- Le rivage de Génésareth : un carrefour entre mission et compassion
- La théologie du contact : corps, foi et présence réelle
- La médiation matérielle : du vêtement aux sacrements
- L’accessibilité divine : un Sauveur proche et disponible
- Vivre aujourd’hui la frange du manteau
- Résonances patristiques et portée théologique
- Prier avec la frange : pistes pratiques
- Les défis contemporains de la foi-contact
- Prière inspirée de Génésareth
- De Génésareth à aujourd’hui
- Sept gestes concrets
- Références
- ✝ Références bibliques
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
53Après avoir traversé le lac, ils vinrent au territoire de Génésareth et y abordèrent. 54Quand ils furent sortis de la barque, les gens du pays, ayant aussitôt reconnu Jésus, 55parcoururent tous les environs et l’on se mit à lui apporter les malades sur les brancards, partout où l’on apprenait qu’il était. 56En quelque lieu qu’il arrivât, dans les villages, dans les villes et dans les campagnes, on mettait les malades sur les places publiques et on le priait de les laisser seulement toucher la frange de son manteau et tous ceux qui pouvaient le toucher étaient guéris.
En ce temps-là, après avoir traversé le lac, Jésus et ses disciples arrivèrent dans la région de Génésareth et accostèrent. Dès qu’ils descendirent de la barque, les gens reconnurent Jésus. Ils parcoururent alors toute la région pour annoncer sa présence et se mirent à transporter les malades sur des civières partout où ils apprenaient que Jésus se trouvait. Dans tous les lieux où il allait – villages, villes ou campagnes – on amenait les malades sur les places publiques. Ils le suppliaient de les laisser toucher ne serait-ce que le bord de son vêtement. Et tous ceux qui le touchaient étaient guéris.
Toucher la frange du manteau : quand la foi rencontre la présence salvifique du Christ
Comment un simple geste de confiance ouvre la porte au salut et transforme notre relation au divin incarné.
Dans l’évangile de Marc, un détail frappe : à Génésareth, les foules ne réclament pas de longs discours mais cherchent à toucher la frange du manteau de Jésus. Ce geste humble révèle une théologie profonde du salut par contact avec le Christ incarné. Explorons comment cette scène éclaire notre foi aujourd’hui et nous invite à une proximité concrète avec le Seigneur.
Sommaire
Nous parcourrons le contexte historique et littéraire de ce passage, analyserons la symbolique du toucher et de la frange, approfondirons les dimensions de la foi confiante, de la médiation matérielle et de l’accessibilité divine, avant d’en tirer des applications pour notre vie spirituelle contemporaine et notre pratique sacramentelle.
Le rivage de Génésareth : un carrefour entre mission et compassion
Marc place cette scène immédiatement après la multiplication des pains et la marche sur les eaux. Jésus et ses disciples accostent à Génésareth, plaine fertile au nord-ouest du lac de Galilée. Cette région agricole dense accueille de nombreux villages. L’évangéliste ne s’attarde pas sur les détails géographiques mais souligne la reconnaissance immédiate de Jésus par les habitants. Cette reconnaissance spontanée contraste avec l’incompréhension des disciples dans les versets précédents.
Le texte déploie une dynamique d’expansion : d’abord la barque, puis toute la région, ensuite villages, villes et campagnes. Marc décrit un mouvement concentrique où la renommée de Jésus attire les malades de partout. On apporte les infirmes sur des brancards, geste qui rappelle le paralytique descendu par le toit. La mention des « places » évoque les espaces publics, lieux de commerce et de rencontre communautaire dans le monde méditerranéen antique.
La frange du manteau, en grec kraspedon, renvoie aux tzitzit, ces franges rituelles que tout Juif pieux porte aux quatre coins de son vêtement selon Nombres 15,37-41 et Deutéronome 22,12. Ces franges servent de mémorial aux commandements divins. Jésus, Juif observant, porte ces signes d’appartenance au peuple de l’Alliance. Les malades ne cherchent donc pas un amulette magique mais un contact avec celui qui incarne la Loi et les Prophètes.
L’évangéliste emploie le verbe diasōzō, « être sauvés », qui signifie à la fois guérison physique et salut spirituel. Cette polysémie révèle l’unité de l’action salvifique du Christ. Marc ne distingue pas entre miracle médical et rédemption : le salut touche l’être humain dans sa totalité. La formulation « tous ceux qui la touchèrent » souligne l’universalité et l’efficacité constante de cette médiation.
