- Le contexte matthéen : quand le Rabbi itinérant forme ses envoyés
- Le triple mouvement du cœur missionnaire : voir, s’émouvoir, envoyer
- La compassion comme vision transformée
- De l’urgence de la moisson à l’appel des ouvriers
- Le don gratuit comme principe missionnaire
- La compassion comme moteur spirituel
- L’urgence missionnaire sans précipitation
- La gratuité comme signature de l’Évangile
- Applications concrètes dans quatre sphères de vie
- Dans votre vie personnelle et spirituelle
- Dans vos relations familiales et amicales
- Dans votre milieu professionnel et social
- Dans votre engagement ecclésial et missionnaire
- Résonances dans la tradition chrétienne et la théologie
- Lectio divina
- Piste de méditation
- Défis contemporains face à la mission compassionnelle
- Prière
- Devenir ce que nous avons contemplé
- Pratiques à mettre en œuvre
- Références et ressources pour approfondir
- ✝ Références bibliques
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
35Et Jésus parcourait toutes les villes et les bourgades, enseignant dans les synagogues, prêchant l’Évangile du royaume, et guérissant toute maladie et toute infirmité.
1Puis, ayant appelé ses douze disciples, il leur donna pouvoir sur les esprits impurs, afin de les chasser et de guérir toute maladie et toute infirmité. 2Or voici les noms des douze Apôtres : le premier est Simon, appelé Pierre, puis André son frère, Jacques fils de Zébédée, et Jean son frère, 3Philippe et Barthélemy, Thomas et Matthieu le publicain, Jacques, fils d’Alphée et Thaddée, 4Simon le Zélé, et Judas Iscariote, qui le trahit. 5Tels sont les douze que Jésus envoya, après leur avoir donné ses instructions : « N’allez pas, leur dit-il, vers les païens, et n’entrez pas dans les villes des Samaritains, 6allez plutôt aux brebis perdues de la maison d’Israël. 7Partout, sur votre chemin, annoncez que le royaume des cieux est proche. 8Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons, vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement.
En ce temps-là, Jésus traversait toutes les villes et tous les villages, enseignant dans leurs synagogues, annonçant la Bonne Nouvelle du Royaume et soignant toute maladie et toute faiblesse. En voyant les foules, Jésus éprouva de la compassion pour elles parce qu’elles étaient égarées et découragées comme des brebis sans berger. Il dit alors à ses disciples : « La récolte est grande, mais les travailleurs sont rares. Suppliez donc le maître de la récolte d’envoyer des travailleurs pour sa moisson. » Alors Jésus convoqua ses douze disciples et leur accorda le pouvoir de chasser les esprits impurs et de guérir toute maladie et toute faiblesse. Ces douze, Jésus les envoya en mission avec ces instructions : « Allez vers les brebis égarées de la maison d’Israël. Sur votre chemin, annoncez que le royaume des Cieux est imminent. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu sans payer : donnez sans réclamer. »
Transformez votre regard sur les foules : quand la compassion du Christ devient mission
Découvrez comment le cœur bouleversé de Jésus face aux multitudes désorientées nous appelle aujourd’hui à devenir ouvriers de sa moisson.
Face aux foules égarées, Jésus ressent une émotion viscérale qui le pousse à agir. Cette compassion n’est pas un vague sentiment, mais une force qui transforme des observateurs en missionnaires. L’Évangile de Matthieu nous révèle le mouvement profond du cœur de Dieu : voir la détresse, en être bouleversé, puis envoyer. Ce texte s’adresse à vous qui cherchez le sens de votre engagement chrétien dans un monde désemparé.
Nous explorerons d’abord le contexte pastoral de l’envoi des Douze, puis nous analyserons les trois mouvements du texte : la compassion qui voit, l’urgence missionnaire, et le don gratuit. Ensuite, nous déploierons les implications concrètes pour votre vie quotidienne, avant d’examiner la portée spirituelle et les défis contemporains. Une prière liturgique et des pistes pratiques viendront conclure notre parcours.
Le contexte matthéen : quand le Rabbi itinérant forme ses envoyés
L’évangéliste Matthieu place ce passage à un tournant décisif du ministère de Jésus. Après avoir démontré son autorité par l’enseignement du Sermon sur la Montagne (chapitres 5-7) et par une série de dix miracles (chapitres 8-9), le Christ ne garde pas ce pouvoir pour lui seul. Il le partage.
Le texte se situe entre la fin du cycle des miracles et le début du grand discours missionnaire (chapitre 10). C’est un moment charnière où Jésus passe de l’action solitaire à la multiplication de son ministère. L’expression « toutes les villes et tous les villages » souligne l’ampleur géographique de sa mission. Jésus ne se contente pas des lieux prestigieux : il va partout, sans discrimination.
Dans la culture juive du premier siècle, le Rabbi enseignait dans les synagogues, lieu naturel de rassemblement et d’instruction. Mais Jésus y ajoute une dimension nouvelle : il proclame l’Évangile du Royaume, c’est-à-dire la Bonne Nouvelle que le règne de Dieu s’approche, et il guérit. Son enseignement n’est pas seulement théorique, il est incarné dans des gestes de restauration.
