Système ou péché : ce que le mot refusé par Léon XIV dit de nous

Système ou péché : ce que le mot refusé par Léon XIV dit de nous

Léon XIV refuse le mot « systémique » mais reconnaît des organisations abusives : que dit l’Écriture des pasteurs et du scandale ?

Équipe Via Bible
21 Lecture minimale

Ézéchiel 34, 2–4

2« Fils de l’homme, prophétise sur les pasteurs d’Israël ; prophétise et dis-leur, à ces pasteurs : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Malheur aux pasteurs d’Israël, qui n’ont fait que se paître eux-mêmes. N’est-ce pas le troupeau que les pasteurs doivent paître ? 3Vous mangiez la graisse, vous vous revêtiez de la laine, vous tuiez ce qui était gras ; vous ne paissiez pas le troupeau. 4Vous n’avez pas fortifié les brebis faibles, vous n’avez pas soigné celle qui était malade, vous n’avez pas pansé celle qui était blessée, vous n’avez pas ramené celle qui était égarée, vous n’avez pas cherché celle qui était perdue ; mais vous avez dominé sur elles avec violence et cruauté.

Luc 17, 1–2

1Jésus dit encore à ses disciples : « Il est impossible qu’il n’arrive pas des scandales, mais malheur à celui par qui ils arrivent. 2Il vaudrait mieux pour lui qu’on lui mit au cou une meule de moulin et qu’on le jetât dans la mer, que de scandaliser un seul de ces petits.

1 Corinthiens 12, 26

26Et si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui, si un membre est honoré, tous les membres s’en réjouissent avec lui.

Une parole sur le mot et la blessure

Deux heures à Lourdes, une nuance dans le ciel

Un mot a été prononcé, ou ne l’a pas été, et toute une Église retient son souffle. Dimanche 27 septembre, à Lourdes, sept personnes blessées par des membres de l’Église ont parlé à Léon XIV pendant deux heures, le double du temps prévu. Elles sont sorties en disant que le pape avait reconnu le caractère « systémique » des violences. Le lendemain, dans l’avion qui le ramenait de Metz vers Rome, il a nuancé : plusieurs victimes ont parlé d’abus systémiques, mais lui préfère l’exprimer autrement.

Il n’a pas nié pour autant. Il a reconnu que certaines organisations au sein de l’Église se sont parfois comportées, selon sa formule, « en système » de manière abusive. Ces mots sont précis. Entre « l’Église est systémiquement abusive » et « certaines organisations ont fonctionné comme un système abusif », il y a un écart que les associations de victimes mesureront à la virgule près. Vous le mesurerez aussi, vous qui lisez cette parole, car l’enjeu vous concerne.

Reconnaissons d’abord ce que ce moment a d’inédit. C’était la première fois qu’une rencontre avec des victimes figurait au programme d’un voyage apostolique. Le pape s’est assis dans une maison épiscopale, à quelques pas de la grotte, et il a écouté au lieu de parler. Les sept personnes venaient de paroisses, de collèges, de congrégations et de mouvements, c’est-à-dire de tous les visages de la vie ecclésiale. Cette diversité fait déjà réfléchir : la blessure n’a pas surgi d’un seul recoin, elle a traversé des lieux très différents.

Quelques heures plus tard, la Commission pontificale pour la protection des mineurs ouvrait sa plénière à Rome. Cette coïncidence n’est pas seulement un calendrier. Elle rappelle que l’écoute d’un pape ne vaut que si elle nourrit des décisions durables.

Pourquoi un mot pèse davantage qu’une nuance

Pour un catholique, les mots ne sont pas des ornements. La foi que vous professez repose sur un Verbe fait chair, et vous savez qu’un terme mal choisi peut trahir une vérité, tout comme un terme juste peut ouvrir une guérison. Le mot « systémique » signifie que le mal ne vient pas seulement de personnes coupables. Il vient aussi de mécanismes qui ont rendu ces fautes possibles, puis silencieuses. Il désigne la responsabilité de l’institution elle-même, par opposition à une succession de cas isolés.

Les victimes tiennent à ce mot pour une raison très concrète. Beaucoup d’entre elles n’ont pas seulement subi un agresseur. Elles ont subi ensuite la porte fermée, le déplacement discret du coupable, la parole doutée, la famille invitée à se taire pour « ne pas nuire à l’Église ». Cette deuxième blessure porte un nom : elle est l’œuvre d’un fonctionnement, pas d’un individu. Refuser le mot leur donne l’impression qu’on refuse de nommer cette seconde couche.