La théologie du contact : corps, foi et présence réelle
Ce passage développe une christologie incarnationnelle remarquable. Le salut ne vient pas d’une parole abstraite prononcée à distance mais d’un contact physique avec le corps du Christ. Cette matérialité n’est pas accessoire mais constitutive de l’économie du salut. L’Incarnation signifie que Dieu choisit de sauver l’humanité à travers un corps humain concret, localisable, touchable.
La frange du manteau devient point de médiation entre la foi des malades et la puissance salvifique du Christ. Elle n’opère pas comme un fétiche mais comme signe tangible de la présence divine incarnée. Les Pères de l’Église y verront une préfiguration des sacrements : des réalités matérielles qui communiquent la grâce divine. L’eau du baptême, le pain et le vin de l’Eucharistie prolongent cette logique du toucher salvifique.
La répétition du contact (« tous ceux qui ») indique une constance de l’action divine. Jésus ne se fatigue pas, sa puissance ne diminue pas. Cette inépuisabilité évoque la surabondance de la grâce. Contrairement aux guérisseurs antiques qui réclament des rituels complexes, Jésus se laisse toucher passivement. C’est la foi qui active la relation, mais c’est lui qui guérit.
Marc ne mentionne aucune parole de Jésus dans ce passage. Le silence du Christ contraste avec d’autres récits de guérison où il prononce des formules. Ici, sa simple présence suffit. Cette économie de moyens révèle l’efficacité intrinsèque du Christ incarné. Son être même communique le salut. Les sacrements prolongeront cette présence efficace à travers les siècles.
La foi populaire : entre confiance humble et audace collective
Le premier axe théologique concerne la nature de la foi manifestée par les foules. Ces gens ne demandent pas de preuves, ne posent pas de conditions, ne réclament pas d’explications théologiques. Leur foi s’exprime par un geste simple : tendre la main vers la frange. Cette humilité contraste avec l’orgueil des scribes et pharisiens qui exigent des signes spectaculaires.
La foi populaire, souvent méprisée par les élites religieuses, possède ici une intuition juste : Jésus peut et veut sauver. Les malades ne viennent pas seuls mais sont portés par leur communauté. Ce portage collectif manifeste la dimension ecclésiale de la foi. On croit rarement en solitaire ; la foi se nourrit du témoignage et du soutien mutuel. Les brancardiers incarnent cette solidarité qui permet aux plus faibles d’accéder au Christ.
L’audace de ces foules étonne. Elles parcourent toute la région, mobilisent les énergies, organisent un véritable mouvement de convergence vers Jésus. Cette détermination active la grâce. Dieu respecte notre liberté : il faut venir, tendre la main, oser toucher. La passivité ne suffit pas. La foi chrétienne n’est jamais fataliste mais dynamique et entreprenante.
Toutefois, cette foi demeure fragile et ambiguë. Marc ne cache pas que les foules cherchent d’abord la guérison physique, non nécessairement la conversion intérieure. Jésus accueille cette foi imparfaite et l’honore par des miracles. Il ne méprise pas nos motivations mélangées mais les purifie progressivement. Commencer par demander la santé ou la prospérité n’est pas répréhensible si cela ouvre à une relation plus profonde avec le Christ.
La multiplication des guérisons révèle aussi un risque : réduire Jésus à un thaumaturge, un distributeur automatique de miracles. Marc suggère subtilement ce danger en ne mentionnant aucun dialogue, aucun appel à la conversion. Le contraste est frappant avec d’autres péricopes où Jésus relie explicitement guérison et pardon des péchés. Pourtant, il ne refuse pas sa compassion à ces foules. Son amour précède toujours notre compréhension théologique parfaite.
La médiation matérielle : du vêtement aux sacrements
Le deuxième axe explore la fonction médiatrice du matériel dans la vie spirituelle. Le judaïsme biblique n’a jamais opposé esprit et matière de manière dualiste. Les tzitzit, l’arche d’alliance, le Temple, les sacrifices attestent qu’Israël honore Dieu à travers des réalités tangibles. Jésus assume et transcende cette tradition en faisant de son propre corps le lieu par excellence de la rencontre avec Dieu.
