Saint Jérôme donne la Bible en latin au monde
Moine érudit et traducteur infatigable, Jérôme de Stridon quitte Rome pour Bethléem où il consacre trente ans à traduire la Bible depuis l’hébreu et le grec. Entre désert syrien, controverses romaines et cellule palestinienne, son tempérament ardent façonne une œuvre qui devient la Vulgate, texte officiel de l’Église latine pendant plus de mille ans. Docteur de l’Église depuis 1298, il reste le saint patron des traducteurs, des bibliothécaires et de tous ceux qui aiment scruter le texte sacré jusqu’à l’obsession.
Le 30 septembre, l’Église fête saint Jérôme, prêtre du Ve siècle mort à Bethléem en 420. Ce Dalmate au caractère volcanique a offert à l’Occident chrétien sa première traduction intégrale et savante de la Bible, la Vulgate. Alors que le pape François lui a consacré une lettre en 2020 pour les 1600 ans de sa mort, sa figure interpelle notre époque saturée d’images : et si la vraie urgence restait de lire, comprendre et vivre l’Écriture, plutôt que de la commenter en surface ?
Du désert syrien à la cellule de Bethléem
Naître vers 347 à Stridon, aux confins de la Dalmatie et de la Pannonie, dans une famille chrétienne aisée : voilà le point de départ d’Eusebius Sophronius Hieronymus, que l’histoire retiendra sous le nom de Jérôme. Ses parents l’envoient tôt à Rome pour y recevoir une éducation classique complète. Il y étudie la grammaire auprès du célèbre Donat, se passionne pour Virgile et Cicéron, et acquiert une maîtrise du latin qui ne le quittera plus.À Rome, vers l’âge de dix-neuf ans, Jérôme demande le baptême. Le fait est solidement attesté par ses propres écrits autobiographiques. Ce geste marque un tournant : le jeune lettré, nourri de culture païenne, choisit désormais le Christ comme horizon. Mais la question de sa vocation reste ouverte pendant de longues années, et cette indécision structure toute la première partie de sa vie.
Vers 373, après une brouille avec les siens, Jérôme part pour la Syrie. Il s’installe dans le désert de Chalcis, où il mène une vie d’ermite pendant environ deux ans. Cette expérience érémitique, rude et solitaire, le confronte à ses propres tentations : il racontera plus tard avoir été hanté par le souvenir des banquets romains alors qu’il jeûnait sous le soleil syrien. C’est là, aussi, qu’il commence à apprendre l’hébreu auprès d’un moine converti, effort peu commun chez un lettré latin de son temps.
Le désert ne suffit pas à combler son besoin d’action et d’échange intellectuel. Jérôme se rend à Antioche, ville réputée pour son école exégétique, où il perfectionne son grec. Il y est ordonné prêtre, bien qu’il n’ait jamais exercé de charge pastorale régulière, préférant l’étude à la liturgie paroissiale. Il séjourne ensuite à Constantinople, où il rencontre Grégoire de Nazianze, alors évêque de la ville, et découvre l’œuvre exégétique d’Origène, qui influencera durablement sa méthode de lecture des Écritures.
En 382, Jérôme retourne à Rome dans la suite du pape Damase Ier, qui le prend comme secrétaire. Sa culture exceptionnelle et sa maîtrise des langues bibliques en font l’homme de confiance du pontife. Damase lui confie une mission décisive : réviser les traductions latines existantes des Évangiles, jugées trop disparates et parfois fautives. C’est le point de départ de ce qui deviendra la Vulgate.
Ces années romaines voient aussi Jérôme entouré d’un cercle de femmes chrétiennes de l’aristocratie, parmi lesquelles Paula et sa fille Eustochium. Il devient leur père spirituel, leur enseigne l’hébreu et les initie à une lecture exigeante des Écritures. Ce succès auprès des laïcs lui vaut autant d’admiration que de jalousies, dans une Rome où l’ascétisme chrétien radical dérange encore les mœurs sénatoriales.