Le pape, lui, a des raisons de prudence que l’on doit entendre honnêtement. Il a rappelé que l’abus sexuel est d’abord un problème humain, présent dans toute la société. Il a ajouté que, lorsqu’il survient dans l’Église, il prend une dimension différente, puisque la vie de foi des personnes est profondément blessée, parfois détruite. Cette phrase compte plus que le débat lexical. Elle dit que le dommage n’est pas seulement psychique ou moral : il est spirituel, et c’est ce qui rend la faute ecclésiale si grave.

Qualifier tout de « système » comporte aussi un risque de confusion. On pourrait laisser croire que chaque prêtre, chaque paroisse, chaque communauté serait par nature complice. Or l’immense majorité des prêtres et des fidèles n’a rien à voir avec ces crimes, et ils en souffrent eux aussi. La justice demande des distinctions : pas de généralisation injuste, pas d’excuse pour les lieux où le mal a été couvert.

Le péché est personnel, la structure peut l’abriter

La tradition catholique offre ici une grille de lecture précieuse. Elle enseigne que le péché est d’abord un acte de la liberté d’une personne. Thomas d’Aquin le dit avec netteté : il n’y a de faute que là où quelqu’un choisit. Augustin d’Hippone, de son côté, a vu très tôt que les mauvais choix s’enracinent et deviennent des habitudes, puis des « chaînes » qui finissent par nous tenir. Ce qui est vrai d’une âme l’est aussi d’une communauté humaine.

Jean-Paul II a donné une formule à cette intuition dans son enseignement sur les « structures de péché ». Ce ne sont pas des entités mystiques coupables à la place des personnes. Ce sont des ensembles de décisions, de règles non écrites et de solidarités mal placées qui, cumulés, facilitent le mal et découragent le bien. Une structure ne pèche pas comme un homme pèche, mais elle peut abriter le péché, l’encourager, l’endormir. Elle peut faire qu’il devienne plus facile de se taire que de parler.

La formule prudente de Léon XIV se lit bien à cette lumière. Parler de « certaines organisations » qui se sont « comportées en système de manière abusive », c’est dire que le mal ne se réduit pas à des individus. Il a eu des relais, des protections, des habitudes de discrétion. Le pape reconnaît cela, tout en refusant d’étendre le mot à toute l’Église. On peut trouver cette distinction insuffisante. On ne peut pas dire qu’elle soit sans contenu, ni qu’elle soit étrangère à la doctrine.

Reste une question que la théologie ne peut esquiver : à partir de combien de lieux, de combien de cas couverts, de combien d’années de silence, un ensemble de « certaines organisations » devient-il une réalité qui engage l’ensemble ? La réponse ne se décrète pas depuis un avion. Elle se cherche dans les enquêtes, les archives, les témoignages et les réformes. La vérité ne se règle pas par une formule : elle se gagne par un travail.

Ce que l’Écriture dit des pasteurs et du scandale

Les pasteurs qui se paissent eux-mêmes

Le prophète Ézéchiel a eu, il y a vingt-six siècles, une parole d’une modernité brûlante : « Malheur aux pasteurs d’Israël, qui se paissent eux-mêmes ! Le troupeau, n’est-ce pas ce que les pasteurs doivent paître ? […] Vous n’avez pas fortifié les brebis chancelantes, vous n’avez pas soigné celle qui était malade, vous n’avez pas pansé celle qui avait une patte brisée » (Ez 34, 2-4). Ce reproche ne vise pas seulement des individus cruels. Il vise une manière d’être pasteur, une culture où l’on se protège avant de protéger.

Relisez la liste : fortifier, soigner, panser, ramener, chercher. Chaque verbe désigne une attention à la brebis blessée. Le texte ne dit pas seulement que les pasteurs ont fait le mal. Il dit qu’ils n’ont pas fait le bien qui leur était dû : l’omission est déjà une faute. Or c’est bien ce que rapportent tant de victimes : elles n’ont pas seulement rencontré un agresseur, elles ont manqué d’un pasteur qui écoute et qui agisse.

Le prophète va plus loin. Il annonce que Dieu lui-même prendra soin de son troupeau : « Voici que moi-même, je viendrai chercher mes brebis, et je veillerai sur elles » (Ez 34, 11). Cette promesse ne dispense pas les pasteurs de leur responsabilité, elle la juge. Elle rappelle que l’Église n’appartient à personne, ni aux évêques, ni aux congrégations, ni aux mouvements. Elle est le troupeau de Dieu, et ce qui blesse le troupeau touche Dieu lui-même.

Un pape qui accepte de s’asseoir deux heures avec sept blessés, sans hâte et sans texte préparé, fait ce que le prophète demande : il se penche. Cela ne suffit pas, mais ce geste appartient à la première ligne du programme d’Ézéchiel, celle qui consiste à voir la brebis avant de défendre l’enclos.

