériens existe depuis 1967, juste après le concile Vatican II, et il en est aujourd’hui à sa sixième phase. Le jalon le plus célèbre en est la Déclaration commune sur la doctrine de la justification, signée à Augsbourg en 1999 sous Jean-Paul II. Elle affirmait un consensus sur les vérités fondamentales de ce que Luther tenait pour l’article avec lequel l’Église se tient ou tombe : nous sommes sauvés par la grâce, dans la foi au Christ, et non par nos mérites seuls.Léon XIV invite aussi à relire des textes plus récents sur l’Eucharistie, sur le ministère dans l’Église et sur les chemins vers la communion. Son but est clair : une communion renouvelée dans la foi apostolique, dans les sacrements et dans les ministères. Ce triptyque dit honnêtement où se trouvent les difficultés. On ne parle pas d’une simple amitié entre Églises, on parle de ce que l’on célèbre à l’autel et de qui est habilité à le faire.
Relire sans naïveté ni soupçon
Une relecture commune d’Augsbourg ne demande aucune naïveté. Le texte contient des affirmations que l’Église catholique ne peut pas simplement accepter telles quelles, notamment sur le ministère, sur certains abus qu’il dénonce et sur la manière de comprendre l’autorité. À l’époque, les théologiens catholiques avaient répondu par une Réfutation. Mais le pape suggère une autre lecture, qui consiste à distinguer ce que le texte dit de la foi reçue et ce que l’histoire en a fait comme drapeau.
Dans cette perspective, le chantier de 2030 est ambitieux : parvenir à une compréhension commune, voire à une déclaration partagée sur la Confession d’Augsbourg. La responsable du secrétariat de la Fédération luthérienne mondiale a salué cette perspective, car ce texte reste vivant pour les Églises luthériennes du monde entier. Qu’un pape et une communion luthérienne puissent un jour dire ensemble « voici ce que nous confessons de ce texte » serait déjà un événement. Ce serait aussi un acte de guérison de la mémoire.
La mémoire guérie : de l’accusation à l’aveu
Guérir la mémoire ne veut pas dire l’effacer. Cela veut dire que chacun cesse de raconter le passé comme un procès où il se tient seul à la barre des plaignants. Les catholiques ont à reconnaître les abus qui ont provoqué la colère des Réformateurs, et les luthériens à reconnaître les violences, les ruptures et les caricatures qui ont suivi. Cette double reconnaissance est un travail de vérité, et la vérité est la condition de la charité.
On peut y voir ce que Paul décrit aux Corinthiens, qui se réclamaient chacun d’un maître : « Chacun de vous parle ainsi : « Moi, j’appartiens à Paul », « moi, à Apollos », « moi, à Pierre »… Le Christ est-il divisé ? » (1 Co 1, 12-13). La question de l’Apôtre n’a rien perdu de sa force. Elle ne demande pas qui a raison, elle demande à qui l’on appartient. Et la réponse n’est ni Rome ni Wittenberg, mais Celui qui a été crucifié pour nous.