La mort de Damase, en 384, prive Jérôme de son protecteur. Son caractère entier, ses polémiques et les rumeurs entourant sa proximité avec Paula le contraignent à quitter Rome l’année suivante. Il part pour la Terre sainte, visite l’Égypte et ses monastères, puis se fixe définitivement à Bethléem en 386. Paula, restée fidèle, l’y suit avec sa fille et finance la fondation de deux monastères, l’un masculin dirigé par Jérôme, l’autre féminin dirigé par elle-même.
Bethléem devient le lieu de sa vocation accomplie. Installé dans une grotte proche du site traditionnel de la Nativité, Jérôme se consacre pendant plus de trente ans à l’étude et à la traduction de la Bible. Il reprend les textes hébreux et grecs à la source, plutôt que de se contenter des versions latines antérieures, choix méthodologique novateur pour l’époque. Cette traduction, appelée plus tard la Vulgate, deviendra le texte biblique officiel de l’Église latine pendant plus d’un millénaire.
Le contexte historique de cette entreprise mérite d’être rappelé : l’Empire romain d’Occident traverse une crise profonde, entre invasions barbares et fractures théologiques. Jérôme correspond avec Augustin d’Hippone, avec qui il entretient des échanges parfois tendus sur des questions d’exégèse. Il s’engage aussi dans plusieurs controverses doctrinales, notamment contre Pélage et contre certains disciples d’Origène, révélant un tempérament combatif qui ne s’apaise pas avec l’âge.
Jérôme meurt à Bethléem le 30 septembre 420, après une vie entièrement tournée vers le texte sacré. Ses restes sont d’abord inhumés près de la grotte de la Nativité, avant d’être, selon une tradition tardive et non authentifiée, transférés à la basilique Sainte-Marie-Majeure de Rome. L’Église le proclame docteur en 1298, sous le pontificat de Boniface VIII, le rangeant parmi les quatre grands Pères de l’Église latine, aux côtés d’Ambroise, d’Augustin et de Grégoire le Grand.
Distinguer ce qui relève du fait avéré, de la légende et de la réception ultérieure éclaire la figure de Jérôme sans la figer. Le fait établi : Jérôme a réellement produit, à partir des textes originaux hébreux et grecs, une traduction latine cohérente de l’ensemble de la Bible, travail attesté par sa correspondance et ses préfaces. La légende, quant à elle, s’est développée surtout autour de l’épisode du lion de Bethléem, dont il sera question plus loin, sans fondement dans les sources antiques les plus anciennes. La réception, enfin, a construit au fil des siècles l’image d’un savant austère et solitaire, alors que les textes montrent aussi un homme de réseau, engagé dans les querelles théologiques et les amitiés épistolaires de son temps.
Son œuvre dépasse largement la seule traduction biblique. Jérôme rédige des commentaires sur presque tous les livres bibliques, des traités polémiques, une chronique historique universelle et le De viris illustribus, catalogue des auteurs chrétiens illustres inspiré de Suétone. Il est ainsi considéré comme le fondateur du genre hagiographique chrétien, discipline dont relève précisément cette fiche. Son érudition triple, en hébreu, en grec et en latin, reste rare parmi les Pères de l’Église occidentale, la plupart d’entre eux ignorant l’hébreu.
Le pape Benoît XVI, lors de l’audience générale du 7 novembre 2007, rappelait que Jérôme «mit la Bible au cœur de son existence» et s’appliqua «à la vivre quotidiennement», au-delà du seul travail savant. Le pape François, dans sa lettre apostolique Scripturae Sacrae affectus publiée le 30 septembre 2020 pour le seizième centenaire de sa mort, a salué en lui un modèle d’amour concret pour la Parole de Dieu, insistant sur l’actualité de son intuition : ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ.