La meule et le petit

Le Christ a prononcé lui-même l’une des paroles les plus dures de l’Évangile sur ce sujet : « Il est inévitable qu’il arrive des scandales, mais malheur à celui par qui ils arrivent ! Il vaudrait mieux pour lui qu’on lui mette au cou une meule de moulin et qu’on le jette à la mer, plutôt qu’il soit une occasion de chute pour un seul de ces petits » (Lc 17, 1-2). Le mot « scandale » ne désigne pas ici un simple embarras public. Il vient du grec skandalon, la pierre d’achoppement qui fait tomber.

Notez la précision de la phrase : « un seul de ces petits ». Le Christ ne raisonne pas en statistiques. Il ne dit pas « si les cas sont nombreux » ni « si le système est en cause ». Un seul suffit. Cette logique donne un poids terrible à chaque histoire, et elle interdit de se consoler avec des proportions. Que le mal soit rare ou répandu, l’Évangile ne change pas de ton.

Cette parole éclaire aussi le débat sur le mot « systémique ». Si un seul cas est déjà grave à ce point, alors la question n’est pas de savoir combien de cas il faut pour parler de système. La question est plutôt celle-ci : qu’avons-nous fait, en tant que communauté, pour que ce « petit » ne tombe pas, et pour qu’il soit relevé lorsqu’il est tombé ? Le critère évangélique est l’attention portée au plus faible, pas la taille de l’échantillon.

La suite du passage donne un chemin : « Prenez garde à vous-mêmes. Si ton frère a péché, reprends-le ; s’il se repent, pardonne-lui » (Lc 17, 3). Reprendre, c’est nommer, et nommer, c’est déjà commencer à guérir. Les victimes ne demandent souvent rien d’autre : que le mal soit appelé par son nom, y compris quand ce nom dérange l’institution.

Un seul corps, une seule douleur

Paul, écrivant aux Corinthiens, décrit l’Église comme un corps, et il en tire une conséquence qui dépasse toute stratégie de communication : « Si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie » (1 Co 12, 26). Cette phrase règle une question que le débat sur le mot « système » laisse ouverte. Elle dit que personne, dans l’Église, ne peut se tenir à distance de la blessure d’un autre.

Elle ne signifie pas que tous sont coupables. Elle signifie que tous sont concernés. Un fidèle de Bagnolet, un moine de Solesmes et un évêque de Metz ne portent pas la même responsabilité, mais ils appartiennent au même corps. Lorsque la main est blessée, le pied ne dit pas que cela ne le regarde pas. L’image de Paul refuse à la fois la culpabilité collective indistincte et l’indifférence confortable.

Cette solidarité a une dimension concrète : elle demande de payer, de réformer, de se former, d’écouter, de laisser les autorités civiles faire leur travail. La conversion d’un corps se voit à ses gestes, pas à ses proclamations. On reconnaît la vérité d’une repentance à ce qu’elle coûte, et elle coûte en général du temps, de l’argent, de la réputation et parfois du pouvoir.

C’est aussi là que se place la pastorale de la confiance. Une communauté qui se laisse instruire par ses blessés devient plus sûre pour les enfants qui viendront. Une communauté qui se défend d’abord devient, sans le vouloir, un abri pour le prochain agresseur. Voilà pourquoi le vocabulaire compte : il oriente le réflexe, entre écouter d’abord et se justifier d’abord.

Système ou péché : ce que le mot refusé par Léon XIV dit de nous

La vérité comme chemin de réforme

Une plénière à Rome, un travail de long cours

La Commission pontificale pour la protection des mineurs s’est réunie en plénière à Rome dès le lendemain de la rencontre de Lourdes. Cette instance, voulue par François, a été conçue pour aider l’Église universelle à prévenir les abus et à accompagner les victimes. Sa présence dans l’agenda du pape rappelle que l’écoute individuelle doit s’inscrire dans un dispositif durable, avec des règles, des contrôles et des évaluations.

La question que l’on doit lui poser est simple : que change-t-elle concrètement dans les diocèses, dans les congrégations, dans les mouvements ? Une commission ne vaut que par la manière dont ses recommandations descendent jusqu’à la paroisse. Un protocole qui reste dans un tiroir, si beau soit-il, ne protège personne. Ce qui protège un enfant, c’est un adulte formé, un signalement rapide et un supérieur qui ne cherche pas à étouffer.

Le vocabulaire des « organisations » qui ont pu fonctionner de manière abusive offre ici un mode d’emploi. Si le pape désigne des structures précises, alors il est possible de les examiner une à une. Quelles congrégations ont couvert leurs membres ? Quels collèges ont fermé les yeux ? Quels mouvements ont laissé un fondateur sans contrôle ? Cette précision, si elle est suivie d’enquêtes, peut devenir plus utile qu’un mot général, car elle oblige à des noms et à des dates.