La métaphore des « brebis sans berger » fait écho à plusieurs textes de l’Ancien Testament, notamment Nombres 27,17, où Moïse demande à Dieu de donner un successeur pour que le peuple ne soit pas « comme des brebis qui n’ont pas de berger ». Ézéchiel 34 développe longuement cette image, dénonçant les mauvais bergers d’Israël qui ont négligé le troupeau. Jésus se positionne ainsi dans la continuité prophétique comme le vrai Berger attendu.
L’appel des Douze n’est pas arbitraire. Le chiffre douze renvoie aux douze tribus d’Israël, signifiant que Jésus reconstitue le peuple de Dieu. Ces hommes reçoivent une « exousia », un pouvoir, une autorité déléguée. Ce terme grec indique non pas une simple permission, mais une capacité réelle, un mandat officiel.
Les instructions qui suivent révèlent une stratégie missionnaire précise : d’abord Israël, puis les nations. Cette priorité n’est pas exclusive mais chronologique. Jésus commence par les « brebis perdues de la maison d’Israël », accomplissant ainsi les promesses faites aux patriarches avant d’élargir la mission universelle après sa résurrection.
Le triple mouvement du cœur missionnaire : voir, s’émouvoir, envoyer
La compassion comme vision transformée
Le verbe grec « esplanchnisthè » traduit par « fut saisi de compassion » est d’une intensité remarquable. Il dérive de « splanchna », les entrailles, les viscères. C’est une émotion qui prend aux tripes, qui bouleverse physiquement. Jésus ne reste pas indifférent devant la souffrance collective.
Cette compassion commence par un regard. « Voyant les foules » : Jésus observe, il prend le temps de voir vraiment. Dans notre monde saturé d’images et d’informations, nous développons une forme d’anesthésie émotionnelle. Nous voyons sans voir. Jésus, lui, regarde avec les yeux du cœur.
Ce qu’il voit, ce ne sont pas simplement des individus, mais des « foules », une masse humaine. Pourtant, sa compassion n’est pas abstraite. Il perçoit leur état intérieur : « désemparées et abattues ». Le grec « eskylmenoi » (harcelés, tourmentés) et « errimmenoi » (jetés à terre, prostrés) décrivent un peuple épuisé, dépourvu de direction et de protection.
La métaphore pastorale qui suit éclaire cette vision : comme des brebis sans berger. Les brebis sont des animaux vulnérables, incapables de survivre seules. Sans berger, elles s’égarent, tombent dans les ravins, deviennent la proie des loups. Cette image révèle la fragilité fondamentale de la condition humaine quand elle est séparée de Dieu.
Mais la compassion de Jésus ne s’arrête pas au constat. Elle engendre une réaction. C’est là que réside la différence entre la simple pitié et la compassion chrétienne : la pitié observe de loin, la compassion entre en action. Le cœur de Dieu ne peut rester spectateur de la misère humaine.
De l’urgence de la moisson à l’appel des ouvriers
Jésus change ensuite de métaphore : des brebis, nous passons à la moisson. Ce glissement n’est pas anodin. Si l’image du berger souligne le besoin de protection et de guidance, celle de la moisson évoque l’abondance, l’urgence et le travail à accomplir.
« La moisson est abondante » : voilà une vision optimiste au milieu de la détresse. Jésus ne voit pas seulement la misère, il voit le potentiel, la vie prête à éclore. Dans la culture agraire de l’époque, la moisson représente le moment crucial où tout le travail de l’année aboutit. C’est le temps de la récolte, celui où on ne peut pas attendre.
Cette urgence explique la disproportion : « les ouvriers sont peu nombreux ». Il y a un décalage dramatique entre l’ampleur du besoin et la disponibilité des agents. Ce déséquilibre n’est pas nouveau. Depuis toujours, Dieu cherche des collaborateurs pour son œuvre.
La solution proposée par Jésus est d’abord la prière : « Priez donc le maître de la moisson ». Avant toute action, il faut reconnaître que la moisson appartient à Dieu. Le « maître de la moisson » (kyrios tou therismou) est celui qui possède le champ, qui décide du moment de la récolte et qui recrute les travailleurs. C’est une prière de dépendance et de confiance.
Ironiquement, ceux qui prient pour que Dieu envoie des ouvriers deviennent eux-mêmes ces ouvriers. Matthieu enchaîne immédiatement : « Alors Jésus appela ses douze disciples ». La prière ne nous dispense pas de l’engagement, elle nous y prépare. Ceux qui intercèdent pour la mission sont les premiers candidats à être envoyés.
Le don gratuit comme principe missionnaire
L’envoi des Douze s’accompagne d’un équipement et d’instructions précises. Le pouvoir donné est concret : « expulser les esprits impurs et guérir toute maladie et toute infirmité ». Jésus ne les envoie pas les mains vides. Il leur transmet son autorité, sa capacité d’action.
Les tâches confiées reproduisent exactement ce que Jésus faisait lui-même : proclamer, guérir, ressusciter, purifier, expulser. La mission des disciples prolonge celle du Maître. Ils deviennent ses représentants, ses ambassadeurs. Leur message est identique : « Le royaume des Cieux est tout proche ».
Cette proximité du Royaume est capitale. Il ne s’agit pas d’annoncer quelque chose de lointain, d’hypothétique ou de futur. Le Royaume est « tout proche » (èngiken), littéralement « s’est approché ». Il est déjà là, à portée de main, accessible maintenant.