Le lion, la Vulgate et un caractère de feu
Un fait solidement documenté domine toute approche sérieuse de Jérôme : sa traduction de la Bible en latin à partir des textes originaux, entreprise unique dans l’Antiquité chrétienne tardive. Contrairement à la majorité des exégètes de son temps, qui commentaient la Vieille Latine ou la Septante grecque sans remonter à l’hébreu, Jérôme apprend cette langue auprès de maîtres juifs, démarche jugée audacieuse et parfois suspecte par certains contemporains. Ses lettres, ses préfaces aux livres bibliques et sa correspondance avec Augustin d’Hippone attestent, sans ambiguïté possible, la réalité et la méthode de ce travail colossal, mené pour l’essentiel dans sa cellule de Bethléem entre 386 et 420.
La légende la plus célèbre attachée à son nom est sans conteste celle du lion. Le récit, popularisé au Moyen Âge par la Légende dorée de Jacques de Voragine, raconte qu’un lion blessé à la patte par une épine serait entré un jour dans le monastère de Bethléem. Terrorisés, les autres moines auraient fui, mais Jérôme, sans crainte, aurait examiné la patte, retiré l’épine et soigné l’animal. Reconnaissant, le lion serait resté fidèlement à ses côtés, veillant sur l’âne du monastère et devenant un compagnon familier de sa vie quotidienne.
Peu importe, en un sens, l’exactitude historique de l’épisode : sa portée symbolique s’est imposée indépendamment de sa véracité. Le lion devient, dans l’iconographie chrétienne, l’attribut immédiatement reconnaissable de Jérôme, au même titre que le chapeau de cardinal, autre anachronisme puisque la fonction cardinalice n’existait pas sous cette forme à son époque. Cette image du savant apprivoisant la force sauvage traduit une intuition profonde : l’érudition et l’ascèse, poussées jusqu’au bout, peuvent pacifier ce qui semblait indomptable, y compris, implicitement, le propre tempérament colérique du saint.
Car la réception historique de Jérôme s’est aussi construite autour de son caractère, unanimement décrit comme difficile. Ses lettres témoignent d’invectives d’une violence rare contre ses adversaires théologiques, notamment Rufin d’Aquilée, ancien ami devenu rival dans la querelle origéniste, ou Jean de Jérusalem. Cette âpreté polémique, loin d’être occultée par la tradition, est explicitement reconnue par l’Église : Jérôme passe, selon une formule répandue, pour l’un des tempéraments les plus rudes de la communion des saints, ce qui ne l’empêche nullement d’être vénéré comme docteur.
L’art occidental s’est emparé massivement de cette double image, érudite et léonine. Le Caravage peint au moins trois versions de Saint Jérôme écrivant, entre 1605 et 1608, le montrant vieilli, penché sur son texte dans une lumière dramatique, parfois accompagné d’un crâne rappelant la vanité des choses terrestres. D’autres artistes, comme Guillaume Coustou pour la chapelle royale de Versailles, le représentent en vieillard tenant un rouleau, symbole de son œuvre épistolaire et exégétique. Ces représentations, réparties dans les grands musées européens, du Louvre à la galerie Borghèse, ont fixé durablement l’image d’un homme habité par l’étude jusqu’à l’épuisement.
La réception théologique, elle, retient surtout la formule devenue proverbiale : ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ. Cette phrase, tirée du prologue de son commentaire sur Isaïe, résume à elle seule le projet de toute une vie et explique pourquoi l’Église continue, seize siècles plus tard, à faire de Jérôme le patron naturel des traducteurs, des bibliothécaires et de quiconque s’efforce de rendre la Parole de Dieu accessible dans une langue nouvelle.
Le pape François, dans sa lettre Scripturae Sacrae affectus de 2020, revient précisément sur cette tension entre rigueur savante et tempérament emporté, sans chercher à la gommer artificiellement. Il souligne que la sainteté de Jérôme ne réside pas dans une douceur de caractère qu’il n’a jamais eue, mais dans la constance absolue de son amour pour le texte biblique, malgré ses failles humaines pleinement assumées. Cette lecture contemporaine invite à ne pas trancher entre l’homme irascible des lettres polémiques et le contemplatif silencieux de la grotte de Bethléem : les deux coexistent, et c’est précisément cette coexistence qui rend sa figure crédible et proche.