Des témoins œcuméniques pour un Christ qui ne soit pas une « parole étrangère »
Le Christ, une « parole étrangère » ?
La conclusion du discours est peut-être sa phrase la plus pénétrante : le Christ ne doit pas devenir une « parole étrangère » dans notre monde. Le pape ne parle pas ici de politique des Églises mais de la perception de l’Évangile par ceux qui n’y croient pas ou qui n’y croient plus. Une parole devient étrangère quand on ne la comprend plus, mais aussi quand ceux qui la portent se contredisent. Un monde qui voit des chrétiens divisés entend un message divisé.
Le Christ lui-même avait lié ces deux réalités dans la prière qu’on lit chez Jean : que tous soient un, afin que le monde croie. L’unité n’est donc pas un luxe d’institutions, c’est une condition de la crédibilité de la mission. Chaque désunion que nous entretenons rend l’Évangile un peu plus lointain pour ceux qui l’écoutent. Chaque pas vers la communion le rend un peu plus proche.
Des témoins avant des délégués
Léon XIV demande « des témoins œcuméniques du Christ », qui le fassent connaître par leur vie et par leurs actes. Le mot « témoin » est très précis. Il ne désigne pas un représentant, un négociateur ou un expert, mais quelqu’un dont l’existence rend l’Évangile crédible. On peut imaginer une paroisse catholique et une paroisse luthérienne d’un même quartier qui organisent ensemble une distribution de repas pour les personnes isolées, puis lisent la Parole ensemble le soir. Ce petit geste vaut plus qu’un communiqué, car il montre sans le dire que le Christ est un.
Cet appel s’adresse aux théologiens, mais pas à eux seuls. Le pape a invité « tous les croyants, et en particulier les théologiens » à fixer leur regard sur le Christ et son Évangile. Cela rappelle que l’œcuménisme n’est pas réservé à quelques spécialistes. Il se joue dans les familles mixtes, dans les aumôneries d’hôpitaux et dans les prières partagées. Il se joue partout où des baptisés se reconnaissent d’abord comme tels.
Une unité reçue plutôt que fabriquée
Quand Paul écrit aux Éphésiens, il ne leur demande pas de créer l’unité mais de la garder : « Un seul Corps et un seul Esprit, comme il y a une seule espérance au terme de l’appel que vous avez reçu ; un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême » (Ep 4, 4-5). L’unité précède nos efforts, car elle est donnée avec le baptême. Notre travail consiste à la rendre visible, c’est-à-dire à l’empêcher d’être une idée abstraite que chacun invoque sans la vivre.
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Léon XIV1514 articles
Léon XIV, premier pape américain, face à l’IA et au numérique : profil, héritage social de Léon XIII et enjeux…
Accéder au dossier →C’est exactement ce que dit le pape en parlant d’une « unité pleine et visible ». Le mot « visible » compte. Les catholiques ne se contentent pas d’une unité spirituelle invisible, ils attendent des signes : une même table eucharistique, des ministères reconnus, une foi professée ensemble. Les luthériens, eux aussi, souhaitent une communion réelle, et pas seulement des échanges aimables. Sur ce point, les deux traditions se rejoignent, même si les chemins restent longs.
Le contexte d’une Europe en quête de sens
Il n’est pas indifférent que cette parole vienne quelques jours après la visite du pape en France, qui s’est achevée à Metz le 28 septembre autour d’une rencontre consacrée aux racines de l’Europe, de la paix et de l’unité. Là aussi, le pape a insisté sur l’idée qu’il s’agit non de convertir l’autre mais de marcher avec lui. Les deux discours se répondent : une Europe qui oublie ses racines chrétiennes perd une partie de son souffle, et des chrétiens qui oublient leurs racines communes perdent la force de la porter.
Cette Europe est aussi celle où se sont produites les ruptures du XVIe siècle, avec leur cortège de guerres et d’exils. Qu’un pape vienne y plaider pour la réconciliation à l’approche d’un anniversaire d’Augsbourg a donc une portée symbolique forte. Ce qui a déchiré le continent pourrait devenir ce qui contribue à le réconcilier, si l’on accepte de regarder cette histoire ensemble.
Ce que vous pouvez faire dès maintenant
Vous n’avez pas à attendre 2030 pour entrer dans ce mouvement. Vous pouvez d’abord prier, chaque semaine, pour l’unité des chrétiens, en nommant précisément vos frères et sœurs luthériens. Vous pouvez lire quelques pages des Pères, ne serait-ce que quelques lignes d’Irénée ou d’Augustin, et constater avec quelle simplicité ils parlent de Dieu. Vous pouvez enfin prendre contact avec une paroisse protestante proche de chez vous et proposer une rencontre biblique commune.
Ces gestes sont modestes, mais ils sont exactement ceux que demande le pape : revenir aux racines en les vivant. L’unité se construit rarement par de grands coups d’éclat. Elle se fabrique, ou plutôt elle se reçoit, par des fidélités quotidiennes, patientes et joyeuses, avec une ferveur qui ne se lasse pas.
Lectio divina
« Un seul Corps et un seul Esprit, comme il y a une seule espérance au terme de l'appel que vous avez reçu » Ep 4, 4
Quelle division gardes-tu au fond de toi comme si elle était normale ? À quel frère, à quelle sœur d'une autre confession n'as-tu jamais vraiment adressé la parole ? Et si l'unité n'était pas à construire mais à reconnaître, qu'est-ce qui, en toi, résiste encore à la recevoir ?
Seigneur, tu as fait un seul Corps de ceux que nous avons séparés. Tu as semé un seul Esprit dans des cœurs qui ne se parlaient plus. Nous avons bâti des murs là où tu avais tendu une seule espérance. Reviens, avec ta douceur, aux racines de nos Églises. Que la sève de ton baptême remonte jusqu'à nos branches fatiguées. Rends-nous un, non par nos accords, mais par ta grâce.
Une seule table dressée sous un ciel d'octobre, où le même pain fume entre des mains qui ne se sont jamais lâchées.
✝ Références bibliques
3 passages · 3 livres
Si je n'ai pas la charité, je ne suis rien. (1Co 13,2)
Unité de l'Église, problèmes éthiques et hymne à la charité pour la communauté de Corinthe.
→ Explorer le Codex 1 Corinthiens- Tout est à vous, mais vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu (1 Co 3, 18-23)
- Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi (1 Co 1, 26-31)
- Nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs. Mais pour ceux que Dieu appelle, il est sagesse de Dieu (1 Co 1, 17-25)
- En lui vous avez reçu toutes les richesses (1 Co 1, 1-9)
- Avant l’Europe des traités, la paix des baptisés
- À Lourdes, le pape qui revient chez lui : quand la Vierge façonne un cœur avant qu’il ne devienne Pierre
- Quand César veut baiser l’anneau du Pêcheur
- Moscou, mardi : quand une Église de moins de 400 000 âmes devient le vrai sujet de la diplomatie vaticane

Toute Écriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner. (2Tm 3,16)
Testament spirituel de Paul avant son martyre : fidélité à l'Évangile dans l'épreuve.
→ Explorer le Codex 2 Timothée- Le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes. Les disciples avaient peur de l’interroger sur cette parole (Lc 9, 43b-45)
- Si vous avez la foi, rien ne vous sera impossible (Mt 17, 14-20)
- Ravive le don gratuit de Dieu, ce don qui est en toi depuis que je t’ai imposé les mains (2 Tm 1, 1-3.6-12)
- Dieu nous appelle et nous éclaire (2 Tm 1, 8b-10)
- J’ai souvenir de la foi sincère qui est en toi (2 Tm 1, 1-8)

Revêtez l'armure de Dieu pour tenir ferme. (Ep 6,11)
Mystère de l'Église corps du Christ : unité, vie nouvelle et combat spirituel.
→ Explorer le Codex Éphésiens🌍 4 pays concernés
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