L’instruction finale résume toute l’éthique missionnaire : « Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement ». Le mot grec « dôrean » signifie « sans paiement, comme un don pur ». Cette gratuité distingue radicalement la mission chrétienne de toute entreprise commerciale ou de manipulation.
Ce principe reflète la nature même de la grâce divine. Dieu ne vend pas son salut, il l’offre. Les disciples ne doivent pas monnayer ce qu’ils ont reçu gratuitement. Leur autorité spirituelle n’est pas une marchandise, mais un don à partager sans calcul ni retour attendu.
Cette gratuité ne signifie pas l’improvisation ou l’amateurisme. Au contraire, donner gratuitement ce qu’on a reçu gratuitement exige de recevoir vraiment, d’être formé, équipé, envoyé. La gratuité du don n’enlève rien à sa valeur ou à son sérieux, elle en garantit l’authenticité.
La compassion comme moteur spirituel
La compassion christique n’est pas un sentiment facultatif ou décoratif. C’est le carburant de toute vraie mission. Sans elle, nos activités ecclésiales deviennent des programmes creux, nos œuvres caritatives des opérations désincarnées.
Cultiver cette compassion commence par ralentir. Dans notre société de l’urgence et de la productivité, nous survolons les réalités humaines. Nous croisons des visages sans les voir vraiment. Jésus, lui, s’arrête, observe, ressent. Il prend le temps de laisser la détresse d’autrui pénétrer son cœur.
Cette compassion doit aussi être éduquée. Nous ne pouvons pas être bouleversés par tout et par tous en même temps, au risque de l’épuisement ou de la superficialité. Il s’agit d’apprendre à discerner où Dieu nous appelle à nous engager spécifiquement. Jésus voyait les foules, mais il a choisi Douze pour une mission particulière.
La compassion authentique refuse la distance confortable. Elle nous pousse à la proximité, au contact, à la relation. Les brebis sans berger ne deviennent pas soudainement autonomes parce qu’on leur envoie un message de soutien de loin. Elles ont besoin d’une présence, d’une main qui guide, d’une voix qui rassure.
Enfin, cette compassion ne se contente pas du palliatif. Jésus ne distribue pas simplement des aumônes aux foules. Il guérit les malades, expulse les démons, annonce le Royaume. La compassion chrétienne vise la restauration intégrale de la personne, corps, âme et esprit. Elle s’attaque aux racines du mal, pas seulement à ses symptômes.
Concrètement, développer cette compassion suppose de nous exposer régulièrement à la réalité de ceux qui souffrent. Visiter un hôpital, un centre pour sans-abri, écouter les témoignages de personnes brisées. Lire les Écritures avec le désir d’y rencontrer le cœur de Dieu pour les perdus. Prier pour que notre cœur soit touché comme celui de Jésus.
L’urgence missionnaire sans précipitation
L’image de la moisson communique un double message : abondance et urgence. Le grain mûr ne peut pas attendre. Si on tarde, la récolte pourrit sur pied, les oiseaux la dévorent, les orages la détruisent. Il y a un « kairos », un moment favorable qu’il ne faut pas manquer.
Cette urgence ne justifie pas l’improvisation ou l’agitation frénétique. Jésus prend le temps de former ses disciples. Il ne les envoie pas au hasard. Il leur donne des instructions précises, un territoire défini, des paroles à dire. L’urgence se conjugue avec la préparation.
Dans notre contexte contemporain, cette tension demeure. D’un côté, des milliards de personnes n’ont jamais entendu l’Évangile de manière intelligible. Le besoin est immense. D’un autre côté, la précipitation produit souvent des dégâts : conversions superficielles, scandales moraux, épuisement des missionnaires.
L’urgence missionnaire bien comprise est celle qui reconnaît que chaque jour compte, que chaque personne a une valeur infinie, mais qui refuse de sacrifier la qualité à la quantité. Mieux vaut former solidement dix disciples capables d’en former d’autres que de baptiser mille personnes qui resteront spirituellement infantiles.
Cette urgence s’enracine dans une conviction théologique : le temps de la grâce n’est pas illimité. L’opportunité de se réconcilier avec Dieu existe maintenant. Demain peut être trop tard, non pas parce que Dieu serait devenu moins miséricordieux, mais parce que nos cœurs peuvent se durcir, parce que la vie est fragile, parce que l’éternité arrive plus vite qu’on ne croit.
Alors comment vivre cette urgence sainement ? En planifiant stratégiquement nos engagements missionnaires. En identifiant les priorités selon les besoins et nos ressources. En refusant le culte de l’activisme qui confond agitation et fécondité. En nous reposant régulièrement pour tenir sur la durée. En priant quotidiennement pour que Dieu guide nos choix.
La gratuité comme signature de l’Évangile
Dans une culture de consommation où tout se monnaye, où même les relations deviennent transactionnelles, le principe « vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » sonne comme une révolution.
Cette gratuité ne signifie pas amateurisme. Les ouvriers de la moisson méritent leur salaire, comme Jésus le dira ailleurs. Il s’agit d’une gratuité de principe : ce qui est donné l’est sans condition, sans calcul de retour, sans manipulation cachée. Le don ne crée pas de dette chez celui qui reçoit.