Un dernier point mérite mention dans cette clarification entre fait, légende et réception : le titre de cardinal souvent attribué à Jérôme dans l’iconographie relève d’un anachronisme assumé par la tradition artistique plutôt que d’une erreur historique naïve. Les peintres de la Renaissance, en le vêtant de rouge, cherchaient moins à documenter une fonction ecclésiale inexistante à son époque qu’à signifier, par un langage visuel compréhensible de leurs contemporains, la dignité éminente d’un docteur de l’Église parmi les plus savants de la tradition latine.
Aimer le texte jusqu’à s’y perdre
Traduire n’est jamais un geste neutre. Passer l’hébreu et le grec au filtre du latin, mot après mot, exige une patience que peu d’hommes de son temps possèdent. Jérôme incarne cette vertu rare : la fidélité obstinée à une tâche invisible, menée dans l’ombre d’une grotte, loin des honneurs romains qu’il aurait pu conserver.
Son tempérament colérique n’annule pas sa sainteté ; il la rend crédible. L’Évangile ne demande pas des personnalités lisses, mais des cœurs tournés vers Dieu malgré leurs failles. Jérôme se dispute avec Augustin, insulte Rufin, s’emporte contre ses adversaires théologiques, et pourtant il demeure, jusqu’à sa mort, absolument fidèle à l’Écriture qu’il sert. Cette tension entre la rudesse de l’homme et la douceur du texte qu’il transmet rejoint une intuition universelle : la sainteté ne supprime pas le caractère, elle l’oriente.
Il y a, dans cette persévérance solitaire, un écho direct des Béatitudes. «Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés» (Mt 5, 6). Jérôme a faim et soif du sens exact d’un mot hébreu, de la nuance perdue dans une traduction approximative, et cette faim spirituelle nourrit toute son existence. Sa cellule de Bethléem devient un désert intérieur où se rejoue, chaque jour, un combat contre la facilité et l’à-peu-près.
L’image concrète qui résume le mieux ce message est celle du copiste penché sur son pupitre, une lampe à huile pour seule compagnie, recommençant vingt fois la même phrase jusqu’à ce qu’elle rende justice au texte original. Cette exigence parle directement à notre époque de contenus rapides et de traductions automatiques : elle rappelle que la Parole mérite un temps long, une attention presque amoureuse, un respect qui ne se satisfait jamais de l’approximatif.
Jérôme invite enfin à ne pas séparer l’étude de la prière. Il l’écrit lui-même sans détour : «Priez-vous ? Vous parlez au Seigneur. Lisez-vous l’Écriture sainte ? C’est Lui qui vous parle.» Cette phrase, d’une simplicité désarmante, transforme la lecture biblique en dialogue vivant plutôt qu’en exercice savant. Pour quiconque travaille aujourd’hui à transmettre, commenter ou traduire la Parole de Dieu, sur un site, dans une catéchèse ou une conversation ordinaire, Jérôme reste un compagnon exigeant : il rappelle que la rigueur intellectuelle et la ferveur du cœur ne s’opposent jamais, elles se nourrissent l’une l’autre.
Lectio divina
«Ignorer les Écritures, c'est ignorer le Christ» — saint Jérôme, prologue au commentaire d'Isaïe.
Tu ouvres parfois la Bible en vitesse, entre deux tâches, sans vraiment t'arrêter sur un mot. Jérôme, lui, a donné trente ans à chercher le terme juste. Et toi, quelle place réelle laisses-tu au texte sacré dans tes journées chargées ? Peux-tu nommer le dernier verset qui t'a vraiment arrêté, questionné, dérangé ? Le silence qui suit cette question n'a pas besoin de réponse immédiate.