La frange du manteau fonctionne comme un « sacrement » avant la lettre : signe visible d’une grâce invisible. Elle ne contient pas la puissance divine de manière mécanique mais sert de point de contact où la foi humaine rencontre l’action divine. Cette dialectique du signe et de la réalité préfigure toute l’économie sacramentelle chrétienne. L’eau baptismale n’est pas « que » de l’eau, le pain eucharistique n’est pas « que » du pain.
Les Pères grecs, notamment saint Cyrille d’Alexandrie, méditeront longuement sur ces guérisons par contact. Ils y verront la confirmation que la chair du Christ, unie hypostatiquement au Verbe divin, possède une efficacité salvifique. Toucher le Christ n’est pas toucher un simple humain mais entrer en contact avec Dieu lui-même incarné. Cette théologie nourrit la piété envers les reliques et les images saintes, non par superstition mais par cohérence incarnationnelle.
Dans notre contexte protestant et post-Lumières, nous restons souvent méfiants envers cette matérialité. Nous craignons l’idolâtrie, la magie, la superstition. Ces craintes ne sont pas infondées : l’histoire montre des dérives. Pourtant, rejeter toute médiation matérielle risque de glisser vers un spiritualisme désincarné, étranger à la logique biblique. L’Incarnation nous enseigne que Dieu se donne à travers le sensible.
Les sacrements catholiques prolongent cette pédagogie divine. L’huile des malades, l’imposition des mains, le signe de croix tracé sur le front rappellent que notre salut passe par des gestes concrets. Ces rituels ne remplacent pas la foi intérieure mais la soutiennent, l’expriment, la nourrissent. Comme les malades de Génésareth, nous avons besoin de toucher pour croire, de voir pour espérer, de goûter pour aimer. Notre anthropologie corporelle l’exige.

L’accessibilité divine : un Sauveur proche et disponible
Le troisième axe concerne l’accessibilité du Christ. À Génésareth, Jésus ne se retire pas dans un lieu sacré réservé aux purs. Il se laisse trouver sur les places publiques, au milieu de la foule, dans les villages, les villes, les campagnes. Cette disponibilité totale contraste avec les sanctuaires antiques où les dieux restent éloignés, protégés par des prêtres gardiens.
Jésus ne refuse aucun contact, même avec les impurs rituels. Les malades, selon la Loi mosaïque, communiquent l’impureté par contact. En se laissant toucher, Jésus inverse le processus : au lieu de devenir impur, il communique la pureté et la santé. Cette inversion révèle la nouveauté radicale du Royaume. Le Christ ne craint pas la contagion du mal ; c’est le mal qui recule devant lui.
L’absence de conditions préalables frappe. Jésus n’interroge pas la foi des malades, ne vérifie pas leur observance de la Loi, n’exige pas de repentance publique. Il guérit d’abord, inconditionnellement. Cette gratuité manifeste l’amour prévenant de Dieu. Le salut ne se mérite pas, ne se gagne pas, ne se conquiert pas. Il se reçoit comme un don qui précède toute démarche humaine.
Cette accessibilité pose une question théologique délicate : Dieu est-il trop facile ? Si le salut s’obtient par un simple toucher, où est la place de la conversion, de l’ascèse, du combat spirituel ? Marc n’ignore pas cette tension mais refuse de la résoudre par un système. Il juxtapose les récits de grâce gratuite et les appels exigeants au renoncement. Les deux dimensions coexistent dans le mystère du salut.
Pour nous aujourd’hui, ce passage rappelle que Dieu ne se cache pas derrière des conditions impossibles. Il ne réserve pas son amour à une élite spirituelle. Les « petits », les « faibles », les « impurs » accèdent au Christ aussi facilement que les saints héroïques. Cette démocratisation du salut scandalisait déjà les contemporains de Jésus et continue de déranger notre tendance à l’élitisme religieux.
Vivre aujourd’hui la frange du manteau
Dans notre vie de prière personnelle, ce passage nous invite à cultiver une foi confiante et simple. Nous compliquons souvent la relation à Dieu par des raisonnements théologiques, des scrupules moraux, des exigences de perfection. Les malades de Génésareth nous enseignent qu’un geste humble suffit parfois. Tendre la main vers le Christ dans la prière, même maladroitement, même avec des motivations mélangées, ouvre à sa grâce.