Cette posture se heurte à de nombreuses tentations. La première est celle de l’instrumentalisation : utiliser l’aide matérielle comme appât pour attirer les gens vers notre message. Nourrir les affamés pour remplir nos églises. Cette démarche trahit l’Évangile car elle conditionne l’amour.
La seconde tentation est celle de la marchandisation du spirituel. Vendre des bénédictions, monnayer des prières, faire commerce des sacrements. L’histoire de l’Église regorge de ces dérives que les Réformateurs ont combattues avec véhémence. Mais le danger réapparaît sans cesse sous de nouvelles formes.
La troisième tentation est plus subtile : c’est celle de l’attente inconsciente de reconnaissance. Nous donnons gratuitement, certes, mais nous espérons secrètement de la gratitude, de l’admiration, du respect. Quand ils ne viennent pas, nous nous sentons blessés, exploités. Mais le don vraiment gratuit ne cherche aucun retour, même affectif.
Pratiquer la gratuité évangélique demande une profonde liberté intérieure. Il faut avoir reçu suffisamment de l’amour de Dieu pour ne plus quémander l’amour humain. Il faut être tellement comblé par la grâce divine qu’on peut la répandre sans compter, sans retenir, sans anxiété.
Concrètement, cela se traduit par des choix : offrir son temps sans chronométrer, partager ses compétences sans tarifer, accueillir sans sélectionner selon le mérite ou le potentiel de retour. C’est servir les ingrats comme les reconnaissants, aimer les indifférents autant que les enthousiastes, bénir ceux qui maudissent.

Applications concrètes dans quatre sphères de vie
Dans votre vie personnelle et spirituelle
Commencez chaque journée en demandant à Dieu de vous donner ses yeux pour voir les personnes que vous rencontrerez. Cette simple prière transforme votre regard. Au lieu de percevoir les autres comme des obstacles, des instruments ou des distractions, vous les voyez comme des brebis que Jésus aime.
Pratiquez régulièrement l’examen de compassion. Le soir, relisez votre journée et demandez-vous : « Devant quelle détresse me suis-je senti touché ? Qu’ai-je fait de cette émotion ? » Ne culpabilisez pas si vous n’avez pas tout résolu, mais examinez si vous avez été ouvert ou fermé.
Identifiez votre « Israël », c’est-à-dire les personnes ou groupes vers lesquels Dieu vous envoie prioritairement. Vous ne pouvez pas porter la misère du monde entier. Jésus lui-même a limité géographiquement la première mission des Douze. Où est votre territoire spécifique ? Votre famille ? Vos collègues ? Votre quartier ?
Cultivez la gratuité dans vos relations. Offrez votre écoute sans attendre de confidence en retour. Rendez service sans espérer être remboursé. Pardonnez sans exiger de repentance préalable. Cette pratique affine votre cœur et vous configure au Christ.
Dans vos relations familiales et amicales
Vos proches sont souvent les « brebis » les plus proches et les plus négligées. Nous nous montrons compatissants avec des étrangers et impatients avec notre conjoint. Renversez cette logique. Appliquez d’abord chez vous la compassion du Christ.
Écoutez vraiment. Quand votre enfant vous raconte sa journée, posez votre téléphone. Quand votre ami exprime une difficulté, résistez à l’envie de relativiser ou de donner immédiatement une solution. Laissez la souffrance de l’autre vous toucher avant de réagir.
Proclamez le Royaume dans votre foyer. Non pas en multipliant les discours moralisateurs, mais en vivant la joie, la paix et l’espérance qui viennent de Dieu. Votre présence pacifiée, votre parole encourageante, votre patience dans les conflits témoignent que le Royaume est proche.
Donnez gratuitement dans vos amitiés. Ne comptabilisez pas qui a invité qui en dernier. Ne calculez pas qui a donné plus que l’autre. L’amitié chrétienne n’est pas un échange comptable mais une communion généreuse où chacun apporte librement selon ses moyens.
Dans votre milieu professionnel et social
Votre lieu de travail est un champ de mission. Les collègues stressés, les collaborateurs épuisés, les supérieurs anxieux sont autant de « brebis sans berger ». Votre compassion peut s’exercer par de petits gestes : un sourire authentique, une parole d’encouragement, une aide désintéressée.
Refusez la logique purement transactionnelle qui domine souvent le monde professionnel. Vous pouvez être excellent dans votre métier tout en cultivant la gratuité : partager vos connaissances sans jalousie, aider un concurrent en difficulté, défendre un subalterne injustement traité.
Discernez les occasions de « guérison » professionnelle. Guérir au travail, ce peut être apaiser un conflit, redonner confiance à quelqu’un qui doute, proposer une solution créative à un problème insoluble. Vous avez reçu des compétences : utilisez-les pour restaurer, pas seulement pour produire ou accumuler.
Soyez un ouvrier de la moisson même dans un environnement sécularisé. Cela ne signifie pas imposer vos convictions, mais vivre de manière si cohérente, si lumineuse, que d’autres s’interrogent sur la source de votre paix. Préparez-vous à expliquer l’espérance qui vous habite quand l’occasion se présente.
Dans votre engagement ecclésial et missionnaire
Si vous êtes déjà engagé dans une église locale, interrogez-vous : « Est-ce que notre communauté est mue par la compassion ou par l’habitude, le devoir, la tradition ? » Une église qui a perdu la capacité d’être touchée par les foules désemparées devient un club religieux.