Seigneur, toi qui as parlé par les prophètes et par ton Fils, apprends-moi la patience du traducteur. Comme Jérôme dans sa grotte de Bethléem, donne-moi de chercher le mot juste plutôt que le mot facile. Tu connais mon impatience, mes raccourcis, mes lectures trop rapides de ta Parole. Comme le lion apprivoisé, désarme en moi ce qui reste sauvage et pressé. Fais de mon cœur une cellule silencieuse où ta voix trouve enfin de la place. Amen.
Une lampe à huile qui vacille sur un parchemin couvert d'hébreu, dans le silence d'une grotte près de la crèche.
Prière
Seigneur mon Dieu, en ce jour où l’Église se souvient de saint Jérôme, je viens te demander la grâce d’aimer ta Parole comme il l’a aimée, jusqu’à y consacrer toute une vie. Il a quitté Rome, ses honneurs et ses certitudes, pour s’enfermer dans une grotte de Bethléem et traduire, mot après mot, ton Écriture sainte. Donne-moi, à ma mesure, ce même désir de fidélité dans les tâches obscures que tu me confies chaque jour.
Tu sais, Seigneur, combien je suis pressé, combien je survole souvent ce qui mériterait un regard patient. Jérôme a passé des années sur un seul verset, cherchant le mot hébreu exact, refusant l’approximation. Apprends-moi cette lenteur féconde, cette attention qui ne se satisfait pas du premier sens venu. Que je sache, moi aussi, m’arrêter sur une phrase de ton Évangile jusqu’à ce qu’elle me parle vraiment, plutôt que de la lire distraitement et de passer à autre chose.
Je te confie aussi mon tempérament, avec ses aspérités et ses emportements. Jérôme fut un homme rude, coléreux, souvent injuste envers ceux qui le contredisaient. Et pourtant tu as fait de lui un docteur de ton Église, sans effacer d’un trait ce qui restait imparfait en lui. Seigneur, ne me demande pas d’être parfait avant de te servir ; demande-moi seulement d’être fidèle, comme lui, malgré mes propres colères et mes propres impatiences.
Donne-moi la force dans les moments de solitude, quand le travail semble long et sans reconnaissance immédiate. Jérôme a écrit dans l’ombre, loin des foules, avec pour seule compagnie la lampe, le parchemin et, dit la légende, un lion apprivoisé. Que je trouve, moi aussi, dans le silence de mes propres tâches quotidiennes, une présence amicale qui me soutient et m’empêche de céder au découragement.
Apprends-moi enfin à transmettre ce que je reçois de toi. Jérôme n’a pas gardé la Bible pour lui seul : il l’a traduite pour que d’autres, dans une langue qu’ils comprennent, puissent l’entendre et la vivre. Que mon travail, quel qu’il soit, serve toujours à rapprocher quelqu’un de ta Parole plutôt qu’à m’enfermer dans ma propre satisfaction. Fais de moi un passeur humble, patient, fidèle jusqu’au bout, comme ce vieux savant de Bethléem qui n’a cessé d’écrire jusqu’à son dernier souffle. Par Jésus, le Christ, ton Verbe fait chair, que Jérôme a servi toute sa vie durant. Amen.
À vivre
Choisir un verset biblique et le lire trois fois lentement, en s’arrêtant sur un mot qui résiste ou surprend.
Traduire ou expliquer simplement un passage d’Écriture à quelqu’un qui ne le connaît pas, un enfant, un collègue, un ami éloigné de la foi.
Prendre dix minutes de lectio divina sur Mt 5, 6, en notant ce que ce verset révèle de sa propre faim spirituelle du moment.
De Bethléem à Sainte-Marie-Majeure, la géographie d’un culte
Le tombeau originel de Jérôme se trouve à Bethléem, dans le complexe de grottes attenant à la basilique de la Nativité. Il y est inhumé en 420, tout près du lieu où la tradition situe la naissance du Christ, choix éminemment symbolique pour celui qui a consacré sa vie à faire résonner la Parole faite chair. Aujourd’hui encore, l’église Sainte-Catherine, adjacente à la basilique, gérée par les franciscains, conserve un accès à ces grottes, où les pèlerins peuvent visiter le lieu traditionnel de sa cellule d’étude et de son tombeau.