Dans notre participation aux sacrements, le récit éclaire le sens du contact avec le Christ ressuscité. Recevoir l’Eucharistie, c’est toucher la frange du manteau aujourd’hui. Le pain consacré prolonge la présence corporelle du Seigneur. Approcher la communion avec la même confiance que les foules de Génésareth transforme notre piété eucharistique. Nous ne venons pas parce que nous sommes dignes mais parce qu’il nous guérit.
Dans notre engagement auprès des malades, le passage inspire notre pastorale de la santé. Porter les infirmes vers le Christ, aujourd’hui, signifie les accompagner aux sacrements, prier avec eux, leur rappeler la proximité du Seigneur. Le ministère des brancardiers spirituels reste essentiel. Beaucoup de personnes fragiles ne peuvent venir seules au Christ ; elles ont besoin de notre foi communautaire pour soutenir leur démarche.
Dans notre vie communautaire ecclésiale, le récit questionne notre accueil des « foules ». Nos paroisses sont-elles des lieux où les personnes blessées peuvent facilement « toucher le Christ » ? Multiplions-nous les conditions et les barrières, ou facilitons-nous l’accès ? Jésus ne demande pas aux malades de Génésareth un parcours catéchétique préalable. Il guérit d’abord, puis enseigne. Notre pastorale devrait s’inspirer de cette pédagogie.
Résonances patristiques et portée théologique
Saint Augustin commente ce passage dans ses homélies sur Marc. Il voit dans la frange du manteau une figure de l’humilité du Christ. Toucher la frange signifie s’abaisser pour rencontrer celui qui s’est abaissé jusqu’à nous. L’évêque d’Hippone insiste : ce n’est pas le tissu qui guérit mais la foi qui s’exprime à travers ce geste. Le matériel sert de support à l’invisible dialogue entre l’âme et son Sauveur.
Saint Jean Chrysostome, dans ses homélies sur Matthieu qui rapporte une scène similaire, souligne la pédagogie divine. Dieu s’adapte à notre faiblesse, utilise des moyens sensibles pour élever notre esprit. Les gestes corporels ne sont pas des concessions regrettables à notre condition charnelle mais des chemins voulus par le Créateur qui nous a faits corps et âme indissociablement unis.
La tradition syriaque, notamment saint Éphrem, médite sur la frange comme symbole de la bordure entre divinité et humanité dans le Christ. Toucher cette frange, c’est atteindre le point de jonction où les deux natures se rencontrent sans confusion. Cette théologie christologique nourrit la spiritualité orientale de la synergie entre grâce divine et effort humain.
Thomas d’Aquin, dans sa Somme Théologique, utilise ce passage pour expliquer l’efficacité instrumentale de l’humanité du Christ. La chair du Seigneur agit comme instrument conjoint de la divinité. Les sacrements prolongent cette instrumentalité : les éléments matériels deviennent instruments de la grâce à travers leur institution par le Christ et l’action de l’Esprit Saint.
La théologie contemporaine, notamment celle d’Edward Schillebeeckx, approfondit le Christ comme sacrement primordial. Jésus est le signe visible de la rencontre avec Dieu invisible. Les sacrements de l’Église actualisent cette médiation christique. Toucher la frange du manteau préfigure notre contact sacramentel avec le Ressuscité à travers les rites ecclésieux.
Prier avec la frange : pistes pratiques
Première étape : se placer mentalement à Génésareth. Fermez les yeux et imaginez la scène. Vous êtes dans cette foule qui converge vers Jésus. Peut-être portez-vous un proche malade sur un brancard. Peut-être êtes-vous vous-même l’infirme. Laissez monter votre désir de rencontre avec le Christ.
Deuxième étape : identifier votre « maladie » spirituelle. Qu’est-ce qui, en vous, a besoin de guérison ? Une blessure relationnelle ? Une addiction ? Un découragement ? Un doute ? Nommez-le intérieurement devant le Seigneur. N’ayez pas peur de votre fragilité ; c’est elle qui vous conduit vers lui.
Troisième étape : le geste du toucher. Visualisez-vous tendant la main vers la frange du manteau. Ce geste représente votre prière confiante. Vous ne dites peut-être rien ; vous tendez simplement la main. Restez quelques minutes dans cette posture intérieure d’abandon et d’attente.