Encouragez votre église à sortir de ses murs. Organiser des activités qui rejoignent les « brebis sans berger » : repas communautaires ouverts, groupes de soutien pour personnes en difficulté, accompagnement de familles monoparentales, aide aux devoirs pour enfants défavorisés.
Priez régulièrement et spécifiquement pour que Dieu envoie des ouvriers. Nommez devant Dieu les besoins précis de votre paroisse, de votre ville, de votre pays. Et soyez prêt à ce que Dieu vous désigne comme réponse à votre propre prière.
Formez-vous et formez d’autres. Jésus a équipé les Douze avant de les envoyer. Ne négligez pas la formation biblique, théologique, pratique. Une compassion sans compétence peut causer des dégâts. Un savoir-faire sans compassion reste stérile. Il faut les deux.
Résonances dans la tradition chrétienne et la théologie
Cette péricope a profondément marqué la compréhension chrétienne de la mission. Les Pères de l’Église y ont vu le fondement de l’apostolat et du ministère ordonné. Saint Jean Chrysostome, dans ses homélies sur Matthieu, souligne que la compassion de Jésus révèle sa pleine humanité autant que sa divinité. Un Dieu qui s’émeut jusqu’aux entrailles manifeste une tendresse qui déchire le voile entre ciel et terre.
Saint Augustin, dans son commentaire du Sermon sur la Montagne, établit un lien entre la béatitude des miséricordieux et cette compassion missionnaire. Ceux qui ont reçu miséricorde deviennent naturellement miséricordieux. La mission n’est pas un fardeau imposé mais une surabondance qui déborde. Le cœur touché par Dieu ne peut se refermer sur lui-même.
La tradition monastique a médité longuement sur l’image des brebis sans berger. Les Pères du désert voyaient dans le monde des âmes égarées qu’il fallait ramener par la prière et l’exemple. Le moine n’est pas un fuyard égoïste mais un intercesseur qui porte le monde dans sa cellule. Sa compassion silencieuse rejoint mystérieusement celle du Christ.
Thomas d’Aquin, dans sa Somme théologique, analyse la compassion comme une vertu connexe à la charité. Elle participe de l’amour divin sans s’y identifier totalement. La compassion nous rend semblables au Christ qui « a appris l’obéissance par ce qu’il a souffert » (He 5,8). Compatir, c’est souffrir-avec, partager la Passion du Christ dans les membres de son corps.
La Réforme protestante a insisté sur la gratuité de l’envoi. Luther voit dans le « donnez gratuitement » une illustration du « sola gratia ». Nous sommes justifiés gratuitement, sauvés gratuitement, donc nous servons gratuitement. Toute tentative de monnayer le spirituel trahit l’essence même de l’Évangile. Calvin développe la notion de vocation : Dieu appelle spécifiquement certains à certaines missions, il équipe ceux qu’il envoie.
La spiritualité ignatienne propose le « contempler pour servir ». Ignace de Loyola encourage à regarder longuement Jésus dans sa compassion avant de se lancer dans l’action. Cette contemplation n’est pas une fuite mais une préparation. On ne donne bien que ce qu’on a d’abord reçu. La mission naît de l’intimité avec le Christ.
La théologie de la libération latino-américaine a relu ce texte à la lumière de l’option préférentielle pour les pauvres. Gustavo Gutiérrez souligne que les « brebis sans berger » ne sont pas une métaphore pieuse mais une description des masses exploitées. La compassion du Christ est politique autant que spirituelle : elle exige des structures justes, pas seulement des aumônes.
Jean-Paul II, dans Redemptoris Missio, rappelle que la mission reste urgente. Le fait que d’autres religions existent ne dispense pas les chrétiens d’annoncer le Christ. La compassion exige de partager ce qu’on a de plus précieux : la connaissance de Jésus. Garder l’Évangile pour soi serait le contraire de la compassion.
Benoît XVI a développé la notion de « caritas in veritate » : la charité dans la vérité. La compassion authentique ne peut se séparer de l’annonce de la vérité. Aimer quelqu’un, c’est désirer pour lui le bien véritable, pas seulement son confort immédiat. Cette vision équilibre sentiment et doctrine.
Le pape François, dans Evangelii Gaudium, invite à une « Église en sortie » directement inspirée de ce texte. Une Église qui ne sort pas vers les périphéries pour rencontrer les brebis égarées est une Église malade. La mission n’est pas une activité parmi d’autres, c’est l’identité même de l’Église. Exister pour annoncer, servir, témoigner.
Lectio divina
« Voyant les foules, Jésus fut saisi de compassion envers elles parce qu'elles étaient fatiguées et abattues, comme des brebis sans berger. » (Mt 9, 36)
Jésus ne voit pas une masse anonyme — il voit des êtres fatigués, blessés, sans guide. Cette compassion le prend aux entrailles, et elle le pousse à agir : enseigner, guérir, envoyer. Et toi, quand tu regardes les gens autour de toi, vois-tu leur fatigue réelle ou seulement leur surface ? Si Jésus t'envoie comme ouvrier dans sa moisson, de quel don ou de quelle présence es-tu appelé à faire offrande ?