Une tradition tardive, non authentifiée par les historiens, affirme que ses restes auraient ensuite été transférés à Rome, à la basilique Sainte-Marie-Majeure, lors des invasions en Terre sainte. Cette basilique, l’une des quatre grandes basiliques papales de Rome, demeure un lieu de vénération important pour les fidèles attachés à sa mémoire. En 2020, pour le seizième centenaire de sa mort, deux fragments d’os conservés dans un couvent romain ont été identifiés comme reliques de Jérôme et transportés à Bethléem, dans un geste fort de réconciliation géographique entre les deux lieux de son histoire.
En France, le sanctuaire de Toulouse dédié à saint Jérôme perpétue depuis quatre siècles une dévotion locale marquée. Chaque 30 septembre, la paroisse célèbre sa fête patronale par plusieurs messes suivies d’un moment convivial, signe d’un enracinement populaire qui dépasse le seul cercle des érudits. D’autres églises à travers le monde catholique portent son nom, souvent associées à des bibliothèques ou à des instituts bibliques, en cohérence avec son patronage des traducteurs et des exégètes.
L’art occidental a multiplié les représentations de Jérôme, faisant de lui l’un des Pères de l’Église les plus peints de l’histoire. Le Caravage lui consacre au moins trois toiles majeures : Saint Jérôme écrivant, conservé à la galerie Borghèse de Rome, Saint Jérôme en méditation, à l’abbaye de Montserrat près de Barcelone, et une troisième version peinte durant son exil maltais, conservée à la co-cathédrale Saint-Jean de La Valette. Ces œuvres, séparées par quelques années seulement, montrent l’évolution du peintre vers une sobriété toujours plus grande, concentrée sur l’intensité spirituelle du personnage plutôt que sur le décor.
À Versailles, la chapelle royale porte sur sa balustrade une statue monumentale de Jérôme sculptée par Guillaume Coustou entre 1707 et 1708, aux côtés des trois autres grands Pères de l’Église latine. Ce choix iconographique, voulu par Louis XIV, témoigne du prestige durable attaché à sa figure dans la France de l’Ancien Régime, bien au-delà des seuls cercles monastiques. Le musée du Louvre conserve par ailleurs une statuette en ivoire du XIXe siècle représentant le saint agenouillé, une pierre à la main, dans le geste de pénitence associé à sa légende érémitique.
L’ancrage régional de cette dévotion se manifeste aussi à travers les prénoms : chaque 30 septembre, l’Église rend hommage à tous les Jérôme, prénom d’origine grecque signifiant «nom sacré», particulièrement répandu dans les pays de tradition latine. Pour un site francophone consacré à la Bible et à l’actualité catholique, cette fête offre une occasion naturelle de relier étude biblique, patrimoine artistique et mémoire vivante d’un saint qui a fait de la traduction un acte spirituel à part entière.
Le monastère de Bethléem fondé par Jérôme et financé par Paula abritait, à l’origine, deux communautés distinctes : l’une masculine dirigée par Jérôme lui-même, l’autre féminine placée sous l’autorité de Paula puis d’Eustochium. Cette organisation, précoce dans l’histoire du monachisme occidental en Terre sainte, préfigure les structures doubles que l’on retrouvera plus tard dans certains ordres médiévaux. Les fouilles archéologiques menées autour de la basilique de la Nativité ont confirmé l’existence de ces bâtiments monastiques antiques, aujourd’hui largement absorbés par les constructions ultérieures.
La bibliothèque que Jérôme constitue à Bethléem, rassemblant manuscrits hébreux, grecs et latins, constitue l’une des collections savantes les plus riches de son époque en Orient chrétien. Aucun vestige matériel n’en subsiste directement, mais les innombrables citations et références présentes dans son œuvre permettent aux chercheurs de reconstituer partiellement son contenu. Cette bibliothèque disparue reste, pour les historiens du livre et de la transmission des textes, un objet de fascination durable, symbole d’un savoir patiemment accumulé au service d’une seule œuvre : rendre la Bible accessible à tout l’Occident latin.