Quatrième étape : accueillir la guérison. Marc dit que tous ceux qui touchèrent furent sauvés. Laissez cette certitude pénétrer votre cœur. Le Christ veut vous guérir. Il ne repousse pas votre main tremblante. Accueillez sa présence transformante, même si vous ne ressentez rien de spectaculaire.
Cinquième étape : l’action de grâce. Terminez par un Notre Père ou un psaume de louange. Remerciez le Seigneur pour sa proximité, pour les sacrements qui prolongent son accessibilité, pour la foi qui vous a conduit à tendre la main vers lui.
Les défis contemporains de la foi-contact
Premier défi : notre sécularisation rend difficile la croyance aux miracles physiques. Comment recevoir ce récit sans le réduire à une métaphore édifiante ? L’Église enseigne que Dieu continue d’agir dans le monde, y compris par des guérisons. Nous ne devons ni exiger des miracles comme preuve de foi, ni les exclure a priori par rationalisme. L’attitude juste combine ouverture humble à la puissance divine et prudence devant les réclamations extraordinaires.
Deuxième défi : notre individualisme occidental peine à comprendre la foi communautaire. Les brancardiers de Génésareth nous interpellent. Avons-nous encore ce réflexe de porter nos frères et sœurs vers le Christ ? Ou avons-nous privatisé la foi au point que chacun doit se débrouiller seul ? Redécouvrir la dimension ecclésiale du salut exige de cultiver des liens fraternels concrets, pas seulement des discours théoriques sur la communion.
Troisième défi : notre protestantisme latent (même chez les catholiques) méfie des médiations matérielles. Nous voulons un contact « direct » avec Dieu, sans passer par l’Église, les sacrements, les pratiques corporelles. Ce passage nous rappelle que l’économie divine passe par le sensible. Réhabiliter l’eau bénite, les images, les processions, les gestes liturgiques ne signifie pas retomber dans la superstition mais honorer notre condition d’êtres incarnés.
Quatrième défi : notre société valorise l’autonomie et la performance. Nous avons du mal à nous laisser porter comme les malades sur leurs brancards. Accepter notre fragilité, reconnaître nos limites, demander de l’aide heurte notre orgueil contemporain. Pourtant, le salut commence précisément quand nous cessons de nous suffire et tendons la main vers plus grand que nous. Cette dépendance reconnue libère paradoxalement.
Prière inspirée de Génésareth
Antienne : Seigneur Jésus, guéris-nous par ton contact salvifique.
Toi qui as accosté au rivage de Génésareth, accoste sur les rivages de nos vies fragiles et viens nous rencontrer dans nos espaces quotidiens, là où nous peinons et espérons. R/ Seigneur Jésus, guéris-nous par ton contact salvifique.
Toi que les foules ont immédiatement reconnu, donne-nous l’intelligence du cœur pour te reconnaître présent dans l’Eucharistie, dans la Parole proclamée, dans le pauvre qui frappe à notre porte. R/ Seigneur Jésus, guéris-nous par ton contact salvifique.
Toi vers qui l’on portait les malades sur des brancards, fais de nous des porteurs de nos frères blessés, capables de les conduire vers toi avec patience et tendresse. R/ Seigneur Jésus, guéris-nous par ton contact salvifique.
Toi qui parcourais villages, villes et campagnes sans te lasser, marche encore parmi nous, traverse nos paroisses, nos familles, nos lieux de travail, apportant partout ta paix. R/ Seigneur Jésus, guéris-nous par ton contact salvifique.
Toi dont la frange du manteau suffisait à communiquer le salut, enseigne-nous la confiance simple qui ose tendre la main vers toi malgré notre indignité. R/ Seigneur Jésus, guéris-nous par ton contact salvifique.
Toi qui as guéri tous ceux qui te touchèrent, étends ta main sur nos maladies physiques, morales et spirituelles, et relève-nous par ta puissance de vie. R/ Seigneur Jésus, guéris-nous par ton contact salvifique.
Toi qui es le même hier, aujourd’hui et toujours, continue d’opérer parmi nous à travers les sacrements de ton Église, signes efficaces de ta grâce. R/ Seigneur Jésus, guéris-nous par ton contact salvifique.
Oraison conclusive : Seigneur Jésus Christ, Verbe incarné, tu as voulu que ta chair devienne source de salut pour tous ceux qui te cherchent. Accorde-nous la grâce de te toucher avec foi dans les sacrements de ton Église, afin que, guéris de nos infirmités, nous devenions à notre tour des témoins de ta miséricorde. Toi qui vis et règnes avec le Père dans l’unité du Saint-Esprit, pour les siècles des siècles. Amen.