Seigneur Jésus, tu parcourais les villes et les villages sans te lasser jamais. Donne-moi un cœur qui voit la fatigue des autres avant la mienne. Fais de moi un ouvrier de ta moisson, même dans mon tout petit coin du monde. Que ta compassion coule en moi et non pas seulement à travers mes mots. Envoie des bergers à ton peuple — et si tu veux, commence par moi.
Un berger immobile sur la colline au coucher du soleil, regardant en silence ses brebis dispersées rentrer une à une.
Piste de méditation
Choisissez un moment calme, de préférence le matin avant que la journée ne s’agite. Installez-vous confortablement, respirez profondément et priez l’Esprit Saint de vous aider à entrer dans le texte.
Première étape : lire lentement le passage à voix haute, en articulant chaque mot. Laissez le texte résonner en vous. Remarquez quel verset attire particulièrement votre attention. C’est souvent celui dont vous avez besoin aujourd’hui.
Deuxième étape : visualisez la scène. Imaginez Jésus debout, observant une foule immense, bigarrée, bruyante. Voyez les visages fatigués, les regards perdus, les corps affaissés. Prenez le temps de vraiment voir ces brebis sans berger. Que ressentez-vous ?
Troisième étape : approchez-vous de Jésus dans votre imagination. Regardez son visage. Voyez l’émotion qui le traverse, les larmes peut-être au coin de ses yeux, l’intensité de son regard. Écoutez-le dire : « La moisson est abondante… » Laissez ces mots pénétrer votre cœur.
Quatrième étape : entendez Jésus vous appeler par votre nom. Vous êtes l’un des Douze qu’il envoie. Il pose sa main sur votre tête et vous transmet son autorité. Que ressentez-vous ? Peur ? Joie ? Indignité ? Accueillez ces émotions sans les juger.
Cinquième étape : écoutez les instructions de Jésus : « Allez vers les brebis perdues… Guérissez… Donnez gratuitement. » Demandez-lui de vous montrer concrètement, aujourd’hui, vers qui il vous envoie. Attendez en silence. Un visage, un nom, une situation peuvent surgir.
Sixième étape : dialoguez avec Jésus. Exprimez-lui vos doutes, vos peurs, votre sentiment d’insuffisance. Écoutez sa réponse dans le silence de votre cœur. Il ne vous envoie pas seul. Il vous équipe. Il est avec vous.
Septième étape : concluez en formulant un engagement concret et limité dans le temps. Par exemple : « Aujourd’hui, je vais appeler cette personne qui souffre » ou « Cette semaine, je vais consacrer deux heures au service de… » Notez-le pour ne pas oublier.
Défis contemporains face à la mission compassionnelle
Notre époque pose des questions inédites à la mission telle que Jésus l’a confiée aux Douze. Le pluralisme religieux interroge : comment proclamer « le royaume des Cieux est proche » dans une société où chacun revendique sa propre vérité ? La réponse ne peut être ni l’arrogance ni la tiédeur.
La compassion chrétienne doit rester convaincue de la vérité de l’Évangile tout en respectant la liberté de conscience d’autrui. Annoncer n’est pas imposer. Témoigner n’est pas manipuler. Il existe une manière de partager sa foi qui honore l’autre, qui écoute avant de parler, qui cherche le dialogue plutôt que le monologue.
Deuxième défi : la sécularisation massive. Dans beaucoup de sociétés occidentales, les références chrétiennes sont devenues incompréhensibles. Parler du « royaume de Dieu » à quelqu’un qui n’a aucun référent biblique demande de réapprendre un langage. La mission exige de traduire sans trahir.
Cela suppose de rencontrer les gens là où ils sont, avec leurs questions réelles, pas avec nos réponses toutes faites à des questions qu’ils ne se posent pas. Jésus parlait en paraboles tirées de la vie quotidienne. Quelle est notre vie quotidienne aujourd’hui ? Quelles métaphores contemporaines portent la vérité éternelle ?
Troisième défi : l’individualisme. La notion de « foules » elle-même devient problématique. Nos contemporains se pensent comme des individus autonomes, pas comme des brebis d’un troupeau. Comment parler de berger à qui refuse d’être guidé ? Comment exprimer le besoin de communauté à qui valorise l’indépendance ?
La réponse paradoxale est que justement, l’individualisme exacerbé produit une solitude massive. Les « brebis sans berger » aujourd’hui sont ces millions d’individus hyper-connectés mais profondément isolés. La mission consiste à offrir ce que le monde ne peut donner : une appartenance vraie, une famille spirituelle, un sens qui dépasse le moi.
Quatrième défi : la saturation informationnelle. Nous n’avons jamais eu autant accès à l’information, y compris religieuse. Pourtant, la confusion règne. Comment « proclamer » dans un environnement où tout le monde proclame tout et son contraire ? La parole missionnaire risque de se perdre dans le bruit ambiant.
C’est précisément là que la cohérence de vie devient décisive. Nos actes doivent authentifier nos paroles. Une communauté chrétienne qui vit réellement la compassion, la gratuité, la fraternité, devient un signe crédible dans un monde de paroles vides. Le témoignage incarné traverse le bruit médiatique.
Cinquième défi : l’épuisement des ouvriers. Le burnout touche aussi les missionnaires, les pasteurs, les bénévoles ecclésiaux. Comment tenir sur la durée quand la moisson semble ne jamais diminuer et que les ouvriers sont toujours trop peu nombreux ?