Liturgie
La mémoire de saint Jérôme est célébrée le 30 septembre. Les lectures proposées évoquent souvent Baruc ou Zacharie sur la fidélité à la Parole, avec un psaume de type Ps 1 ou Ps 118, centré sur l’amour de la Loi et des Écritures méditées jour et nuit. L’Évangile retenu, selon les traditions locales, met en valeur soit le scribe instruit du Royaume (Mt 13, 52), soit l’importance de mettre en pratique la Parole entendue.Le chant ou hymne du jour peut reprendre le thème du docteur savant qui a mis sa science au service de l’Église, en écho aux hymnes traditionnelles pour la fête d’un docteur, insistant sur la lumière apportée par son enseignement au peuple de Dieu. La couleur liturgique est le blanc, propre aux fêtes des saints confesseurs et docteurs de l’Église, signe de la sainteté reconnue et de la fidélité au Christ jusqu’au bout de la vie.
Une collecte thématique adaptée à ce jour pourrait demander : «Dieu qui as donné à saint Jérôme l’amour ardent de l’Écriture sainte, accorde à ton peuple de se nourrir sans cesse de ta Parole et de la mettre en pratique.» Cette prière rejoint l’esprit des oraisons propres aux docteurs de l’Église, qui associent toujours science théologique et vie spirituelle vécue.
L’antienne ou répons associé à sa fête peut reprendre sa formule la plus célèbre, devenue quasi liturgique dans son usage catéchétique : «Ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ.» Cette phrase, tirée de son commentaire sur Isaïe, fonctionne comme un refrain qui accompagne naturellement toute célébration ou méditation consacrée à ce docteur biblique.
Le lien avec le temps liturgique en cours situe cette fête à la fin du mois de septembre, période ordinaire de l’année liturgique, peu après la fête des saints Archanges le 29 septembre et juste avant celle de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus le 1er octobre. Ce voisinage calendaire entre le grand docteur savant et la petite carmélite de l’enfance spirituelle offre un contraste fécond, rappelant que l’amour de l’Écriture peut se vivre aussi bien dans l’érudition la plus poussée que dans la simplicité d’un cœur d’enfant.
✝ Références bibliques
2 passages · 1 livre
Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. (Mt 28,20)
L'Évangile du Roi : Jésus, nouveau Moïse, accomplit les Écritures pour Israël et les nations.
→ Explorer le Codex Matthieu- Il y a un temps pour chaque chose sous le ciel (Qo 3, 1-11)
- Quand la sagesse d’Israël regarde le cœur de l’homme au grand jour (Pr 21, 1-6.10-13)
- Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait ; alors, à ta prière, tes péchés seront remis (Si 27, 30 – 28, 7)
- Heureux, vous les pauvres. Mais quel malheur pour vous, les riches (Lc 6, 20-26)
- Celui qui aime les autres a pleinement accompli la Loi (Rm 13, 8-10)
- Ce que saint Basile voit dans la vigne que nous refusons de garder
- Il n’a pas écrasé le roseau froissé : la patience selon Tertullien
- Aimer son ennemi, c’est enfin voir comme Dieu voit
- Grégoire de Nysse : l’échelle secrète cachée dans les Béatitudes
- Ce que Chrysostome voit dans le malheur des riches
- À Metz, un pape américain a remis l’Europe entre les mains de son propre saint
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- Sous leurs yeux, pars en plein jour, comme un exilé (Ez 12, 1-12)
- Dieu aime celui qui donne joyeusement (2 Co 9, 6-10)
- N’est-il pas le fils du charpentier ? Alors, d’où lui vient tout cela ? (Mt 13, 54-58)
- On ramasse dans des paniers ce qui est bon, et on rejette ce qui ne vaut rien (Mt 13, 47-53)
- De même que l’on enlève l’ivraie pour la jeter au feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde (Mt 13, 36-43)
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