De Génésareth à aujourd’hui
Le récit de Génésareth n’appartient pas au passé lointain mais irrigue notre présent croyant. Chaque fois que nous célébrons l’Eucharistie, nous touchons la frange du manteau. Chaque fois que nous recevons l’onction des malades, nous laissons le Christ poser sa main guérissante sur nos fragilités. Chaque fois que nous portons un frère vers les sacrements, nous prolongeons le geste des brancardiers.
Cette péricope nous rappelle trois vérités essentielles. D’abord, la foi peut rester humble et confiante sans devenir naïve. Les foules ne comprennent pas tout mais elles savent que Jésus peut les sauver. Ensuite, le salut passe par des médiations concrètes, corporelles, matérielles. Dieu ne méprise pas notre besoin de toucher pour croire. Enfin, le Christ demeure accessible à tous, sans discrimination ni barrière insurmontable.
Alors osons tendre la main. Osons approcher le Christ avec nos maladies et nos fragilités. Osons croire que la grâce divine coule encore aujourd’hui à travers les sacrements de l’Église. Osons porter nos frères et sœurs vers cette source de vie. Le rivage de Génésareth s’étend à toute la terre ; partout où se célèbre l’Eucharistie, la frange du manteau nous est tendue. Il ne reste qu’à la saisir avec foi.
Sept gestes concrets
- Recevoir l’Eucharistie dimanche prochain en visualisant que vous touchez la frange du manteau, avec la foi humble des malades de Génésareth.
- Demander l’onction des malades pour vous-même ou un proche si une maladie sérieuse l’exige, sans attendre l’extrême-onction, redécouvrant ce sacrement de guérison.
- Accompagner une personne fragile à la messe ou aux sacrements cette semaine, devenant brancardier spirituel pour celui qui ne peut venir seul.
- Méditer quinze minutes sur ce passage en utilisant la piste de prière proposée, laissant le Christ toucher vos blessures intérieures.
- Réhabiliter un geste liturgique concret comme le signe de croix avec l’eau bénite en entrant à l’église, redécouvrant la dimension corporelle de la foi.
- Partager ce texte avec une personne découragée dans sa foi, lui rappelant l’accessibilité et la tendresse du Christ pour les faibles.
- Proposer à votre groupe de prière paroissial d’organiser une visite aux malades pour prier avec eux et leur apporter la communion, incarnant la sollicitude des foules de Génésareth.
Références
Sources scripturaires primaires : Mc 6,53-56 ; Mt 9,20-22 (femme hémorroïsse) ; Nb 15,37-41 (prescription des tzitzit) ; Dt 22,12 (franges du manteau) ; Ac 5,15-16 (ombre de Pierre) ; Ac 19,11-12 (linges de Paul).
Pères de l’Église : Saint Augustin, Homélies sur l’Évangile de Marc ; Saint Jean Chrysostome, Homélies sur Matthieu, homélie 31 ; Saint Cyrille d’Alexandrie, Commentaire sur l’Évangile de Marc ; Saint Éphrem le Syrien, Hymnes sur la Foi.
Théologie contemporaine : Edward Schillebeeckx, Le Christ, sacrement de la rencontre de Dieu, Cerf, 1960 ; Thomas d’Aquin, Somme Théologique, IIIa, q. 62 (sur les sacrements) ; Karl Rahner, « Considérations théologiques sur l’Incarnation », Écrits théologiques, tome I.
Commentaires exégétiques : Rudolf Schnackenburg, L’Évangile selon saint Marc, Desclée, 1973 ; Xavier Léon-Dufour, Étude d’Évangile, Seuil, 1965 ; Raymond Brown, Introduction au Nouveau Testament, Cerf, 2008.
Études thématiques : Louis Bouyer, Le Rite et l’homme : sacralité naturelle et liturgie, Cerf, 1962 ; Jean Corbon, Liturgie de source, Cerf, 1980 (sur la dimension corporelle de la liturgie).
✝ Références bibliques
1 passage · 1 livre
Le Fils de l'homme est venu pour servir et donner sa vie en rançon. (Mc 10,45)
L'Évangile de l'action : Jésus serviteur puissant, révélé comme Fils de Dieu sur la croix.
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