La sagesse consiste à accepter nos limites. Jésus n’a pas dit « travaillez jusqu’à l’épuisement ». Il a dit « priez le maître de la moisson ». Nous ne portons pas seuls la responsabilité du monde. Dieu reste le maître d’œuvre. Notre fidélité vaut mieux que notre efficacité. Mieux vaut servir modestement pendant quarante ans que brillamment pendant deux ans avant de s’effondrer.
Enfin, le défi de la gratuité dans une économie de marché totale. Tout se monétise, se valorise, se rentabilise. Comment maintenir le principe « donnez gratuitement » quand les structures ecclésiales elles-mêmes fonctionnent souvent selon des logiques gestionnaires ?
C’est un combat spirituel quotidien. Il faut sans cesse rappeler que l’Évangile n’est pas un produit, que les âmes ne sont pas des clients, que le succès missionnaire ne se mesure pas en chiffres de fréquentation. La gratuité demande une conversion permanente de nos mentalités et de nos pratiques institutionnelles.
Prière
Seigneur Jésus, Bon Berger des brebis égarées,
Tu as parcouru les villes et les villages,
Proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume,
Guérissant toute maladie et toute infirmité.
Voyant les foules désemparées et abattues,
Ton cœur s’est ému de compassion profonde,
Car elles étaient comme des brebis sans berger,
Perdues, vulnérables, privées de direction.
Donne-nous de voir avec tes yeux, Seigneur,
Les multitudes qui nous entourent aujourd’hui,
Ces hommes et ces femmes à la recherche de sens,
Ces enfants qui grandissent sans repères.
Touche notre cœur de ta compassion divine,
Que nous ne restions pas indifférents,
Que nous ne fermions pas les yeux sur la détresse,
Que nous n’endurcissions pas notre âme face à la souffrance.
La moisson est abondante, tu nous l’as dit,
Mais les ouvriers sont encore trop peu nombreux.
Nous te prions, Maître de la moisson,
Envoie des ouvriers pour ton champ.
Et si tu nous appelles à être ces ouvriers,
Donne-nous le courage de répondre : « Me voici. »
Équipe-nous de ton Esprit et de ta puissance,
Pour que nous portions du fruit qui demeure.
Tu as confié à tes disciples l’autorité
D’expulser les esprits impurs et de guérir,
De proclamer que ton Royaume s’est approché,
De donner gratuitement ce qu’ils ont reçu gratuitement.
Que cette même autorité repose sur nous,
Non pour notre gloire mais pour la tienne,
Non pour dominer mais pour servir,
Non pour accumuler mais pour donner.
Conduis-nous vers les brebis perdues,
Celles que tu cherches et que tu aimes,
Celles pour qui tu as donné ta vie,
Celles que tu veux ramener au bercail.
Apprends-nous à proclamer avec joie
Que ton Royaume n’est pas une théorie lointaine
Mais une réalité présente, proche, accessible,
Une force qui transforme et qui libère.
Apprends-nous à guérir par ta grâce,
Non seulement les corps malades
Mais aussi les cœurs brisés,
Les âmes meurtries, les esprits tourmentés.
Garde-nous de la tentation de monnayer ton don,
De transformer la grâce en commerce,
De faire de l’Évangile une marchandise,
De vendre ce qui doit être offert librement.
Que notre vie entière soit un témoignage
De la gratuité de ton amour infini,
De la générosité de ta miséricorde,
De l’abondance de ta grâce qui suffit.
Quand nous sommes fatigués et découragés,
Quand la tâche nous semble trop grande,
Quand nous doutons de notre capacité,
Rappelle-nous que c’est toi qui envoies et qui soutiens.
Que ton Esprit nous remplisse de force,
Que ta présence nous accompagne chaque jour,
Que ta parole guide nos pas,
Que ton amour brûle dans nos cœurs.
Fais de nos communautés des lieux de compassion,
Des havres pour les brebis égarées,
Des espaces où ta tendresse se manifeste,
Des signes vivants de ton Royaume présent.
Et au terme de notre course,
Quand nous paraîtrons devant toi,
Puissions-nous entendre ces mots bénis :
« Bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton maître. »
À toi, Jésus, Bon Berger et Envoyé du Père,
Avec le Père et l’Esprit Saint,
Soit tout honneur, toute gloire, toute louange,
Maintenant et pour les siècles des siècles. Amen.
Devenir ce que nous avons contemplé
Ce texte de Matthieu ne nous laisse pas inchangés. Il nous confronte à une vérité essentielle : la foi chrétienne n’est pas une philosophie de cabinet mais une mission de terrain. Avoir rencontré le Christ, c’est être envoyé par le Christ. L’avoir contemplé dans sa compassion, c’est être transformé à son image.
Les foules désemparées n’ont pas disparu. Elles ont changé de visage, mais elles sont toujours là : vos voisins solitaires, vos collègues épuisés, ces jeunes qui cherchent désespérément un sens à leur existence. Ils attendent des bergers, des ouvriers, des témoins qui apportent autre chose que les solutions factices du monde.
Vous êtes appelé à être ce témoin. Non pas parce que vous êtes parfait, compétent ou extraordinaire, mais simplement parce que vous avez reçu. Vous avez goûté à la compassion du Christ, vous connaissez la joie du Royaume, vous avez expérimenté la puissance de la grâce. Ce que vous avez reçu gratuitement, vous devez le donner gratuitement.