Mais elle n’aura de valeur que si elle est tenue. L’Église a trop souvent promis la transparence puis ralenti. Les victimes le savent, et c’est pour cela qu’elles surveillent les mots du pape : elles y cherchent la trace d’une volonté qui ne fléchira pas.

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Écouter, réparer, ne plus se défendre d’abord

Dans le conflit des mots, il ne faut pas perdre de vue l’essentiel : ces personnes attendent d’être crues, protégées, réparées. La réparation n’est pas seulement financière, même si elle doit l’être aussi. Elle est aussi symbolique et spirituelle : reconnaître publiquement le tort, permettre une parole libre, offrir un accompagnement qui ne cherche pas à fermer trop vite le dossier.

Le pape a dit avoir demandé aux sept victimes de l’aider à faire savoir aux autres que l’Église veut les écouter et les accompagner sur un chemin de guérison. Cette demande est significative. Elle renverse la logique habituelle où l’institution parle et où la victime écoute : ici, c’est l’institution qui reconnaît avoir besoin de médiateurs pour être entendue. Quand elle se met en position de recevoir, elle commence à devenir digne de confiance.

Un exemple simple aide à comprendre. Imaginez une paroisse où un ancien animateur de patronage est accusé, trente ans après les faits. Le curé peut réagir de deux manières. Il peut défendre la réputation de la communauté, rappeler la présomption d’innocence, demander la discrétion. Ou il peut appeler la victime, l’écouter sans l’interrompre, la mettre en relation avec la cellule diocésaine, informer la justice. La première attitude protège un système, la seconde sert l’Évangile. Le combat se joue à cette échelle.

Cette conversion touche aussi les fidèles. Nous avons tous, à un moment, préféré ne pas savoir : un soupçon écarté, un malaise mis de côté, un ami que l’on n’a pas voulu contrarier. Reconnaître cela n’est pas se flageller, c’est retrouver la lucidité que Paul demande au corps entier.

Intelligence artificielle, fin de vie : la même exigence de vérité

Dans le même vol, le pape a répondu à d’autres questions, et il est frappant qu’il y ait mis la même ligne de conduite. Sur l’intelligence artificielle, il a dit ne pas être en mode panique, ajoutant qu’il dort la nuit, mais que les inquiétudes de nombreux experts doivent être prises au sérieux. Il ne cède ni à l’angoisse ni à l’indifférence. Son encyclique Magnifica humanitas rappelle que la personne humaine doit rester au centre de toute réflexion sur ces technologies.

Sur l’aide à mourir, il a dit avoir enseigné ce que l’Église croit réellement, en défendant une position morale et non une position politique. Là encore, la vérité est présentée comme un service : dire la dignité de chaque vie, y compris la plus fragile, ne relève pas d’une stratégie mais d’une fidélité.

Le lien avec les abus n’est pas artificiel. Dans les trois cas, il s’agit de regarder la fragilité en face : celle de l’enfant blessé, celle du malade en fin de vie, celle d’une humanité confrontée à des machines qu’elle ne maîtrise pas encore. Dans les trois cas, l’Église est appelée à une même attitude : ni panique ni déni, mais une lucidité qui protège les petits.

Que reste-t-il, alors, du mot refusé ? Sans doute ceci : un mot ne sauve personne, mais il peut enfermer ou libérer. Le pape a choisi le sien avec prudence. À l’Église entière, à vous et à moi, de faire en sorte que les actes rendent les mots inutiles, et que plus aucun petit n’ait besoin de demander qu’on le croie.

Lectio divina

📜
Lectio — Lire

« Si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie. » 1 Co 12, 26

🧠
Meditatio — Méditer

Dans quel membre souffrant de ce corps as-tu préféré ne pas regarder, parce que le voir aurait exigé quelque chose de toi ? Quel nom, quel visage, quelle histoire as-tu laissée dans l’ombre pour ne pas troubler la paix ? Et si ta paix dépendait de cette douleur que tu ne partages pas encore ?

🙏
Oratio — Prier

Seigneur, toi qui es le pasteur qui cherche la brebis à la patte brisée, viens à mon aide. Panse ce que j’ai évité de toucher. Rends mon regard attentif, mes oreilles patientes, mes mains sûres. Que ton corps, dont je suis un membre, ne connaisse plus la honte du silence. Apprends-nous à pleurer ensemble, avant de savoir dire comment réparer.

✨
Contemplatio — Contempler

Une main sur une autre main, dans la lumière basse d’une petite chapelle, et le souffle d’un enfant qui s’endort enfin.

✝ Références bibliques

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