Commencez petit, commencez local, commencez aujourd’hui. Ne vous laissez pas paralyser par l’ampleur de la tâche. Jésus n’a pas demandé aux Douze de sauver le monde en un jour. Il leur a confié une mission circonscrite : allez d’abord vers Israël. Trouvez votre Israël, votre territoire spécifique, et soyez-y fidèle.
La prière reste le point de départ. Avant de courir vers l’action, priez pour que Dieu envoie des ouvriers. Et soyez prêt à découvrir que vous êtes la réponse à votre propre prière. Cette disponibilité au service fait de vous un disciple authentique, un continuateur de la mission du Christ.
Pratiques à mettre en œuvre
- Méditation quotidienne de compassion : Chaque matin, lisez lentement Matthieu 9,36 et demandez à Dieu de vous donner son regard sur au moins une personne aujourd’hui, puis agissez selon la compassion reçue.
- Identification de votre territoire : Prenez une feuille et notez les trois sphères où Dieu vous place régulièrement (famille, travail, quartier, association…), puis choisissez un engagement concret et gratuit dans l’une d’elles.
- Pratique hebdomadaire du don gratuit : Une fois par semaine, offrez quelque chose de précieux (temps, argent, compétence) à quelqu’un qui ne pourra jamais vous rembourser, et observez ce que cela produit en vous.
- Prière pour les ouvriers : Intégrez à votre prière quotidienne une intercession spécifique pour que Dieu suscite des serviteurs dans votre église locale et dans les missions mondiales, en nommant des besoins précis.
- Formation missionnaire : Inscrivez-vous à une formation biblique ou théologique, même courte, pour mieux comprendre l’Évangile que vous êtes appelé à transmettre, car on ne donne bien que ce qu’on connaît profondément.
- Sortie mensuelle vers les périphéries : Une fois par mois, visitez intentionnellement un lieu où se trouvent des « brebis sans berger » (hôpital, prison, foyer, rue) pour maintenir votre cœur ouvert à la détresse réelle.
- Révision de vie compassionnelle : Chaque dimanche soir, relisez votre semaine et identifiez un moment où vous avez été touché par la souffrance d’autrui et un moment où vous êtes resté indifférent, puis confiez les deux à Dieu dans la prière.
Références et ressources pour approfondir
- Commentaire de saint Jean Chrysostome sur l’Évangile de Matthieu, Homélies 30-32, où il développe longuement la compassion du Christ et l’envoi missionnaire des apôtres.
- Benoît XVI, « Jésus de Nazareth », tome 1, chapitre sur le Sermon sur la Montagne et la mission, pour une lecture théologique contemporaine rigoureuse.
- Gustavo Gutiérrez, « Théologie de la libération », chapitre 13, pour comprendre la dimension sociale et politique de la compassion évangélique envers les pauvres.
- Pape François, « Evangelii Gaudium » (La Joie de l’Évangile), spécialement les chapitres 1 et 3 sur la transformation missionnaire de l’Église et l’annonce de l’Évangile.
- John Stott, « La Mission chrétienne aujourd’hui », un classique protestant sur la théologie et la pratique de la mission intégrale, fidèle au modèle du Christ.
- Henri Nouwen, « Compassion : réflexion sur la vie chrétienne », une méditation profonde sur la compassion comme fondement de la spiritualité et du service chrétien.
- Dietrich Bonhoeffer, « Le Prix de la grâce », pour comprendre la tension entre grâce gratuite et appel radical au discipulat, entre recevoir et donner gratuitement.
- Matthieu 28,18-20 (le mandat missionnaire), Luc 10,1-12 (l’envoi des soixante-douze), Jean 20,21 (« Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ») : textes parallèles à méditer.
✝ Références bibliques
2 passages · 2 livres
Revêtez l'armure de Dieu pour tenir ferme. (Ep 6,11)
Mystère de l'Église corps du Christ : unité, vie nouvelle et combat spirituel.
→ Explorer le Codex Éphésiens- Moscou contre Constantinople : quand la guerre religieuse fragilise l’Église catholique sans pasteur
- Manille, sentinelle de Rome : quand l’Asie catholique tient les rênes de la synodalité
- Nairobi, dernière étape d’un préfet : quand la mission avant la retraite devient prophétie de la Curie qui vient
- Chine : quand Rome reconnaît un diocèse qu’elle n’avait jamais reconnu

Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. (Mt 28,20)
L'Évangile du Roi : Jésus, nouveau Moïse, accomplit les Écritures pour Israël et les nations.
→ Explorer le Codex Matthieu- N’est-il pas le fils du charpentier ? Alors, d’où lui vient tout cela ? (Mt 13, 54-58)
- La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux (Mt 9, 32-38)
- Ma fille est morte à l’instant ; mais viens, et elle vivra (Mt 9, 18-26)
- Les invités de la noce pourraient-ils donc être en deuil pendant le temps où l’Époux est avec eux ? (Mt 9, 14-17)
- Les foules rendirent gloire à Dieu qui a donné un tel pouvoir aux hommes (Mt 9, 1-8)
- Laisser entrer la souffrance des autres : ce que Jésus nous apprend de la compassion vraie
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